|
|
![dot]()
|
![dot]()
|
On connaît peu de chose de la biologie de ce petit héron rare et discret, reconnaissable à son très long bec. Observé principalement en Amérique Centrale et du Sud, il est décrit comme solitaire, se regroupant en petites colonies pour se reproduire. En mai 2002, une équipe de l’IRD (1) découvre, dans les marais de Kaw en Guyane, une colonie de hérons agami d’une taille exceptionnelle : 900 nids, soit plus de neuf fois la plus importante des cinq colonies aujourd’hui répertoriées (2). Grâce au travail d’observation réalisé, de nouvelles informations ont pu être apportées sur la biologie et l’écologie de cet oiseau. La poursuite de ces recherches devrait permettre de recenser d’autres aires de nidification, d’engager des mesures de protection et de définir précisément le statut de cette espèce.
Le héron agami, qui mesure 70 cm de hauteur, se distingue des autres hérons notamment par son plumage à dominance chocolat et son très long bec. Il est décrit comme solitaire, ne se regroupant qu’au moment de la reproduction en petites colonies associant ou non d’autres espèces d’oiseaux (2). Le héron agami est observé en Amérique Centrale et en Amérique du Sud, mais du fait de sa rareté et de sa discrétion, on connaît peu sa biologie et son statut écologique. Certaines caractéristiques de cet oiseau diurne, comme la longueur de son bec, son plumage duveteux ou son activité partiellement nocturne, le classent dans un genre à part (Agamia), au sein de la famille des ardéidés.
En mai 2002, lors d’une expédition scientifique sur le Marais de Kaw en Guyane, une équipe de l’IRD (1) a découvert une colonie de hérons agami d’une taille exceptionnelle, estimée à 900 nids. Il s’agit du site de nidification le plus important jamais observé pour ces oiseaux.
La colonie est située au cœur de la réserve naturelle guyanaise, à 40 km au sud-est de Cayenne, dans une zone entourée d’eau libre et accessible uniquement par hélicoptère. Dissimulée sur une barre de végétation et surmontée de palmiers bâche, ce site de reproduction regroupe également plusieurs autres espèces d’oiseaux des marais, comme l'hoatzin et l'anhinga, et certains ardéidés rares : le héron cocoï et le savacou huppé. L’examen des nids de héron agami et l’étude du comportement, de nuit comme de jour, des oiseaux adultes à l’intérieur et hors de la colonie, a permis d’évaluer à 1 800 le nombre d’individus, soit 900 couples et autant de nids. Ceux-ci sont fixés sur des arbustes et des arbres situés en moyenne à un peu plus de deux mètres au-dessus de l’eau et mesurent environ 15 cm de diamètre pour 8 cm de haut. Les hérons agami ne pondent pas tous au même moment dans la saison et, par conséquent, ces nids abritent des jeunes à différents stades de leur développement : œufs, poussins ou juvéniles déjà capables de voler, protégés du soleil par l’épais feuillage.
Durant la journée, les adultes n’effectuent aucun déplacement hors de la colonie et les poussins ne sont pas nourris. Ceux-ci le sont en revanche pendant la nuit. D’importants mouvements de hérons adultes ont en effet été observés entre la tombée du jour et minuit. La fréquence des retours vers la colonie, établie à 180 par demi-heure pendant quatre ou cinq heures, suggère que ces oiseaux rejoignent des zones de pêche éloignées de la colonie, mais toujours en direction du Nord. Les hérons agami étant des oiseaux solitaires, ils pourraient ainsi retourner dans les zones de chasse qu’ils fréquentent habituellement le reste de l’année. Celles-ci, composées de marais et de savanne, s’étendent sur environ 1000 km2. Compte-tenu de leur vitesse de vol, estimée à au moins 35 km/h, les hérons parcourraient ainsi jusqu’à 100 km, de nuit, pour rapporter la nourriture à leur couvée. Ne possédant pas une vision nocturne aussi développée que les espèces strictement nocturnes, ils repèreraient leur nid au retour grâce à des échanges de signaux d’appel particuliers avec leur partenaire resté au sein de la colonie, ou leurs poussins.
Comment expliquer une telle concentration de hérons agami ? Bien que le phénomène de rassemblement d’oiseaux au moment de la reproduction soit bien connu, les grandes colonies sont rares en Guyane. Ce site, qui regroupe plusieurs espèces d’oiseaux, se révèle être le plus important de l'Est de ce département. Or, les eaux des marais de Kaw n’apparaissent pas suffisamment poissonneuses pour répondre aux besoins nutritifs de l’ensemble des oiseaux présents dans un périmètre si restreint. De plus, elles abritent des caïmans noirs, capables de capturer les hérons à l’affût sur les branches au raz de l’eau. L’avantage du milieu semble davantage tenir à sa sûreté. La zone, rendue inaccessible par la densité de la végétation, les variations du niveau de l'eau et la présence des caïmans, est en effet située à distance des installations humaines, dans la réserve naturelle, et donc protégée d’éventuelles perturbations.
Ce travail d’observation a fourni de nouvelles connaissances sur la biologie et le comportement de ce héron mal connu, en particulier sur ses critères de choix de l’aire de reproduction (taille des arbres qui supportent les nids, ombrage, présence d’eau, etc.). Cependant, certaines caractéristiques propres au héron agami, comme son adaptation à une activité nocturne, restent à élucider. Par ailleurs, la recherche et l’étude d’autres sites de nidification dans toute la zone de distribution de cette espèce devraient permettre d’en assurer la protection et d’en définir précisément le statut écologique.
-
Pierre Reynaud travaille actuellement sur l'importance des oiseaux comme vecteurs de maladies. Pour cette étude, réalisée à partir de la plateforme de recherche élaborée par Daniel Guiral (IRD) et installée au milieu du marais de Kaw, il a collaboré avec James A. Kushlan, du Smithsonian Environnemental Research Center, Smithsonian Institution, USA.
(2) Hormis la colonie du Marais de Kaw, cinq autres sites de nidification sont aujourd’hui répertoriés, situés dans plusieurs zones géographiques distantes les unes des autres : au Vénézuela (6 nids), à Trinitad (1), au Surinam (4), à Veracruz au Mexique (12), ainsi que celui de la réserve naturelle de Pacuare au Costa Rica (100 nids), découvert en 2004.
Rédaction – DIC : Marie Guillaume
POUR EN SAVOIR PLUS
Contact : Pierre Reynaud – IRD UT 178 « Conditions et Territoires d’Emergence des Maladies ». Tél : 33 (0)4 92 66 24 88 - Courriel :
pierre.reynaud@ird.sn
Contacts IRD Communication : Marie Guillaume (rédactrice-coordinatrice), tél. : 01 48 03 76 07, courriel :
guillaum@paris.ird.fr
; Hélène Deval (relations presse), tél. : 01 48 03 75 19, courriel :
presse@paris.ird.fr
Référence : Pierre Adrien Reynaud and James A. Kushlan – Nesting of the Agami Heron, Waterbirds, 27 (3), pp. 308-311, 2004.
Pour obtenir des illustrations sur ces recherches
Contacter Indigo Base, Banque d’images de l’IRD, Claire Lissalde ou Danièle Cavanna, tél. : 01 48 03 78 99, courriel :
indigo@paris.ird.fr
|