Méditerranée / L'IRD dans le monde / IRD - Institut de recherche pour le développement (IRD) http://www.ird.fr/l-ird-dans-le-monde/mediterranee/(view_mode)/rss fr © IRD / Olivier Barrière Fabrication du pain traditionnel dans l’atlas marocain Aux portes de l’Europe, les partenaires scientifiques d’Afrique du Nord et du Moyen Orient sont -de longue date- actifs aux côtés de la France et des autres pays européens du pourtour Sud de la Méditerranée. Dans l’ensemble, la région a une tradition scientifique ancienne et prestigieuse, elle est dotée d’institutions reconnues, avec une production très bien représentée au niveau international (Egypte, Maroc, Tunisie ou Algérie par exemple, sans compter Israël classé comme pays à haut revenu par la Banque Mondiale). Poussées à la fois par la politique européennes de voisinage, relayées par le projet européen d’ « Union pour la Méditerranée », les coopérations scientifiques entre les deux rives de la Méditerranée se sont dernièrement renforcées et s’étoffent, apportant une nouvelle dynamique -régionale- à des échanges souvent bilatéraux. L’IRD en Afrique du Nord et au Moyen-Orient © IRD / Vincent Simonneaux Rue de Tanger. Maroc. L’IRD est présent au Maghreb (principalement au Maroc et en Tunisie) depuis la fin des années 1940, et plus récemment au Machrek (Egypte, Liban, Syrie, Jordanie). Il dispose aujourd’hui de 3 représentations : au Maroc, en Tunisie et en Egypte, et accentue peu à peu son ouverture vers la Méditerranée orientale. Les partenariats sont menés dans le cadre de programmes et réseaux régionaux ou internationaux, avec une participation active aux projets communautaires européens principalement en ce qui concerne les travaux relatifs à l’eau et à la désertification (hydrologie, irrigation, agro-systèmes, etc.). Les biotechnologies végétales, la biodiversité agricole et microbienne, la gouvernance territoriale et l’homme dans son environnement (problématiques liées au risque sismique, au patrimoine urbain…), les politiques de développement et la mondialisation ou encore les interactions sociétés et santé sont les autres thèmes de recherche prédominants dans la région. L’Institut contribue, à travers l’AIRD, à la mise en œuvre de la 8ème Priorité relative à la science, à l’espace et aux technologies de l’information et de la communication du Partenariat stratégique conclu en 2007 entre l’Union européenne et l’Afrique à Lisbonne. Il accompagne les initiatives de plus en plus fréquentes de mise en relation des communautés scientifiques à l’échelle du continent, et encourage les rapprochements entre Afrique du Nord et Afrique sub-saharienne. Actuellement, cette région est une zone d’intervention prioritaire de l’IRD. Il y a opéré des avancées importantes dans la mise en œuvre de ses nouveaux instruments que sont les laboratoires mixtes internationaux, unités mixtes internationales et masters internationaux. Lac Tchad : un lac en partage http://www.ird.fr/toute-l-actualite/actualites/lac-tchad-un-lac-en-partage Mon, 15 Nov 2010 00:00:00 +0100 Le Lac Tchad était au cœur des discussions menées lors de la session Afrique du 8e Forum Mondial du Développement Durable (FMDD), qui s'est tenu du 29 au 31 octobre 2010 à N'Djamena, au Tchad. Une mobilisation pour l'avenir du Lac Tchad Les 29 et 30 octobre, scientifiques, décideurs et membres de la société civile ont mis en commun leurs analyses et confronté l’état des recherches sur les différentes dimensions d’une région qui constitue un concentré de tous les facteurs structurants du développement durable – accès et régulation de l’eau, sécurité alimentaire au travers d’une agriculture, pêche et élevage durables, aménagement et mise en cohérence des activités économiques qui préserveront l’écosystème unique du lac Tchad. Le 31 octobre, les chefs d’états et représentants des gouvernements du Sénégal, du Cameroun, de la Centrafrique, du Niger, du Nigéria et du Tchad ainsi que les représentants des grandes institutions financières et de développement ont confirmé la mobilisation et la volonté partagée par tous de créer un cadre institutionnel solide pour préparer et sécuriser le futur du Lac Tchad. L’ensemble des actions proposées par les experts ont été validées à l'issue du Forum, au cours d'une réunion des chefs d’Etat des pays de la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT) : inscrire le Lac Tchad comme Patrimoine de l’Humanité afin d’en faire une zone protégée et à aménager avec comme priorité la préservation de sa biodiversité et de ses écosystèmes ; engager l’aménagement, le désensablement, la régulation des volumes d’eau du lac et du transfert avec des études de faisabilité fines ; valoriser la vie et l’économie du Lac : créer une nouvelle économie humanitaire pour le lac Tchad en valorisant les acteurs et en sécurisant ses populations ; renforcer la recherche et le développement en partenariat avec les universités et centres de recherches d’Afrique et d’Europe sur l’eau, la sécurité alimentaire, l’aménagement du territoire et l’urbanisation, et l’énergie. © IRD / Florence Sylvestre Carottage au centre de la cuvette sud du Lac Tchad. Campagne de terrain de novembre 2008 au Niger puis au Tchad Le FMDD préconise ainsi le renforcement de la recherche articulée à l’action dans différents secteurs clé dont celui de l’eau. Cette question centrale, qui engage l’avenir des populations riveraines du Chari et du Lac, est déjà largement étudiée par des organismes de recherche comme l’IRD et par la CBLT. Les travaux présentés par les chercheurs de l’IRD à l’occasion de ce Forum s’inscrivent tout à fait dans cette recommandation reprise par les chefs d’Etat en conclusion du Forum. Un projet de recherche , soumis à l’ANR, s’appuie sur l'évolution récente du Lac Tchad, son contexte général et les données de base, et intègre les différents volets que sont le climat, l’hydrologie de surface, la recharge en eaux souterraines et ses interactions avec la végétation. Il vise à produire un modèle hydrologique de l’écosystème ‘Lac Tchad’ couplé aux simulations climatiques permettant de déterminer quels sont les mécanismes qui contrôlent la variabilité hydrologique sur le bassin du Lac Tchad sur une échelle de temps longue et ainsi d’envisager des scénarios prédictifs de son évolution dans le contexte de changements climatiques que nous connaissons actuellement. L’IRD propose ce projet en partenariat avec des institutions de recherche du Nord comme du Sud, notamment à travers la création d’un Laboratoire Mixte International (LMI) associant recherche et formation. Ce projet s’inscrit dans la thématique SREC (Sociétés Rurales, Environnement et Climat en Afrique de l’Ouest) de l’IRD. Parallèlement à ces recherches nécessaires à une meilleure compréhension du fonctionnement du Bassin hydrologique du Lac Tchad, une expertise pourrait être conduite ce qui permettrait alors de répondre complètement à la proposition émise par Madame Valérie Letard lors de son allocution : « … Il s’agit désormais de lancer une étude scientifique qui permettra de synthétiser les travaux déjà réalisés, notamment par les chercheurs africains, et de mieux identifier les phénomènes qui expliquent la baisse du niveau des eaux du lac Tchad et proposer des pistes d’actions vers un développement durable pour tous les habitants du bassin. Il est essentiel, après avoir fait ces constats, que cette étude soit menée de la manière la plus rigoureuse possible afin que ses résultats ne soient pas remis en doute… ». Les enjeuxEtat des lieux… pour une démarche globale © IRD / François Delclaux Déplacement en pirogue dans la cuvette nord du lac Tchad, au milieu des troncs de "Prosopis" morts. Au Tchad comme dans les pays de l’Afrique sèche, l’eau et l’énergie sont au cœur des enjeux du développement durable.Face à l’augmentation des besoins liés à la forte croissance démographique et urbaine que connaissent ces pays, la maîtrise de l’eau et de l’énergie sont centrales. Une meilleure valorisation des ressources en eau doit permettre d’assurer la sécurité alimentaire, en compensant une irrégularité climatique potentiellement accentuée par le changement global, tout en assurant la satisfaction des besoins fondamentaux des ruraux et des citadins. La très faible consommation d’énergie constitue un verrou du développement, alors même que le recours dominant dans ce domaine aux ressources ligneuses exerce des effets destructeurs sur l’environnement. Sur ces vastes territoires soumis à un climat semi-aride, peu densément peuplés, l’accès des populations à ces ressources, qui passe par leur mobilisation à la fois plus efficace et durable, constitue un défi majeur. Une mise en perspective scientifique est nécessaire pour tirer des leçons des expériences du passé et comprendre les options disponibles pour relever ce défi. La question du lac Tchad et des menaces d’assèchement qui servent d’argumentaire aux partisans intéressés d’un détournement des eaux de l’Oubangui vers le Chari est trop complexe pour se résumer à un raisonnement linéaire du type : réchauffement climatique, sécheresse, disparition du lac, appauvrissement de la biodiversité, conséquences dramatiques pour les populations (agriculteurs, éleveurs, pêcheurs). L'état actuel du Lac Tchad est comparable à celui qu’on a pu observer au début du XXe siècle ; les écosystèmes ne cessent de changer : la référence au passé est indispensable pour comprendre le sens des changements. La région du lac Tchad est soumise aux contraintes caractéristiques de l’ensemble du Sahel, en particulier une croissance démographique qui compte parmi les plus fortes du monde et pose le problème des déséquilibres entre population et ressources naturelles. La compréhension d’un système complexe comme est le bassin du Tchad nécessite une approche globale, intégrant les données climato-hydrologiques et les facteurs humains (démographie, modes d’exploitation de la nature, rapports sociaux, représentations culturelles, enjeux géopolitiques). La démarche du développement durable, soucieuse de placer l’homme au centre de la réflexion, répond à cette exigence intellectuelle. Climat et ressources en eau L’hydrologie du bassin du Tchad est bien connue, en particulier grâce aux travaux de qualité de chercheurs de l’IRD. La situation actuelle du lac est celle du « petit Tchad », inférieur à la cote 280 m. La nappe d’eau est compartimentée par des hauts fonds, entourée de vastes zones marécageuses. Le lac fonctionnant comme une machine à évaporer, son volume en eau dépend des apports des cours d’eau, Chari et Logone pour plus de 80%. Le cycle de sécheresse commencé en 1973 a provoqué l’assèchement de la cuvette nord. Les apports du Chari ont enregistré une baisse conséquente. Depuis une vingtaine d’années la situation a peu changé, les rapports entre eaux libres et marécages sont à peu près stabilisés. Les images de la NASA permettent de suivre l’évolution des contours des surfaces en eau. Cependant elles n’autorisent pas à en conclure à l’inéluctabilité de l’assèchement. Il convient en tout état de cause d’écouter les scientifiques qui ont une connaissance du terrain et du territoire. Des écosystèmes complexes et changeants Toute variation de niveau du lac se traduit par des changements environnementaux. La végétation naturelle (papyrus, roseaux, diverses plantes de marécage) tout autour des zones récemment exondées, crée de nouvelles frayères pour les poissons – et fournissant des apports en fourrage pour les éleveurs. Le lac est très poissonneux mais les espèces réagissent diversement aux variations hydrologiques, les unes disparaissent, d’autres s’adaptent. Variabilité du lac et mouvements de population En se rétractant, le lac libère des espaces et fait apparaître des îles. Ces terres fertiles et humides exercent une forte attraction tant sur les éleveurs que sur les agriculteurs. Les périphéries du lac sont devenues un foyer d’immigration, entre autre pour les « réfugiés climatiques » fuyant les zones sahéliennes déshéritées. La question de la cohabitation de populations d’origines géographique et ethnique diverses se pose, d’autant qu’elle se superpose avec celle de leur nationalité. Les contentieux frontaliers entre Nigeria et Cameroun ont été réglés sur le plan du droit, mais le transfrontalier lacustre engendre des situations compliquées. De nouveaux espaces agro-pastoraux Les agriculteurs sont les grands gagnants du recul du lac : les terres de décrue ont transformé ses périphéries en grenier céréalier (riz, sorgho, canne à sucre etc.). Dans la partie nord du lac, de nombreux hauts fonds interdunaires ont été aménagés en polders céréaliers (pour le blé) depuis l’époque coloniale. Quelques conflits fonciers (classiquement au Sahel entre éleveurs et agriculteurs) sont récemment apparus sur des terres libérées par le recul de la nappe d’eau. L’inquiétude pour l’avenir de cette agriculture prospère réside dans le projet Oubangui. L’apport envisagé d’une quantité d’eau considérable (40 km3, supérieur à celui actuel du Chari) devrait permettre selon les promoteurs du projet de reconstituer un « Tchad moyen ». Une pêche mal contrôlée © IRD / Jacques Lemoalle Pêche à la nasse, cuvette nord du Lac tchad, région de Diffa, Niger. La rétraction du lac est globalement défavorable à la faune halieutique, mais la crise des activités de pêche semble plutôt la conséquence de la surpêche consécutive à l’augmentation du nombre de pécheurs et à l’utilisation de matériels modernes plus productifs (donc destructeurs). L’invasion d’une partie du lac par des plantes aquatiques envahissantes constitue aussi une entrave à la pêche – et à la navigation qui n’est plus possible qu’en petites pirogues. Le partage du lac entre quatre pays n’en facilite pas la gestion des ressources, en dépit de l’existence d’une institution régionale, la Commission du Bassin du Lac Tchad Enjeux d’aménagement des bassins fluviaux de l’Afrique sèche et développement durable Les enjeux de gestion du bassin du lac Tchad méritent d’être interprétés par rapport aux situations comparables des zones sèches, notamment du Sahel, des régions de l’Afrique australe ou de l’Asie. Les choix réalisés ou à l’étude dans les projets d’aménagement et de gestion des bassins fluviaux sous-tendent en effet des questions d’ordre géopolitique (coopération régionale), environnementale, sociale et économique: il faut gérer les intérêts potentiellement concurrents entre l’amont et l’aval, entre usages (urbains, énergétiques, industriels, agricoles), et, au sein de ces derniers entre activités (agriculture / élevage ; agriculture irriguée / de décrue / pêche). Il faut dans le même temps assurer la préservation de la biodiversité (zones humides) et la durabilité des écosystèmes, dans un contexte hydrologique rendu incertain par le changement global. Le bois et l’énergie au Sahel La principale source d’énergie domestique au Sahel est fournie par les ressources ligneuses. La croissance urbaine, en orientant la demande sur le charbon de bois, amplifie les pressions sur l’environnement dues à la croissance démographique. En même temps, la filière bois-énergie fournit des revenus à de nombreux acteurs, notamment des ruraux défavorisés (cadets sociaux, femmes, migrants, etc.). De nombreuses expériences de gestion des filières bois énergie menées dans les différents Etats du Sahel depuis une vingtaine d’années – reposant dans des proportions variables sur les Etats, des acteurs privés ou décentralisés – doivent être capitalisées pour éclairer les perspectives de ce secteur et les options disponibles, en lien avec la question de la transition énergétique. Devenir du lac et opportunités pour un développement durable © J. Lemoalle Analyse chimique des eaux de la cuvette nord du Lac Tchad (février 2004). La qualité chimique de l’eau a évolué avec le niveau du Lac depuis les années 1960s. Le lac Tchad a longtemps été répulsif car les populations insulaires attachées à leurs territoires se protégeaient en entretenant une insécurité dissuasive. L’abaissement du niveau du lac a au contraire ouvert les vannes de la migration vers les terres humides, si rares dans le Sahel. Pour l’avenir de nouveaux enjeux pourraient à nouveau changer la donne. La question d’une relation entre l’hydrologie lacustre et les nappes fossiles sahariennes mérite d’être posée. Les questions minières et pétrolières pourraient interférer avec les dynamiques écologiques et anthropiques qui modifient sans cesse le vaste bassin endoréique du lac Tchad. Alors que plusieurs Etats sahéliens sont devenus producteurs de pétrole, la rareté et le prix – parmi les plus élevés du monde - de l’énergie continuent d’y constituer des obstacles majeurs au développement. Au Tchad et au Niger, des projets en cours ont le mérite de prendre en considération les besoins nationaux, à la différence de projets classiques exportant le pétrole vers le marché mondial contre une rente pour l’Etat. Le devenir du lac Tchad pourrait passer par le développement des énergies nouvelles et renouvelables. L’arrivée de nouveaux acteurs – notamment la Chine – ne fournit-elle pas des opportunités pour penser, depuis l’Afrique, la transition énergétique mondiale rendue inévitable par le changement global et l’épuisement progressif des ressources en hydrocarbures ? Les enjeux géopolitiques des grands bassins versants Les frontières politiques qui découpent le continent africain ont généré de multiples conflits, mais les plus graves sont peut-être à venir. En effet, les problèmes d’approvisionnement en eau – qu’elle vienne des pluies, des fleuves ou des nappes – dessinent des territoires particuliers : les bassins versants et les aires d’alimentation des aquifères. Et ceux-ci ne s’inscrivent jamais exactement à l’intérieur des frontières nationales. Il faut donc dépasser ce cadre et s’entendre politiquement entre Etats pour exploiter équitablement une ressource de plus en plus rare. Nombreuses ont été les « autorités » qui ont tenté d’établir des règles du jeu, notamment en Afrique de l’Ouest (Sénégal, Niger). Depuis près d’un demi-siècle, la CBLT (Commission du Bassin du Lac Tchad) est chargée de cette tâche délicate, et elle affiche des résultats contrastés. Le Forum Mondial du développement DurableSession Afrique du 8ème Forum Mondial du développement Durable « Sauver le Lac Tchad » N’Djaména (Tchad) 29-31 octobre 2010. Créé en 2003 par la revue Passages et son fondateur Emile H. Malet, le Forum Mondial du Développement Durable est le rendez-vous annuel des décideurs et responsables du monde économique, politique, éducatif et associatif francophone, avec des ouvertures internationales vers l’Asie, les Etats-Unis, le Proche Orient, l’Amérique latine et l’Afrique. Chaque année, ce Forum rassemble à Paris des représentants des principaux pays du monde francophone autour d’une problématique du développement durable et depuis 2008, le FMDD se déploie en Afrique, au Proche Orient, en Asie...En 2010, le 8ème Forum Mondial du Développement Durable s’est déroulé à Marcoussis (France) du 24 au 26 juin 2010 et la session Afrique intitulée ‘Sauver le Lac Tchad’ a eu lieu à N’Djaména (Tchad) du 29 au 31 octobre 2010. Pour les responsables politiques des pays riverains du lac Tchad, un des objectifs de la rencontre de N’Djaména était d’attirer l’attention du monde sur la situation catastrophique du Lac, de proposer des solutions contre son assèchement et de mobiliser des fonds pour la sauvegarde du lac Tchad, tout en assurant la survie des populations locales dont ils sont les représentants. Segment scientifique (29 et 30 octobre) Lors du segment scientifique du Forum les 29 et 30 octobre, les grands spécialistes Africains, Européens, d’Amérique et d’Asie ont mis en commun avec les parties prenantes (ONG, représentants de la société civile) leurs analyses et confronté l’état des recherches sur les différentes dimensions d’une région qui constitue un concentré de tous les facteurs structurants du développement durable – accès et régulation de l’eau, sécurité alimentaire au travers d’une agriculture, pêche et élevage durables, aménagement et mise en cohérence des activités économiques qui préserveront l’écosystème unique du lac Tchad. Participants Monsieur le Délégué Général du Forum Mondial du Développement Durable Scientifiques institutionnels et universitaires venus des pays riverains (Cameroun, Niger, Nigéria, Tchad) et de France (IRD*, Cirad, Université de Poitiers, Université de Nanterre), Université de Genève, : hydrologues, géologues, paléoclimatologues, hydrogéologues, agronomes, halieutes, géographes, économistes, historiens, écologues,…Monsieur le Directeur de l’ENS, Université de Maroua (Cameroun) Des représentants d’institutions nationales et internationales :l’Autorité du Bassin du Niger (ABN), l’Institute for African Studies à Lubjana, l’Institut Supérieur du Sahel, Université de Maroua, Cameroun, la Présidente de Global Water Fund, Directeur du programme Afrique centrale, International Crisis Goup,Directeur de l’Observatoire du Bassin du Lac Tchad (RCA),GRET (association professionnelle de solidarité et de coopération internationale) Des représentants d’ONG internationales :UICN, African Civil Society Network on Water and Sanitation (ANEW), Des représentants de réseaux : France-Europe-Planète Bleue Des Représentants de la CBLT : Commission du Bassin du Lac Tchad (6 états : Cameroun, Niger, Nigéria, Tchad, RCA et Lybie) Des représentants d’organisations internationales : FEM, Land and Water Division, Natural Resources (FAO) Différents responsables africains de l’enseignement supérieur : Ministres, Directeurs de la Recherche, Recteurs,… Représentants de la Société civile : Forum des Organisations de la Jeunesse Tchadienne,… Coordonnateurs de projets autour du lac Tchad : Directrice du Programme Eau, Green Cross International, Projet Commission du Bassin du Lac Tchad -BGR, Gestion durable des ressources en eau composante eaux souterraines, Responsable Projet Espace, Laboratoire de Physiologie de la Perception et de l'Action, Collège de France *Participants IRD : Jacques Lemoalle, DR émérite, Hydrologue, UMR G-EAU (Montpellier) Florence Sylvestre, DR, Paléo-climatologue, UMR CEREGE (Aix-Marseille 3) Pierre Deschamps, CR, Géochimiste, UMR CEREGE (Aix-Marseille 3) Guillaume Favreau, CR, Hydrogéologue, UMR HSM (Niamey-Niger) Xavier Garde, Représentant de l’IRD au Cameroun Gilles Bezançon, Représentant de l’IRD au Niger Segment politique (31 octobre) Lors du segment politique le 31 octobre les chefs d’Etat Idriss Déby Itno (Tchad), Abdoulaye Wade (Sénégal), Goodluck Jonathan (Nigéria), Mouammar Kadhafi (Lybie) et François Bozizé (Centrafrique) ainsi que les représentants des grandes institutions financières et de développement ont tous ensemble permis de confirmer la mobilisation et la volonté partagée par tous de créer un cadre institutionnel solide pour préparer et sécuriser le futur du Lac Tchad. Pour la France : Madame Valérie Létard (Secrétaire d’Etat auprès de Jean-Louis Borloo) représentant le Président Sarkozy, Monsieur l’ Ambassadeur de France au Tchad, Monsieur le Conseiller de Coopération et d’Action Culturelle auprès de l’Ambassade de France à N’Djaména, le Chargé de mission auprès du Directeur Général de la Direction Générale de la Mondialisation (MAEE) M. Bertrand Fort, le Chef de l’Agence de l’AFD de N’Djaména M.Jean-Marc Pradel et le Chargé des Relations think tanks et Milieux Académiques au Département des Relations Extérieures et de la Communication de l’AFD M. Bertrand Charrier, Monsieur E. Alphandery, Ancien ministre français de l’Economie et des Finances, Président de la CNP et Administrateur de GDF-SUEZ. L'évolution récente du Lac Tchad Contexte général et données de base La variabilité du niveau et de la surface du lac Tchad est un phénomène maintenant bien connu. Des données et des connaissances fiables et actualisées sont nécessaires à la prise de décision pour la gestion des ressources naturelles associées au lac. Nous rappelons ici quelques données sur le fonctionnement hydrologique du lac et son évolution récente. Les variations de la pluie sur le bassin versant expliquent son bas niveau actuel, qualifié de "Petit Tchad" avec plusieurs cuvettes séparées. Dans le contexte actuel de croissance démographique, et faute de prévisions fiables sur l'évolution de la pluviométrie, un transfert inter-bassin est envisagé pour limiter la variabilité de la ressource en eau et l'incertitude sur la production de nourriture. Un modèle de simulation hydrologique du lac est utilisé pour évaluer l'impact sur son niveau de divers scénarios de transferts inter-bassin ou de prélèvements pour l'irrigation. J. Lemoalle , IRD, France L’histoire paléohydrologique du Lac Tchad Enseignements sur les changements climatiques La diminution des précipitations observée entre les années 1970 à 1990 sur toute l’Afrique de l’ouest, a été l’un des changements climatiques les plus importants à l’échelle du globe au XXème siècle. En effet, des variations interannuelles marquées ces dernières décennies ont résulté des années de grandes sécheresses avec des impacts environnementaux et socio-économiques accablants pour la région. Cette variabilité est à l’origine d’importants problèmes liés à la viabilité comme à la dégradation du sol ainsi qu’à la sécurité alimentaire et en eau. Avec une population essentiellement rurale, une diminution abrupte des ressources en eau s'est révélée dramatique pour l’économie de la région. © D.R. Moyenne annuelle des précipitations enregistrées dans la région du Sahel pour la période 1950-2000 (World Bank, 2007) Cette situation climatique, lourde de conséquences, a mobilisé l’ensemble de la communauté internationale. Aujourd’hui, la communauté scientifique s’accorde pour reconnaître que l’Afrique sub-saharienne est certainement l’une des régions continentales la plus vulnérable au changement climatique. En revanche, des incertitudes demeurent sur la prédiction des précipitations. Peu de modèles sont capables de reproduire la variabilité actuelle sur les zones sub-sahariennes et sahéliennes et les projections pour le prochain siècle restent peu fiables. Dans ce contexte, le lac Tchad, dont l’étendue est passée de ~20 000 km2 dans les années 1960 à moins de 5000 km2 aujourd’hui, est devenu emblématique du changement climatique. Bien que l'activité humaine puisse être une cause partielle de cette contraction, la variabilité climatique semble être, au premier ordre, le principal facteur contrôlant les fluctuations interannuelles du bilan hydrique. Cependant, l'impact climatique sur les processus d'infiltration, de drainage et de recharges des aquifères du bassin est encore mal quantifié. De plus, en Afrique de l'Ouest, la couverture végétale semble avoir localement un impact plus important sur les ressources en eau que le climat. Par exemple, à l’Holocène moyen, les simulations numériques échouent à reproduire les conditions hydrologiques fournies par les données paléoclimatiques. Ce biais entre observations et modèles est probablement attribuable à une sous-estimation des rétroactions complexes entre atmosphère, océan et végétation. © IRD / Marc Leblanc Données SRTM sur le Bassin du Lac Tchad. Le paléorivage, daté de l'holocène moyen (contour noir) correspond à une altitude de 324(+-) 5m un niveau similaire à celui du seuil communiquant avec le bassin du fleuve Niger (Leblanc et al.,2006a). Nous savons aujourd’hui que le lac Tchad et son bassin ont conservé un grand nombre de témoignages d’épisodes humides, les témoins les plus évidents étant les affleurements de diatomites d’origine lacustre, marqueurs des hauts niveaux du lac. Plusieurs études ont montré l’existence d’un Méga-lac Tchad pendant la période holocène humide, dont l’extension a été estimée à 360 000 km2 (Leblanc et al. , 2006). Par ailleurs, les travaux menés dans le cadre de missions paléontologiques sur le bassin du lac Tchad (Brunet et al. , 1995, 2002, 2005) mettent en évidence la présence récurrente de phases humide et sèche (« désert-lac ») au cours du Miocène et du Pliocène. Les observations sédimentologiques suggèrent la récurrence d’au moins 10 événements lacustres majeurs depuis 7 Ma d’années (Schuster et al. , 2006). Enfin, pour le dernier millénaire, une courbe de la variation des niveaux lacustres montre que le lac a connu de hauts niveaux entre 1100 et 1400 ans et au 17ème siècle. Elle montre aussi que le lac a déjà connu, notamment aux 15ème et 16ème siècles ainsi qu'au début du 20ème, de très bas niveaux lacustres (Maley, 1981). Bien que des données sur la variabilité des niveaux lacustres du lac Tchad existent, elles restent cependant éparses et reposent pour l’essentiel sur des enregistrements dispersés dans le bassin versant du lac. A ce jour, nous ne disposons pas d’un enregistrement de la sédimentation du lac qui nous renseignerait de manière continu sur les niveaux du lac Tchad. Dans le cadre d'un projet soutenu par le PPR « Sociétés Rurales, Environnement et Climat en Afrique de l’Ouest», plusieurs unités IRD (CEREGE, HSM, G-Eau, LTHE) en collaboration avec des unités de recherche du Nord et nos partenaires du Sud (Universités de N’Djamena, Ngaoundéré, Maïduguri et de Niamey) se proposent d'étudier de manière intégrée la variabilité hydrologique, passée et présente, du bassin, en prenant en considération tous les compartiments et flux du cycle hydrique –atmosphère, végétation, précipitation, ruissellement, infiltration, rivières, zones humides, lac et aquifère–. En couplant une étude basée sur les archives lacustres et souterraines, et une modélisation hydro-géologique –bassin versant-lac-climat–, ils pourront déterminer quels sont les mécanismes qui contrôlent la variabilité hydrologique sur le bassin sur une échelle de temps longue, au-delà de la période instrumental. In fine , il s'agit de produire un modèle hydrologique de l’écosystème ‘Lac Tchad’ couplé aux simulations climatiques permettant d’envisager des scénarios prédictifs de son évolution dans un contexte de changements climatiques. © D.R. Reconstitution des variations du niveau lacustre du lac Tchad au cours des 1000 dernières années (Maley, 1981). En résumé, même si l’impact du climat actuel n’est pas négligeable sur la variabilité hydrologique du lac Tchad, il n’en reste pas moins que les connaissances encore éparses et faibles en terme de résolution spatiale et temporelle, montrent que le lac a connu par le passé des phases de récession importante, de même ampleur que celle observée aujourd’hui. Il est donc souhaitable de renforcer la connaissance sur la variabilité hydrologique naturelle du lac Tchad et son temps de réponse face aux changements climatiques. De plus, nous savons que d’autres facteurs influent sur sa variabilité et il convient de pouvoir accroître cette connaissance par des observations de terrain couplées à de la modélisation hydro-géologique. En ce sens, un observatoire du Lac Tchad chargé de mettre en place un suivi des différents paramètres hydrologiques de cet écosystème (pluviométrie, débit des affluents, niveaux des différentes cuvettes du Lac) semble aujourd'hui un outil indispensable pour améliorer notre connaissance de son fonctionnement. Enfin, la piste alternative que constitueraient les ressources en eaux souterraines pour satisfaire aux besoins immédiat et urgent des populations en eau potable mériterait d'être approfondie. Des aquifères importants mobilisables par forage existent au sein du bassin du Lac Tchad, mais nos connaissances hydrogéologiques sont encore trop éparses pour évaluer les réserves et leur disponibilité. Projet lac Tchad: Impacts du climat et du couvert végétal sur la variabilité hydrologique Florence Sylvestre Pierre Deschamps CEREGE, IRD, Université Aix-Marseille, CNRS, Collège de France, Aix-en-Provence, France en collaboration avec: Guillaume Favreau, HSM/IRD Montpellier, France Jean-Claude Doumnang, Université de N’Djaména, Tchad Baba El Hadj Mallah, Centre d’Appui National à la Recherche, N’Djaména, Tchad Un projet de Laboratoire Mixte International autour du lac Tchad © G. Favreau Sondage par résonance magnétique des protons (RMP) dans le bassin du Lac Tchad (mai 2010). L’applicabilité et l’intérêt de la méthode ont été démontrés pour estimer les réserves en eau de l’aquifère. Dans le cadre du LMI, des formations en géophysique de sub-surface dispensées par les hydrogéophysiciens de l’IRD. Plus vaste bassin endoréique du monde, situé pour une large part en milieu semi-aride, le Bassin du Lac Tchad (2,5 Mkm2) a un fonctionnement hydrologique très sensible aux fluctuations environnementales. Dans un contexte de changement climatique (hausse des températures, incertitude sur la pluviométrie) et soumis à une forte croissance démographique (35 M. hab., +2.5% an-1), le Bassin du Lac Tchad, lieu d’immigration à usages multiples (agriculture – élevage – pêche), est devenu emblématique de l’impact du changement climatique sur les écosystèmes de milieu tropical. Partagé par quatre pays riverains, le lac Tchad présente une hydrologie originale aux processus changeants en fonction de sa superficie. Les impacts respectifs des activités humaines et du climat sur les fluctuations des ressources en eau demeurent largement méconnus. Pour mitiger les impacts du climat - et des usages - sur la ressource en eau, un tel objet hydrologique est donc particulièrement important à étudier. En raison du caractère transfrontalier du bassin du Lac Tchad, aucun pays ni aucun laboratoire universitaire ne peut relever seul ce défi. © G. Favreau Préparation d’un jaugeage du débit de la rivière Komadougou au Niger (service de l’Hydraulique). Cette rivière transfrontalière entre le Niger et le Nigéria alimente le Lac Tchad. Une partie significative de son débit est désormais contrôlée par des barrages. Des étudiants nigériens de l’Université Abdou Moumouni de Niamey travaillent, avec l’appui de l’IRD, à estimer les impacts respectifs des usages et du climat sur le débit de la rivière. Le projet de LMI « Lac Tchad » initié entre l’IRD (UMR HSM, Cerege, G-Eau, LTHE) et les Universités de Ngaoundéré, N’Djamena, Maïduguri et Abdou Moumouni de Niamey se propose de partager connaissances et expertises afin de conduire des recherches de qualité autour de la problématique des ressources en eau et des flux de matière associés dans le bassin du Lac. Il s’appuiera sur l’implication d’enseignants-chercheurs de l’UMR CNRS M2C (Université de Rouen, partenariat CPU-IRD : flux de matière), et des Universités James Cook (Cairns, Australie : télédétection), et du Texas (JCG, Austin, USA : impact de l’usage des sols). Des interactions déjà fructueuses dans le domaine des sciences humaines (migration, usages) seront poursuivies avec le Réseau international « Méga-Tchad ». La mutualisation des moyens et des données permettra de conduire des recherches transfrontalières pluri-méthodologiques, aux résultats valides à l’échelle de l’ensemble du bassin. La mutualisation des compétences Nord-Sud et Sud-Sud consistera à des interventions croisées en masters et en des co-encadrements de thèse, afin de renforcer les capacités des universités-hôtes du LMI. La réponse aux questions scientifiques posées aura une utilité immédiate pour la gestion concertée des ressources en eau dans le bassin du lac Tchad, où certains projets en cours vont engager de manière cruciale l’environnement régional (e.g., projet de dérivation des eaux du bassin du Congo vers celui du Tchad). En terme de valorisation et d’expertise scientifique, le LMI permettra une réponse coordonnée de ses membres aux expertises régionale (eg, Nepad) et internationale (Banque Mondiale, UNESCO). A terme, les résultats obtenus par le LMI auront vocation à guider une gestion concertée optimisée de la ressource en eau partagée, proposable aux institutions régionales (notamment, la Commission du Bassin du Lac Tchad, basée à NDjaména). Ce projet opérationnel de recherche et de formation en réseau est promu par quatre universités riveraines du Lac. Il s’inscrit dans la thématique "SREC" de l’IRD : « Sociétés Rurales, Environnement et Climat en Afrique de l’Ouest ». Guillaume Favreau Hydrosciences Montpellier, IRD, Université Montpellier 2, France Benjamin Ngounou Ngatcha Université de Ngaoundéré, Cameroun. en collaboration avec: Ibrahim Baba Goni, Université de Maiduguri, Nigéria Jean-Claude Doumnang, Université de N’Djaména, Tchad Yahaya Nazoumou, Université Abdou Moumouni, Niamey, Niger et la participation des Unités IRD :CEREGE (F Sylvestre), G-Eau (J Lemoalle), LTHE (A Legchenko) Casablanca accueille le colloque « Principe de précaution et recherche scientifique dans les pays du Sud » http://www.ird.fr/toute-l-actualite/actualites/communiques-et-dossiers-de-presse/casablanca-accueille-le-colloque-principe-de-precaution-et-recherche-scientifique-dans-les-pays-du-sud Tue, 08 Nov 2011 00:00:00 +0100 Le Comité consultatif de déontologie et d’éthique (CCDE) de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et la fondation du Roi Abdul-Aziz Al Saoud pour les études islamiques et les sciences humaines organisent, les 14 et 15 novembre 2011, le colloque "Principe de précaution et recherche scientifique dans les pays du Sud", à Casablanca (Maroc). L’objectif de ce colloque est de débattre de la place et de la mise en œuvre du principe de précaution dans la conduite de la recherche scientifique dans les pays du Sud. Le principe de précaution appliqué à de nombreux domaines Le principe de précaution vise à la mise en œuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la survenue d’un dommage lié à une action qui présente un danger possible mais incertain. Formulé pour la première fois dans la Déclaration de Rio sur l'environnement et le développement du Sommet de la Terre en 1992, ce principe a ensuite été intégré au cadre législatif de nombreux pays occidentaux et inscrit dans le droit communautaire de l’Union Européenne en 2002. En France, il a été ajouté à la Constitution dans le cadre de la charte de l’environnement de 2004. Le principe de précaution a connu une rapide extension en dehors des limites de la protection de l’environnement. De nos jours, il est mis en avant dans de nombreuses décisions politiques qui pourraient avoir des conséquences sanitaires, sociales, voire économiques, directes ou indirectes, sur les populations. Il est évoqué dans des domaines aussi variés que la gestion prévisionnelle des catastrophes naturelles, les mesures de prévention de la diffusion de maladies épidémiques (grippe A H1N1, dengue…), la commercialisation de produits OGM, et plus largement à propos des conséquences des innovations technologiques et des activités de recherches scientifiques (nanoscience, rayonnements électromagnétiques, génétique humaine, animale ou végétale…). Principe de précaution et recherche scientifique Principe de précaution et recherche scientifique entretiennent une relation étroite avec l’absence de certitudes, qui est le fondement du principe. Elle est aussi au cœur de la recherche scientifique, dont le but est de comprendre les phénomènes qui nous entourent en les modélisant, afin d’obtenir des valeurs prédictives sur notre futur. La recherche scientifique ouvre ainsi de nouveaux champs d’incertitudes en permettant l’émergence de nouvelles technologies. Elle produit des résultats provisoires, parfois controversés. Le principe de précaution se fonde sur les limites de la connaissance scientifique : la question de son application se pose lorsque la recherche ne parvient pas à préciser la nature et l’ampleur des risques. L’inscription du principe de précaution dans des textes législatifs a suscité une vive controverse parmi les scientifiques à propos de l’impact possible de son application sur la conduite de leurs travaux. Certains mettent en avant les aspects exclusivement normatif et réglementaire, et craignent qu’il s’agisse d’une nouvelle injonction juridique permettant de définir des responsabilités si un évènement néfaste survient. Ils redoutent un effet inhibiteur, paralysant, voire coercitif à l’égard des recherches, notamment dans les techno-sciences. D’autres font valoir que le principe de précaution est une incitation à la recherche, afin que celle-ci clarifie et repousse les zones d’imprécisions. Ce principe serait l’expression d’une culture de l’anticipation, il doit également favoriser la diffusion des résultats de la recherche afin de permettre la prise de décisions politiques dans le cadre d’une gouvernance démocratique. Recherche scientifique au Sud et principe de précaution Débattre de la place et de la mise en œuvre du principe de précaution dans la conduite de la recherche scientifique dans les pays du Sud, tel est l’objectif du colloque organisé par le CCDE de l’IRD et la fondation du Roi Abdul-Aziz Al Saoud à Casablanca les 14 et 15 novembre 2011. A travers des tables-rondes sur le thème de l’environnement, de la santé, et grâce aux points de vue de comités d’éthique de la recherche de pays du Sud (Mali, Maroc, Tunisie), les participants aborderont les questions suivantes : les conditions économiques, sociales, politiques qui déterminent la recherche scientifique dans les pays du Sud permettent-elles une application du principe de précaution ? Ce principe est-il compatible avec une politique de développement ? Peut-il être appliqué de façon universelle et être recommandé par les comités d’éthique des pays du Sud ? Est-il un obstacle ou un catalyseur de la recherche scientifique dans les pays du Sud ? Développement rural, environnement et enjeux territoriaux http://www.ird.fr/toute-l-actualite/actualites/parutions-d-ouvrages/developpement-rural-environnement-et-enjeux-territoriaux Mon, 02 Aug 2010 00:00:00 +0200 L’ouvrage rend compte de recherches comparées sur les mutations des sociétés rurales et l’usage des ressources naturelles dans l’Oriental marocain et le Sud-Est tunisien. Deux régions arides du maghreb qui, à l’image de nombreux espaces du sud-méditerranéen sont confrontées à des difficultés et risques sociaux, économiques et environnementaux. Dans un contexte de changement climatique et de pression humaine croissante sur les ressources naturelles, ces risques constituent des enjeux d’actualité et pèsent sur le devenir des populations. Ces deux régions présentent un ensemble de similitudes (milieu naturel, situation frontalière respectivement avec l’Algérie et la Lybie, économie agro-pastorale, émigration, projets de développement d’envergure initiés par les États, etc.) mais également de différences résultant des dynamiques agraires, des politiques foncières, des transformations des rapports sociaux ou encore de l’aménagement territorial. À travers l’analyse pluridisciplinaire de ces trajectoires d’évolution, les auteurs de l’ouvrage s’attachent à produire des connaissances utiles pour orienter les actions de développement dans ces régions, alors même que s’amplifie la sensibilisation des pouvoirs publics sur l’ampleur des défis à relever en matière de gestion des écosystèmes, de sécurité alimentaire, de gouvernance territoriale ou de développement économique solidaire. Ces travaux ont été conduits par des chercheurs français, marocains et tunisiens dans le cadre du programme de Coopération pour la recherche universitaire et scientifique (CORUS) initié et financé par le Ministère français des Affaires Étrangères et Européennes. Cette coopération a principalement associé l’École nationale d’Agriculture de Meknès au Maroc (ENA), l’Institut National de la Recherche Agronomique de Tunisie (INRAT) et l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD, France). Auteur : Pierre Bonte, Mohamed Elloumi, Henri Guillaume, Mohamed Madhi ISBN : 9973-19-737-5Éditeur : Cérès éditions/IRD/INRAT Discipline : agro-économie, géographieRubriques catalogue : hommes et environnement, systèmes agraires Public : agronomes, géographes, acteurs du développement rural Langue : français Pages : 432 p.Format : 16 x 24 cm Prix TTC : 25 € ERAFRICA : renouveau de la coopération Europe-Afrique en Science et Technologie http://www.ird.fr/toute-l-actualite/actualites/erafrica-renouveau-de-la-cooperation-europe-afrique-en-science-et-technologie Wed, 20 Jul 2011 00:00:00 +0200 Le projet ERAFRICA vise à coordonner les collaborations entre l’Europe et l’Afrique dans le domaine de la recherche scientifique et technologique afin de favoriser l’innovation et le développement sur le continent africain. Le 24 juin dernier, le projet a reçu l’approbation des représentants de 17 pays africain réunis à Mombasa au Kenya. Il pourrait représenter une nouvelle étape et un réel changement dans le développement des relations entre l’Afrique et l’Europe. A propos d’ERAFRICA Financé par l’Union Européenne, le projet ERAFRICA est un ERA-NET géographique. Ces projets du 7ème programme-cadre européen ont pour objectif de coordonner les programmes de recherches nationaux des pays de l’UE à destination d’un pays ou d’une région du monde. Des programmes similaires existent pour les coopérations avec la Russie (ERA.Net RUS), l’Inde (New INDIGO) et la Corée (KorA-Net). Coordonné par l’Institut de recherche pour le développement, ERAFRICA rassemble les organisations représentatives de douze pays : neuf en Europe (l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, l'Espagne, la Finlande, la France, le Portugal, la Suisse et la Turquie) et trois en Afrique (l'Afrique du Sud, l'Egypte et le Kenya), autour de la conviction qu’il est de l’intérêt de chacun de coordonner et d’unifier les efforts de soutien et de promotion des coopérations entre l’Europe et l’Afrique plutôt que de poursuivre des relations essentiellement bilatérales.Au moment où plusieurs pays européens traversent de sérieuses difficultés économiques, l’approche collective d’ERAFRICA doit amener à une nouvelle politique européenne de coopération et de partenariat international, plus coordonnée, plus économe et plus efficiente. Le projet s’attache à faire évoluer les principes théoriques de la collaboration vers la formulation de règles et de procédures, pour arriver à la constitution de projets de recherche cofinancés ou d’initiatives communes, avec un modèle de financement et de mise en œuvre qui garantisse l’impact concret des projets sur le terrain.Dans ce but, ERAFRICA cherche à constituer un réseau élargi rassemblant d’autres états européens et africains, des organisations régionales ainsi que des entreprises du secteur privé pour définir ensemble les priorités et modalités de financement pour les futures activités de recherche et d’innovations conjointes. De Mombasa vers l’avenir La réunion des 23 et 24 juin à Mombasa a marqué la première étape et une nette réussite dans la constitution de ce réseau. Organisée par le Ministère kenyan de l’enseignement supérieur, la science et la technologie, cette réunion a rassemblé des représentants gouvernementaux de l’Afrique du Sud, du Botswana, du Burundi, de l’Egypte, de l’Ethiopie, du Ghana, du Kenya, du Malawi, du Maroc, du Mozambique, du Nigeria, de l’Ouganda, de la République Démocratique du Congo, du Rwanda, de la Tanzanie, de la Tunisie et du Zimbabwe, ainsi que diverses organisations africaines et internationales. Les participants ont pu, au cours de ces deux jours de discussion, se familiariser avec le projet et débattre de ses principes, ses objectifs et ses mécanismes de mise en œuvre. L’approbation du projet a été unanime et de nombreux délégués ont manifestés leur intention de rejoindre le réseau et participer aux activités communes.Une deuxième réunion sera organisée le 21 octobre à Bruxelles, afin de mobiliser les partenaires européens. L’ensemble des pays prêts à participer se réuniront ensuite à Alexandrie, en Egypte, pour décider des grands défis sur lesquels ERAFRICA devra se concentrer et pour définir ensemble les mécanismes de soutien à mettre en place. 7ème programme-cadre européen Union européenne ERAFRICA est une action de coordination et de support au sein du 7ième programme-cadre de l’Union européenne Numéro de l’accord de financement: 266603 L'ethnologie à la rencontre de l'abeille jaune saharienne et des apiculteurs du Sud Marocain http://www.ird.fr/toute-l-actualite/actualites/dernieres-productions-canal-ird/l-ethnologie-a-la-rencontre-de-l-abeille-jaune-saharienne-et-des-apiculteurs-du-sud-marocain Fri, 10 Sep 2010 00:00:00 +0200 OGM, pesticides, frelons chinois sont aujourd’hui les raisons invoquées mondialement pour expliquer la progressive disparition du peuple des abeilles. Mais l'invocation de ces grands fléaux ne cache t'elle pas une autre raison d'ordre sociale et culturelle, celle de la perte de la diversité des savoir faire traditionnels en matière d'apiculture ? Car en perdant la diversité de ses ruches traditionnelles, remplacées peu à peu par des ruches industrielles standards, l'homme a perdu la richesse des savoir faire apicoles et des connaissances sur l'abeille. Voir la vidéo La "Grande Muraille Verte", un projet pour enrayer l'avancée du désert http://www.ird.fr/toute-l-actualite/actualites/la-grande-muraille-verte-un-projet-pour-enrayer-l-avancee-du-desert Mon, 02 Aug 2010 00:00:00 +0200 Afin d'enrayer l'avancée du désert qui ronge les terres fertiles au Sahel, onze pays africains s’unissent pour édifier une "Grande Muraille Verte". Ce projet ambitieux, initié en 2005, vise ainsi à reboiser une bande de 15 km de large sur 7000 km de long, de Dakar à Djibouti. Pour optimiser les performances de ce mur de verdure, une communauté d’experts internationaux, dont des chercheurs de l’IRD, est mobilisée. Leurs objectifs : choisir les techniques de revégétalisation et les espèces les plus adaptées. La Grande Muraille Verte : comment stopper le désert ? http://www.ird.fr/toute-l-actualite/actualites/parutions-des-fas/la-grande-muraille-verte-comment-stopper-le-desert Thu, 10 Jun 2010 00:00:00 +0200 Le désert ronge les terres fertiles au Sahel depuis des décennies. Pour enrayer son avancée, onze pays africains s’unissent pour édifier une "Grande Muraille Verte". Initié en 2005, ce vaste projet vise à reboiser une bande de 15 km de large sur 7000 km de long, de Dakar à Djibouti. Pour optimiser les performances de ce mur de verdure, une communauté d’experts internationaux, dont des chercheurs de l’IRD, est mobilisée. Objectifs : choisir les techniques de revégétalisation et les espèces les plus adaptées. En ce sens, les experts mettent entre autres l’accent sur un phénomène naturel, présent chez la plupart des espèces végétales : la symbiose entre la plante et un champignon. Favoriser ce processus améliorerait en effet la croissance des plants dans les sols dégradés et augmenterait leur résistance à la sécheresse. Par ailleurs, parmi les différentes essences qui seront utilisées, un arbre aux qualités remarquables est préconisé : le filao, capable de fixer l’azote de l’air et de coloniser ainsi des terres appauvries. Reste à déterminer comment intégrer ce projet dans un milieu déjà exploité et permettre aux habitants d’en retirer les bénéfices. Lire la fiche d'actualité scientifique No 353 complète (PDF) Lancement du PACEIM http://www.ird.fr/toute-l-actualite/deplacements-du-president/lancement-du-paceim Wed, 01 Dec 2010 00:00:00 +0100 Montpellier, le 1er décembre 2010 – L’IRD, réunit pour la première fois dans le cadre de Journées-Rencontres, des porteurs de projets de créations d’entreprises originaires du Sud de la Méditerranée (Algérie, Liban, Maroc, Tunisie), et les représentants des opérateurs agissant dans la zone d’implantation de leurs futurs activités (incubateurs, investisseurs…). Porteur du projet, l’IRD voit ainsi se concrétiser sa volonté de développer un programme, le PACEIM, permettant d’accompagner et de soutenir les étudiants qui ont accompli leur formation supérieure en France ou en Europe, à créer une entreprise à vocation technologique au Sud. Michel Laurent, Président de l’IRD, s’est rendu à cette première journée de Rencontres organisée entre porteurs de projets et investisseurs potentiels au centre IRD de Montpellier. A cette occasion, il a réaffirmé l’engagement de l’IRD à développer ce type de programme dans le cadre de son agence inter-établissement AIRD. « Ces journées de rencontres marquent une étape cruciale dans la mise en œuvre du programme PACEIM. Elles représentent plusieurs mois de travail entre les partenaires autour d’un objectif commun : créer une plateforme internationale d’aide à la création d’entreprises innovantes dans les pays du sud-méditerranéen . Je me félicite de la portée de ce projet d’ici à 2014 dont le but est d’atteindre près de 100 entreprises à fort potentiel en Algérie, au Liban, au Maroc et en Tunisie. Avec un programme tel que le PACEIM, l’IRD renforce ses relations avec ses partenaires, et je m’en réjouis. », a déclaré ce matin Michel Laurent. Une réunion est envisagée pour février 2011 à Marseille. Elle réunira tous les responsables du Sud de la méditerranée et les bailleurs de fonds potentiels pour consolider un financement de 3M€ destiné à mettre en œuvre PACEIM 2011-2014. Objectif : proposer un appui aux créateurs sous trois formes : financier, accompagnement à la création, renforcement technologique. Le CEPED organise le premier colloque sur la sélection sexuelle prénatale en Europe http://www.ird.fr/toute-l-actualite/actualites/communiques-et-dossiers-de-presse/le-ceped-organise-le-premier-colloque-sur-la-selection-sexuelle-prenatale-en-europe Fri, 25 Nov 2011 00:00:00 +0100 Des chercheurs de l’IRD, appartenant au Centre Population & Développement (CEPED) organisent, le 2 décembre 2011, le premier colloque sur la sélection sexuelle prénatale en Europe. Des chercheurs internationaux seront réunis à Paris, afin de faire l’état des lieux d’une question encore très mal connue, mais qui inquiète de plus en plus les pays européens. La sélection sexuelle prénatale : de l’Asie à l’Europe Depuis les années 1980, la proportion de garçons à la naissance a connu une hausse graduelle dans plusieurs pays d’Asie orientale et méridionale, en raison de l’émergence des avortements sexo-sélectifs. Ce phénomène, étroitement associé aux nouvelles technologies reproductives et à la baisse de la fécondité, découle de la préférence ancienne pour les garçons dans les pays concernés. Moins connue est l’importance qu’a pris graduellement ce phénomène dans le reste du monde, à commencer par l’Europe. On distingue en effet d’une part des régions comme le Caucase et l’Europe du Sud-est, où la préférence pour les garçons a eu des effets similaires à l’Asie sur la masculinité des naissances, et d’autre part la présence de diasporas d’origine asiatique installées en Europe, dont les naissances sont également souvent anormalement masculines, comme par exemple au Royaume-Uni, en Norvège ou en Italie. Comprendre les caractéristiques sociales et culturelles de la sélection sexuelle en Europe En dépit du nombre limité d’études locales sur les comportements reproductifs et les limites des statistiques démographiques disponibles, l’étude des séries de l’état-civil et des chiffres des recensements indique que depuis plus de quinze ans, des déséquilibres dans les naissances en faveur des garçons sont observées dans de nombreux pays d’Europe de l’Est. Dans les Balkans occidentaux, il s’agit de l’Albanie, du Kosovo et sans doute du Monténégro et d’une partie de la Macédoine. Dans le Caucase, ce sont l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Géorgie qui semblent affectés par les avortements sélectifs. Le sex ratio à la naissance s’établit dans ces pays entre 110 et 115 garçons pour 100 filles, contre une norme biologique autour de 105, et porte ainsi la trace de discriminations sexuelles prénatales. L’émergence de ces déséquilibres à la naissance a suivi le démantèlement progressif des régimes socialistes après la chute du Mur de Berlin. Mais la décennie des années 1990 coïncide également dans l’ensemble de ces pays avec une période marquée par une très forte instabilité politique, de graves conflits internationaux ou internes, une transition difficile à l’économie de marché accompagnée par une crise économique et un retrait progressif de l’Etat. Afin d’alerter la communauté scientifique sur la nécessité de conduire des recherches sur la sélection sexuelle prénatale en Europe, des chercheurs de l’IRD appartenant au CEPED organisent, le 2 décembre 2011, le premier colloque sur ce thème. Il réunira des spécialistes de la discrimination de genre et de la sélection sexuelle provenant de différents pays européens et asiatiques ainsi qu’une parlementaire du Conseil de l’Europe qui a récemment rédigé un rapport sur la question. L’objectif de ce colloque est de mettre en commun les travaux en cours sur les déséquilibres de sexe en Europe et de favoriser la mise en place de projets de recherche conjoints, afin de mieux cerner les caractéristiques sociales et culturelles de la sélection prénatale en Europe, d’en mesurer la prévalence exacte et les tendances récentes, et de proposer des solutions aux décideurs publics des pays concernés. L’expérience des recherches menées au Sud par l’IRD s’avère ainsi déterminante pour comprendre les situations européennes. En effet, le contexte européen est très différent de celui des pays d’Asie (politique de l’enfant unique, systèmes des dots, prééminence de la société rurale) et appelle à un renouvellement dans la compréhension scientifique et la réaction politique à ces discriminations sexuelles avant la naissance. Le Nil ne s’est pas toujours écoulé au pied des temples égyptiens de Karnak http://www.ird.fr/toute-l-actualite/actualites/communiques-et-dossiers-de-presse/le-nil-ne-s-est-pas-toujours-ecoule-au-pied-des-temples-egyptiens-de-karnak Mon, 18 Jul 2011 00:00:00 +0200 Situés au cœur de la vallée du Nil, les temples de Karnak ont généré de nombreuses théories quant à leur implantation originelle : ont-ils été construits sur des îles sableuses au milieu du fleuve ou étaient-ils localisés au pied du Nil comme c’est le cas aujourd’hui ? Ni l’un ni l’autre : des études géomorphologiques, paléoenvironnementales et sédimentologiques menées par Matthieu Ghilardi, chercheur au centre européen de recherche et d’enseignement des géosciences de l’environnement (CEREGE) (CNRS/Universités de Provence et Paul Cézanne/IRD/Collège de France) montrent qu’au moment de leur édification (en 2000 avant JC) le Nil en était distant de 400 à 500 mètres. Ce n’est que 400 ans plus tard que le fleuve s’en rapprochera suite à un mouvement hydrodynamique. Ces travaux sont publiés dans la revue Journal of Archaeological Science . Inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979, les temples de Karnak ont suscité depuis plus de deux siècles l’intérêt des archéologues et des égyptologues soucieux de restituer l’évolution de l’occupation du site. Depuis deux ans seulement, des recherches géomorphologiques et paléoenvironnementales se concentrant dans la partie ouest du complexe cultuel, ont permis d’appréhender la mobilité des paysages nilotiques au cours des derniers millénaires et de mieux comprendre les logiques d’implantation du site. En 2009 et 2010, les archéologues du Conseil Suprême des Antiquités d’Egypte et le Centre Franco-Egyptien d’Etude des Temples de Karnak (CFEETK-CNRS/Conseil suprême des antiquités d’Egypte) ont collaboré avec une équipe de géographes et de géomorphologues du CEREGE. Des carottages profonds (25 mètres sous la surface) ont été réalisés au pied du premier pylône 1, en complément de l’étude des nombreuses coupes stratigraphiques réalisées au pied d’un quai de grande taille récemment mis au jour. Les datations des dépôts par le radiocarbone 14 ont permis d’obtenir une chrono-stratigraphie précise des phases de sédimentation du Nil permettant de suivre l’évolution des paysages situés aux alentours. Les analyses montrent qu’au moment de la première phase d’édification des temples de Karnak, les bâtiments ont été construits, non pas sur une île localisée au milieu du fleuve mais sur une levée sableuse (Gézirah) sur la rive droite, à une certaine distance du Nil (entre 400 et 500 m). Ce n’est qu’aux environs de 1600 avant JC (400 ans après les premières phases d’aménagement des temples de Karnak) que le Nil vient s’écouler pour la première fois dans le secteur actuel du premier pylône. © Matthieu Ghilardi Coupe stratigraphique Ces travaux novateurs permettent de dresser un tableau de l’évolution des paysages nilotiques et de répondre aux interrogations des égyptologues. Ils ont ainsi remis en cause une théorie qui avait été élaborée par les égyptologues à partir d’une fresque retrouvée dans une tombe de la vallée des Rois (datant de 1300 avant JC) et représentant les temples de Karnak reliés au Nil par un canal à partir d’un bassin. Les analyses géomorphologiques des sédiments menées par Matthieu Ghilardi, chercheur CNRS au CEREGE prouvent que ce bassin n’a jamais existé et était une représentation imaginée des temples, bien loin de leur configuration originelle réelle. Ces recherches paléoenvironnementales menées autour des temples pharaoniques de Haute Egypte ont été en partie financées par le CNRS 2. Les recherches géomorphologiques initiées à Karnak ont également été développées sur d’autres sites pharaoniques de haute Egypte : Coptos et Dendérah. D’autres études devraient bientôt suivre, à Tôd et Médamoud. 1. Portail des temples égyptiens. 2. Par un PEPS (Projets Exploratoires/Premier Soutien) du CNRS.