Fiches d'actualité scientifique
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395 - Vietnam : le bassin du fleuve Rouge en partage
Janvier
Deuxième cours d’eau du Vietnam après le Mékong, le fleuve Rouge fait vivre près du tiers des habitants, dont ceux de la capitale, Hanoï. Pour contrôler à la fois ses crues violentes et la disponibilité de la ressource en eau, un système séculaire de gestion du fleuve s’est mis en place.
Au cours de la dernière décennie, encouragé par les instances et bailleurs de fonds internationaux, le gouvernement vietnamien a instauré une nouvelle gouvernance de l’eau. Trois organisations de bassin, notamment celle du fleuve Rouge, sont venues se superposer aux autorités déjà établies, complexifiant la gestion de la ressource. La faible efficacité de cette réforme est illustrée par des chercheurs de l’IRD et de l’International Water Management Institute , qui ont étudié cette refonte du secteur de l’eau au Vietnam. Celle-ci, largement déconnectée des structures en place, s’est révélé décevante : la tarification de l’eau n’a pas permis les gains escomptés, la gestion intégrée par bassin s’avère difficile à mettre en œuvre, des conflits d’autorité ont émergé… Si cette désorganisation peut avoir un impact positif sur le long terme, à travers les réajustements qu’elle impose, ces travaux montrent l’importance d’une meilleure prise en compte des structures de gestion existantes dans les réformes du secteur de l’eau.
394 - Paludisme : comment est-il arrivé aux Amériques
Janvier
Originaire d’Afrique, le parasite du paludisme, Plasmodium falciparum , sévit sur tous les continents. De l’Afrique à l’Asie, en passant par l’Amérique ou le Moyen-Orient, il infecte plus de 200 millions de personnes par an. Comment a-t-il envahi la planète entière ? La manière dont il a conquis le Nouveau monde pose notamment question. Comme viennent de le montrer des chercheurs de l’UMR Migevec( 1) et leurs partenaires( 2) dans PNAS , le pathogène est arrivé par bateau lors de la traite négrière. L’équipe de recherche a réuni des échantillons de sang infecté provenant de toute l’aire de répartition de la maladie. L’analyse du matériel génétique extrait a révélé que les P. falciparum américains sont de proches cousins des parasites africains. De plus, on distingue en Amérique latine deux groupes génétiques, issus des deux routes des esclaves : l’une vers l’Empire espagnol au Nord – Caraïbes et actuels Mexique et Colombie – et l’autre vers l’Empire portugais – actuel Brésil. Le Brésil réunit à présent près de la moitié des 2,7 millions de cas de paludisme en Amérique chaque année.
Cette contamination récente traduit la grande capacité invasive du parasite.
393 - La maladie du sommeil sous haute surveillance
Janvier
Malgré les efforts consacrés à la lutte contre la trypanosomose humaine africaine (THA), plus connue sous le terme de maladie du sommeil, le fléau persiste dans de nombreux foyers en Afrique. Cette maladie, qui est fatale si elle n’est pas traitée, est due à un parasite, le trypanosome, transmis à l’homme par la célèbre mouche tsé-tsé.
En Afrique de l’Ouest, dans la mangrove guinéenne ou dans la forêt ivoirienne en particulier, les contacts de plus en plus étroits entre l’homme et le vecteur favorisent la transmission et le maintien de la maladie. Pour optimiser et mieux cibler les actions de lutte, lourdes et coûteuses, un réseau de surveillance accru s’est mis en place sur le continent ces dernières années. Une équipe de l’IRD( 1) basée au Cirdes( 2) au Burkina Faso – désignée aujourd’hui centre collaborateur de l’OMS – a notamment développé une méthode de diagnostic de pointe, la trypanolyse( 3), qui permet de mieux localiser les populations à risque et donc d’identifier les zones prioritaires d’intervention.
392 - Lac Tchad : les riverains s’adaptent à la baisse des eaux
Décembre
La surface du lac Tchad, jadis l'un des plus grands du monde, a été divisée par dix depuis les années 1960. L’assèchement progressif du lac est devenu emblématique du changement climatique en cours. Si le niveau du lac a de tout temps fluctué, les modifications des modes de vie des riverains n’en demeurent pas moins profondes aujourd’hui. Pour autant, comme vient de le montrer une équipe franco-nigérienne associant l’IRD( 1), les habitants ont su s’adapter à ces bouleversements de leur environnement. De pêcheurs ou éleveurs, ils sont devenus agriculteurs, souvent tournés vers l’exportation. Les nouvelles terres émergées leur ont permis de développer des cultures de décrue très productives telles que le maïs, le riz, le niébé… Dans la vallée de la rivière Komadougou Yobe, au Niger, ils ont même entrepris la culture intensive du poivron, très rémunératrice bien que risquée.
Remettre le lac en eau, comme proposé dans le projet international Oubangui( 5), bouleverserait une nouvelle fois fortement le système agricole, surtout si les fluctuations annuelles du niveau du lac disparaissaient.
391 - La surpêche menace la survie des oiseaux marins
Décembre
Fous de Bassan, mouettes, macareux, manchots… tous les oiseaux marins subissent le même sort : quand les stocks de poissons baissent en deçà d’un tiers de leur capacité maximale, le nombre de poussins chute. C’est ce que vient de révéler une étude internationale( 1) sur la relation proie-prédateur dans sept écosystèmes marins à travers le monde, publiée dans Science et coordonnée par Philippe Cury, chercheur à l’IRD. Grâce à près de 450 années d’observation, l’équipe de recherche a comparé l’évolution de l’abondance en poissons et du succès reproducteur( 2) chez 14 espèces d’oiseaux côtiers. Ces derniers se nourrissent principalement de sardines, d’anchois, de harengs, de crevettes… qui sont victimes de surpêche. Sous le seuil critique d’un tiers de la biomasse en poissons, les oiseaux – et l’équilibre de tout l’écosystème – sont menacés.
Ces travaux offrent enfin un chiffre de référence pour une gestion durable des pêches, en vue de préserver ces populations d’oiseaux, souvent en danger, et de maintenir la bonne santé des milieux marins.

