414 - Étudier l’écologie des rongeurs pour prévenir la leptospirose
Octobre 2012
La leptospirose est une maladie d’origine bactérienne transmise à l’homme via les urines des rats et des souris, très répandue en Asie du Sud Est. Grâce à la télédétection et aux SIG, des chercheurs de l’IRD et leurs partenaires( 1) du programme CERoPath ont précisé les habitats et le comportement des rongeurs ainsi que les risques d’infection selon les changements d’usage des sols.
Les rongeurs transmettent à l’homme via leurs urines des bactéries telles que les leptospires, responsables de la leptospirose. Cette maladie, présente dans la plupart des régions du monde avec 500 000 cas chaque année, touche dramatiquement l’Asie du Sud-est, où elle est considérée comme endémique( 2).
Le climat et l’environnement, facteurs déterminants
Grâce à l’échantillonnage de près de 3 000 rats et souris au Laos, au Cambodge et en Thaïlande, des chercheurs de l’IRD et leurs partenaires du programme CERoPath ont réuni une collection unique de tissus et de parasites. Dans les deux sites d’étude cambodgiens par exemple, la plupart des espèces étaient infectées, avec en moyenne 11 % des rongeurs identifiés positifs. Constat étonnant, alors que les hommes s’infectent principalement dans les rizières, les bactéries sont présentes dans différents milieux, et notamment à l’interface des champs et des forêts. Par ailleurs, les bactéries survivant plus longtemps en milieu humide, leur dispersion est favorisée durant la saison des pluies.
Des satellites pour étudier les rongeurs
L’étude s’est appuyée sur l’utilisation des Systèmes d’Information Géographique, ou SIG, de la télédétection et des géostatistiques. Chaque animal a été référencé par son lieu de capture à l’aide d’un GPS et les différentes informations telles que la caractérisation de son habitat ont été intégrées au SIG.
Des comparaisons historiques basées sur les images d’archive des satellites SPOT depuis les années 1980 ont montré l’évolution des paysages thaïlandais, cambodgiens et laotiens et leurs impacts sur les dynamiques des populations de rongeurs et de leurs pathogènes.
Des nouvelles zones d’émergence
Ces analyses historiques de l’usage des sols ont montré une progression de l’urbain et des zones agricoles au détriment des forêts. Sur le site de Mondolkiri par exemple, à l’est du Cambodge, la déforestation est massive, passant de 92 % de surfaces boisées en 1988 à 81 % en 1998 puis à 58 % en 2008. Ces changements abrupts d’usage des sols augmentent ainsi les contacts entre différentes populations de rongeurs, les animaux d’élevage et l’homme, entraînant un risque croissant de diffusion, d’émergence et d'endémisation des maladies transmises par les animaux comme la leptospirose.
L’étude des rongeurs est un enjeu de santé publique, en particulier en Asie du Sud-est, considérée comme un « hotspot » de biodiversité. Ces travaux permettront de définir de plus en plus précisément les risques potentiels d’infection et les actions préventives à mettre en œuvre.
(1) Université de Montpellier, universités de Kasetsart et de Mahidol à Bangkok en Thaïlande.
(2) qui affecte une région de manière régulière et permanente.
Une maladie multiforme
La leptospirose peut prendre de nombreuses formes cliniques chez l’homme. Fièvre, maux de tête, douleurs musculaires et douleurs articulaires diffuses sont les premiers symptômes. Les formes graves vont jusqu’à une insuffisance rénale aiguë, des atteintes neurologiques et des hémorragies plus ou moins sévères qui peuvent s’avérer mortelles en l’absence de traitement antibiotique approprié.
Rédaction Amélie Piroux (IRD en Thaïlande), Vincent Herbreteau