415 - L’obésité pèse sur les femmes en Tunisie
Octobre 2012
En Tunisie, hommes et femmes ne sont pas égaux devant la balance. Les Tunisiennes souffrent trois fois plus d’obésité que leurs compatriotes masculins. Une grande inégalité que révèle une étude de l’IRD et de ses partenaires( 1) et qui diffère de ce que les nutritionnistes observent au Nord, où les hommes sont davantage sujets au surpoids.
En Tunisie, un habitant de plus de 35 ans sur quatre est obèse aujourd’hui, soit près d’un million de personnes. Urbanisation, sédentarisation, tentations de la grande distribution… le tour de taille des Tunisiens s’épaissit. Ou plutôt celui des Tunisiennes : les femmes de cette classe d’âge sont nettement plus touchées, avec près de 40 % d’entre elles souffrant d’obésité, contre moins de 15 % des hommes. Jusque-là, peu de recherches sur la disparité de genre face au surpoids ont été menées. En Tunisie, celle-ci apparaît être une des plus élevées.
Les femmes, population à risque
Les chercheurs ont évalué leur indice de masse corporelle, ou IMC( 2), d’un échantillon représentatif de plus de 5 000 personnes âgées de 35 à 70 ans. Si cet indice est supérieur à 25, la personne est en surpoids. A partir de 30, elle est considérée comme obèse. Dans la classe d’âge étudiée, la prévalence du surpoids est élevée chez les femmes, dont plus de 70 % sont en surcharge pondérale, contre 50 % des hommes. Et l’écart se creuse quand l’aiguille grimpe sur la balance : lorsque l’on parle d’obésité, les Tunisiennes sont trois fois plus touchées (37 % d’entre elles) que leurs compatriotes masculins.
Une inégalité accrue en ville
Globalement, le risque d’embonpoint est plus important dans les agglomérations qu’en milieu rural. L’environnement urbain est particulièrement à risque, avec une sédentarisation plus marquée, ses supermarchés et leurs offres de produits riches en sucre et en graisse, ses enseignes de restauration rapide, etc. L’équipe de recherche montre que la ville accentue également les inégalités hommes – femmes face au surpoids. Plus vulnérables, d’un point de vue métabolique, au déséquilibre énergétique cause de prise de poids, les femmes sont encore plus sensibles aux excès alimentaires que génère le mode de vie urbain.
Le poids des facteurs socio-économiques
Deux autres facteurs pèsent : la différence entre l’IMC des hommes et celui des femmes diminue avec le nombre d’années de scolarisation et d’études et avec l’exercice d’une profession plus qualifiée. Toutes catégories socio-professionnelles confondues, les femmes actives souffrent moins de cette inégalité que les femmes au foyer.
C’est avant tout le rôle sociétal traditionnel des femmes qui entre en jeu. Celui-ci prévaut toujours largement (les trois quarts des femmes de 35 à 70 ans sont sans activité professionnelle, préparation des repas traditionnellement dévolues aux femmes). Cela a des conséquences sur les niveaux d’activité physique ou de consommation alimentaire, causes majeures de l’obésité.
Les actions mises en place doivent prendre en compte cette disparité de genre, jusque-là absente des débats, et considérer les femmes comme une cible prioritaire pour la prévention de l’obésité.
(1) INNTA et INSP dans le cadre du projet TAHINA (Transition and Health Impact in North Africa ) financé par l’Union Européenne.
(2) IMC = poids (kg) / taille2 (m)
Rédaction - Dic, Gaëlle Courcoux