420 - Sur la piste de l’étoile de mer tueuse de corail
Décembre 2012
Elle est l’ennemi naturel numéro un des récifs coralliens. Acanthaster planci est une étoile de mer mangeuse de corail qui par périodes se met à proliférer, pour des raisons encore méconnues, dévorant des récifs entiers en quelques années. C’est le cas depuis 2004 en Polynésie française. Une nouvelle étude de chercheurs de l’IRD et leurs partenaires( 1) décrit cette invasion autour de Moorea, l’« île sœur de Tahiti »( 2). Depuis les profondeurs jusqu’au lagon, le taux de recouvrement en corail vivant est passé de 50 % – récif en bonne santé – à moins de 5 % en 2009. Il faudra au moins dix ans à l’écosystème pour retrouver son état initial.
Bon à savoir
Depuis 40 ans, les récifs coralliens font face à une augmentation de la fréquence et de l’intensité des perturbations naturelles (blanchissement des coraux, cyclones et invasions d’Acanthaster planci ), ajoutées aux stress liés aux activités humaines (pollution, constructions littorales, surpêche, etc.). A l’échelle mondiale, 75 % des récifs coralliens sont menacés et environ 20 % sont déjà irrémédiablement détruits .
Acanthaster planci est une étoile de mer corallivore , c’est-à-dire qui se nourrit des polypes coralliens, la partie animale du corail. Il s’agit d’une espèce très féconde : chaque femelle pond 4 à 60 millions d’œufs par saison. Le taux de survie des larves est en général faible. Mais périodiquement, l’équilibre se rompt…
L’étoile de mer épineuse Acanthaster planci constitue la première menace naturelle des coraux. Elle pullule certaines années dans l’océan Indo-Pacifique et décime des récifs entiers, comme l’ont observé des chercheurs de l’IRD et leurs partenaires( 1) en Polynésie française.
L’étoile s’est propagée d’île en île
L’archipel souffre depuis 2004 d’une nouvelle explosion démographique du prédateur, l’une des plus intenses et dévastatrices jamais enregistrées. Acanthaster a commencé à proliférer de manière très localisée aux îles Australes et Sous-le-Vent. Puis en 2006, la colonisation s’est propagée à Tahiti et Moorea( 2). Grâce à une dizaine de stations sur cette dernière île, les scientifiques ont suivi la dynamique d’infestation des coraux dans l’espace et dans le temps. Ils décrivent ainsi, dans une nouvelle étude parue dans PLoS One , la propagation de l’invasion à l’échelle du récif.
Des profondeurs jusqu’au lagon
L’étoile de mer s’est d’abord établie dans les zones profondes des pentes externes, entre 20 et 30 mètres. Puis elle est remontée à environ 6 mètres, et a même colonisé des secteurs du lagon. Les dégâts se sont ainsi manifestés peu à peu : de 47 % de taux de recouvrement en corail vivant en 2006 par exemple au niveau d’une des stations, il est passé à 21 % en 2007, 6 % en 2008 et 2 % en 2009. Un bilan catastrophique, perturbant la structure et le fonctionnement de l’ensemble des communautés récifales (autres espèces corallivores comme les poissons papillons, etc.).
Des causes encore mystérieuses
Qu’est-ce qui provoque la multiplication des Acanthaster planci ? En Australie, où sévit également le ravageur, les invasions surviennent suite à des années très pluvieuses. Les précipitations entraînent un excès des rejets de nutriments issus des activités humaines et une prolifération d’algues dont se nourrissent les larves de l’échinoderme*. Mais en Polynésie, la pression anthropique semble trop faible et localisée( 3) pour expliquer une telle pullulation de l’étoile de mer. Faute de données à ce jour, le phénomène reste énigmatique.
Du fait des causes encore indéterminées, les moyens de lutte contre Acanthaster planci pour préserver les activités économiques autour de la barrière de corail, comme le tourisme et la plongée, demeurent restreints. Les chercheurs étudient à présent les processus de « recrutement » des coraux, autrement dit de repeuplement du récif, pour favoriser sa résilience. Sans nouvelle perturbation majeure, il faut 10 à 30 ans à un écosystème corallien pour retourner à son état initial.
1. Labex CORAIL - CRIOBE à Moorea, universités de Brisbane en Australie, de Floride aux Etats-Unis, et de La Réunion et l’Australian Institute of Marine Science .
2. Tahiti et Moorea sont appelées les « îles du Vent », par opposition aux « îles Sous-le-Vent » (Bora-Bora, Raiatea, Maupiti). Toutes constituent l’archipel de la Société.
3. Avec 250 000 habitants sur 3 400 km² de terres émergées, la densité de population est faible en Polynésie française.
Les étoiles de mer, comme les oursins, sont des échinodermes , qui signifie « peau d’épines » en grec. Ils n'ont ni queue, ni tête, ni même de gauche ni de droite ! Leur corps peut être divisé en cinq, selon une symétrie centrale. Ils n'ont également ni cerveau, ni système nerveux et n'ont pas non plus de sang : l'eau de mer circule dans l’organisme pour assurer la respiration, la nutrition et la déjection de l’animal et actionner ses milliers de minuscules pieds munis de ventouses.
Rédaction Dic, Gaëlle Courcoux