423 - Face à la pauvreté, comment défendre l’intérêt des enfants ?
Janvier 2013
D’après plusieurs études( 1), de plus en plus d’enfants dans le monde sont séparés de leur foyer et placés en centre d’accueil. La majorité d’entre eux ne sont pourtant ni orphelins ni abandonnés : ils sont confiés à ces institutions en réponse à des difficultés économiques ou familiales, comme l’illustre une nouvelle enquête menée à Madagascar. Dans un contexte d’aide philanthropique et de forte demande pour l’adoption internationale, le rôle de protection de l’enfance de ces structures est ainsi détourné. Pour garantir l’« intérêt supérieur de l’enfant » en le maintenant dans sa famille( 2), les efforts doivent être centrés sur la lutte contre la pauvreté et la réduction de la stigmatisation de certains enfants.
Bon à savoir
Le nombre d’enfants placés en centre d’accueil a doublé en dix ans dans de nombreux pays( 1).
En 2009, l’Unicef avance un total de 2 millions d’enfants vivant en institution dans le monde, un chiffre largement sous-estimé faute de données.
Contrairement aux idées reçues, la majorité des enfants placés en centres d’accueil ne sont ni orphelins ni abandonnés : leurs parents ne parviennent tout simplement plus à subvenir à leurs besoins ou sont en situation de rupture conjugale ou de célibat( 2). Le rôle de protection de l’enfance de ces institutions est ainsi détourné vers un statut d’aide sociale en réponse à la pauvreté et à la déstructuration familiale, réduisant les capacités d’accueil des centres pour les réelles situations de danger : exploitation, abus, abandons, etc.
Seul un tiers d’orphelins
Une nouvelle enquête menée à Antananarivo auprès de 40 centres d’accueil vient illustrer cette tendance. D’après les résultats des chercheurs dans la capitale malgache, les deux tiers des enfants vivant en institution ont encore au moins un de leurs parents. Dans plus des trois quarts des cas, la structure est en contact avec un membre de la famille.
La dissolution des foyers, facteur de risque
Ces pratiques prennent place dans un contexte social et culturel où l’enfant appartient au lignage plutôt qu’au couple et dans lequel les charges sont redistribuées sur l’ensemble du réseau familial( 3).
Ce système est en pleine mutation : urbanisation croissante, relâchement des solidarités, forte instabilité matrimoniale, stigmatisation des enfants de mères célibataires ou refus de ceux issus d’une première union… La déstructuration des foyers et l’affaiblissement des solidarités diversifient les modes de prise en charge de l’enfant et conduisent parfois à le confier à une institution.
La nécessité des placements en question
Le placement de l’enfant est ainsi vu par les familles et les acteurs du secteur comme une solution qui s’inscrit dans la durée, voire devient définitive, et non comme une mesure provisoire. Il est rare qu’un jeune réintègre sa famille d’origine ou de substitution. Depuis 2005, la loi malgache stipule que le placement doit être ordonné par l’autorité administrative ou judiciaire compétente et sa nécessité réévaluée régulièrement Mais les moyens pour l’application de cette loi restent trop faibles.
Dans un contexte de forte pression de la demande pour l’adoption internationale, il est important de garder à l’esprit que cette solution doit constituer le recours ultime à la prise en charge des enfants. Les efforts devraient être centrés sur la prévention pour favoriser le maintien ou le retour de l’enfant parmi les siens – en luttant contre les discriminations et l’amélioration des réponses à la pauvreté par l’octroi d’aides sociales par exemple – et sur l’organisation de la prise en charge institutionnelle, de sorte qu’elle offre une réponse appropriée aux enfants en situation de danger.
(1) Rapports 2003 et 2009 de l’ONG Save the children, Mansour et al. 2006, Powell et al. 2004, etc.
(2) La Convention Internationale des Droits de l'Enfant adoptée par les Nations unies le 20 novembre 1989 déclare que la prise en charge de type familial est la plus à même de garantir l’« intérêt supérieur de l’enfant ».
(3) Le don ou le transfert des enfants sont fréquents au sein de la parenté au sens large.
Dic – Gaëlle Courcoux