80 - Vaccination contre la rougeole en Afrique : les rappels semblent nécessaires
Janvier
En dépit d'importantes campagnes de vaccination, des épidémies de rougeole continuent à être observées en Afrique de l'Ouest où elles touchent une proportion croissante d'enfants vaccinés.
En dépit d'importantes campagnes de vaccination, des épidémies de rougeole continuent à être observées en Afrique de l'Ouest où elles touchent une proportion croissante d'enfants vaccinés. Une enquête épidémiologique menée dans une région rurale du Sénégal par une équipe de chercheurs de l'IRD (Institut de recherche pour le développement, anciennement Orstom), du MRC (Medical Research Council, Gambie), du Statens Serum Institut de Copenhague et de l'université Emory d'Atlanta montre que, chez les enfants déjà vaccinés, cette exposition à la maladie au cours des épidémies entraîne des formes cliniques atténuées, mais aussi des infections sans manifestation clinique. Ces rougeoles dites "sub-cliniques" pourraient agir comme une sorte de rappel naturel et contribueraient ainsi au maintien de l'immunité contre la rougeole due au vaccin. Cette étude est l'une des premières menées sur les rougeoles sub-cliniques. Ces résultats qui viennent d'être publiés dans The Lancet suggèrent quelques recommandations en termes de santé publique.
Malgré l'existence d'un vaccin efficace et d'une couverture vaccinale généralement bonne, la rougeole n'a pas disparu des pays en développement, en Afrique de l'Ouest ou sur le continent asiatique par exemple. Différentes études épidémiologiques laissent en effet apparaître que l'effet de protection contre la maladie que confère le vaccin diminue au cours du temps : ainsi, plusieurs années après avoir été vaccinés, des enfants peuvent présenter un faible taux d'anticorps contre le virus de la rougeole et, à l'occasion d'épidémies, être touchés par la maladie, sous une forme bénigne le plus souvent.
Cette diminution de la protection vaccinale, qui n'est pas observée partout, pourrait s'expliquer par la fréquence d'autres maladies infectieuses telles que le paludisme, par une vaccination précoce (9-10 mois) et l'absence de rappel vaccinal, ainsi que par des conditions de vie difficiles (la promiscuité, notamment, favoriserait une exposition plus importante). Si, dans de tels contextes, le vaccin peut perdre de son efficacité, il demeure cependant actif : le taux de mortalité consécutive à la rougeole demeure beaucoup plus faible chez les enfants vaccinés que chez ceux qui ne le sont pas.
En 1992, une équipe de chercheurs a entrepris une étude afin de mesurer l'impact d'épidémies de rougeole sur l'état immunitaire d'enfants vaccinés en Afrique de l'Ouest. Dans ce cadre, ils ont conduit, lors d'une épidémie, une enquête portant sur 216 cas de rougeole chez des enfants vivant à Niakhar. Dans cette région rurale du Sénégal, le taux de vaccination contre la rougeole s'élève à 81%.
Les résultats qui viennent d'être publiés révèlent que, suite à cette épidémie, 56% des enfants non vaccinés ont eu la rougeole contre 1% des enfants vaccinés. En revanche, 45% des enfants vaccinés ont été atteints d'une rougeole sub-clinique. Autrement dit, bien qu'ils n'aient pas présenté de symptôme de la maladie (fièvre, céphalées, etc.), leur taux d'anticorps contre le virus a très sensiblement augmenté (de 45 fois en moyenne) et est demeuré très élevé pendant au moins six mois. Il est en outre apparu que plus l'intensité de l'exposition à la maladie était forte (enfants dormant dans la même case qu'un autre atteint de la rougeole), plus les enfants vaccinés atteints d'une rougeole sub-clinique étaient nombreux (59% contre 45% en moyenne). Au regard de ces derniers résultats, il apparaît que, parce qu'elle provoque une augmentation des anticorps et ce pendant plusieurs mois, la rougeole sub-clinique vient renforcer l'immunité conférée par le vaccin, jouant en quelque sorte le rôle d'un rappel "naturel".
Les résultats présentés dans cette étude conduisent à quelques observations en termes de politique de santé publique. Dans la mesure où les campagnes de vaccination se généraliseront et auront pour effet de réduire l'importance des épidémies, le rôle joué actuellement par les rougeoles sub-cliniques dans le maintien de la protection vaccinale s'atténuera. De ce fait, les rappels vaccinaux seront nécessaires pour assurer la persistance de la protection conférée par une dose de vaccin administrée entre 9 et 12 mois. Il reste cependant à définir les modalités de mise en œuvre de ces campagnes de vaccination de rappel, compte tenu notamment des contextes socio-économiques difficiles que connaissent nombre de pays ouest-africains.