196 - De l'huile de palme rouge pour lutter contre les carences en Vitamine A
Février 2004
La carence en vitamine A entraîne des atteintes oculaires et accroît la mortalité chez les jeunes enfants, surtout en Afrique. La diversification de l'alimentation par des produits disponibles localement est une des voies possibles pour pallier ces déficits. Dans le cadre d'un projet de promotion de l'huile de palme rouge non-raffinée au Burkina Faso, une équipe de chercheurs de l'IRD, de l'Université de Montréal et de l'IRSS de Ouagadougou a étudié l'impact de l'introduction de cette huile produite dans le sud-ouest du pays dans l'alimentation de femmes et d'enfants d'une autre région, où elle n'est habituellement pas consommée. Ainsi, pour la première fois, l'efficacité de la consommation libre et volontaire de cette huile, très riche en précurseur de la vitamine A, sur la réduction des déficits en cette vitamine chez les femmes et les enfants a été mise en évidence. Cette stratégie sur le long terme, efficace en matière de santé publique, pourrait également contribuer au développement économique local par son influence sur la production et la création d'emplois, féminins notamment.
Plus de 250 millions d'enfants de moins de cinq ans sont exposés au risque de carence en vitamine A dans le monde. Le déficit en cette vitamine, qui constitue aujourd'hui la première cause de cécité dite évitable, favorise également l'apparition de maladies, entraînant de fait une mortalité accrue chez ces jeunes enfants. Pour lutter contre ces déficiences, plusieurs stratégies peuvent être adoptées : la supplémentation médicamenteuse, l'enrichissement d'aliments en vitamine A à l'échelle industrielle ou communautaire, ou encore la diversification de l'alimentation reposant sur l'utilisation des ressources disponibles localement. C'est dans cette dernière voie qu'a été engagé un projet pilote de promotion de l'huile de palme rouge non raffinée au Burkina Faso. En collaboration avec des chercheurs canadiens et burkinabés (1) , les chercheurs de l'unité " nutrition, alimentation, sociétés " de l'IRD ont testé de 1999 à 2001 l'efficacité de l'huile de palme rouge sur le statut en vitamine A de mères et d'enfants de moins de cinq ans dans le Centre - Est du pays, région où elle n'est pas consommée habituellement. Cette huile, connue par ailleurs pour sa grande richesse en précurseur de la vitamine A, le Bêta carotène, et l'importante efficacité biologique de celui-ci, est en revanche produite et utilisée couramment dans une autre région du Burkina Faso, située au sud-ouest du pays (2) . Elle a été transportée puis vendue comme complément alimentaire sur les sites d'étude retenus pour le projet, afin d'évaluer son impact contre les carences en conditions réelles d'utilisation, c'est-à-dire dans les conditions d'une acquisition libre et volontaire par les femmes. Celles-ci ont été préalablement informées des enjeux et des bénéfices de l'huile de palme rouge par le biais de méthodes de mobilisation sociale (allocutions, débats, pièces de théâtre, etc.).
L'impact de cette consommation sur le statut en vitamine A des femmes et des enfants a été évalué au début et en fin d'étude par la mesure des teneurs en rétinol du sérum sanguin.
Au bout de deux ans, les résultats montrent une nette augmentation de la quantité de vitamine A ingérée par les mères et les enfants ayant consommé de l'huile de palme rouge de manière directe ou indirecte (allaitement). On enregistre en effet un accroissement de 41 à 120 % des apports de sécurité chez les mères et de 36 à 97 % chez les enfants. Parallèlement, la proportion de mères et d'enfants présentant au début de l'étude un taux de rétinol sérique inférieur au seuil recommandé (0,70 µmol/l), donc fortement carencés, a décru, passant ainsi de 62 à 30 % pour les femmes, de 84,5 à 67 % pour les enfants. L'huile n'ayant été mise à disposition que dans le cadre du projet pilote, ces résultats peuvent être par conséquent attribués à ce projet. Ils montrent que l'huile de palme rouge constitue un complément alimentaire efficace en conditions commerciales réelles pour lutter contre les carences en vitamine A.
De plus, près de la moitié des femmes impliquées dans l'étude ont modifié en deux ans leur comportement en consommant intentionnellement cette huile qui représentait une denrée nouvelle pour elles. Ceci souligne la faisabilité et l'application possible sur le long terme d'une telle complémentation, fondée sur la commercialisation du produit, une information préalable et l'application de prix adaptés au marché local. L'huile de palme peut par conséquent, à l'instar d'autres aliments (fruits et légumes riches en vitamine A notamment) bénéfiques pour la santé, et en association avec d'autres stratégies, être intégrée dans des programmes nationaux de lutte contre les carences en vitamine A au Burkina Faso où le projet pilote est actuellement étendu, ainsi que dans d'autres pays de la zone sahélienne. Des études complémentaires sont en cours sur l'utilisation de l'huile de palme rouge dans les repas servis dans les cantines scolaires, et sur les autres bénéfices apportés par la commercialisation de l'huile de palme en dehors des zones de production du projet, telle que la création d'emplois, féminins en particulier.
Rédaction : DIC - Marie GUILLAUME
(1) Les partenaires impliqués dans les recherches conduites au Burkina Faso de 1999 à 2001 dans le cadre du projet pilote étaient l'Université de Montréal, Canada (Hélène Delisle du département de nutrition, helene.delisle@umontreal.ca ) et l'IRSS (Institut de recherche en sciences de la santé) de Ouagadougou au Burkina Faso (Noël-Marie Zagré, nzagre@hki.ne ) et l'IRD.
(2) L'huile de palme rouge est extraite du palmier à huile Elaeis guineensis .