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Gabon
 

Auteurs : André Mary et Maixant Mebiame Zomo

Avec 1 424 906 habitants, le Gabon représente, au regard de sa cartographie religieuse, un véritable « carrefour de religions ». Selon le dernier recensement démographique officielle (2005) du Ministère de l’Intérieur, il existe 64,07 % de personnes qui se réclament du christianisme (54,24 % de chrétiens catholiques et 9,83 % de protestants), 6,50 % de la religion musulmane, et 13,48 % des personnes appartiennent aux différentes religions « traditionnelles » : Bwiti, religion d’eboga et autres. L’Église catholique occupe depuis l’époque missionnaire (même si les premières missions furent protestantes) une place équivalente à une véritable religion d’État eu égard à l’influence de son clergé dans la formation des élites et de son calendrier liturgique sur les activités administratives. Mais les conversions à l’islam du président El Hadji Omar Bongo, Khalife général (au pouvoir de 1967 à 2009) et de certaines autres personnalités de son régime politique (ex. son fils Ali Bongo, ministre des armées et président du conseil des affaires islamiques) confèrent à cette religion depuis quelque temps une grande visibilité dans l’espace public (émission radio télévisées sur des chaînes publiques, conférences internationales, séminaires, partenariat avec les pays du Maghreb, etc.). La population étrangère migrante, pour la plupart d’origine africaine, évaluée à un peu plus de deux cent mille individus, soit près de 15 % de la population, est majoritairement musulmane (Maliens et Sénégalais).

Le réveil religieux des années 1930 a donné naissance à la première Église pentecôtiste au Gabon (Assemblées de Dieu qui fonda des églises au Congo, Cameroun et Guinée équatoriale) et celui des années 1980, porté par des jeunes chrétiens de l’Église évangélique, a conduit à la création de l’Église du Centre d’Évangélisation Béthanie qui a considérablement modifié le paysage religieux gabonais. Présentée comme un centre de formation d’acteurs religieux chrétiens appelés à fonder des Églises, une kyrielle de jeunes pasteurs formés à Béthanie va créer une multitude d’Église à Libreville et dans le reste du pays (Ministère Éphésiens 4, Béthel, Victoire Parfaite, Buisson Ardent, Église de Nazareth, Église de Jérusalem, le Centre Missionnaire Chrétien International (CMCI), le Centre Mondial des Réveils, Morija, Église Saint Sauveur, etc.). D’autres Églises sont aussi importées par des migrations africaines attirées par la manne pétrolière. C’est par le biais de la migration en provenance du Bénin et du Nigeria que des Églises prophétiques africaines comme le Christianisme céleste se sont implantées au Gabon dans les années 1970-80. Les Églises évangéliques, d’origine plus nettement anglophone s’appuyant sur la migration en provenance du Ghana et du Nigeria, n’ont cessé de se multiplier à partir de 1990 : l’Église de Pentecôte, l’Église de l’Unité du Saint-Esprit, l’Église Biblique de la Vie Profonde, l’Église des Hommes d’Affaires du Plein Évangile, l’Église néo-apostolique, le Ministère de la Foi Agissante, etc. Les Églises brésiliennes telles que Dieu est Amour ou l’Église Universelle du Royaume de Dieu sont également très présentes.

Les Églises protestantes, notamment évangéliques et pentecôtistes, constituent une « minorité agissante » avec 5% de la population totale. Il existe aujourd’hui trois fédérations d’Églises pentecôtistes regroupant au total plus de 150 Églises ou associations religieuses. Ces fédérations sont coiffées par la Confédération pentecôtiste charismatique et de Réveil (CPCR) qui joue le rôle d’interface entre les pouvoirs publics et les fédérations affiliées. Ces fédérations facilitent les procédures d’entrée au Gabon des pasteurs étrangers régulièrement invités et l’accès aux médias d’État au même titre que pour les catholiques, les protestants et les musulmans. Le retour dans leurs pays des immigrés au Gabon encourage la mise en place de réseaux intra et internationaux et un œcuménisme dans la réalisation de certains projets.

Les religions traditionnelles comme le Bwiti, une appellation qui couvre de nombreuses pratiques initiatiques et thérapeutiques se réclamant de l’eboga, ont encore une grande place dans la vie rituelle des familles gabonaises. Société initiatique issue du sud du Gabon, le Bwiti s’est répandu dans tout le pays et a donné naissance, chez les Fang, dans les années précédant les Indépendances à la religion d’Eboga liée aux innovations syncrétiques de prophètes visionnaires. Aujourd’hui un Bwiti New Age et « chamanisé » offre sur le Net ses vertus thérapeutiques dans des stages ouverts aux européens, mais si ce culte est l’un des rares rites initiatiques à s’être exporté hors des frontières du pays, son destin transnational est encore très loin d’être comparable à celui de cultes comme le vodu ou même la religion du peyotl.

Bibliographie

Balandier, G., Sociologie Actuelle de l’Afrique Noire, PUF, 1971.

Fernandez, J.W., 1982, Bwiti, An Ethnography of the Religious Imagination in Africa, Princeton University Press.

Mary, A. 1999, Le défi du syncrétisme, Le travail symbolique de la religion d’Eboga (Gabon), Paris, Ed. EHESS.

Mary, A., 2000, « Anges de Dieu et esprits territoriaux : une religion africaine à l’épreuve de la transnationalisation », Autrepart, n° 14, p. 71-89.

Mary, A., 2001, « La violence symbolique de la Pentecôte gabonaise », in Corten A.et Mary A., Imaginaires politiques et pentecôtismes, Afrique-Brésil, Karthala.

Mebiame Zomo, M. M., 2007, Le pentecôtisme d’Afrique centrale (Gabon). Stratégie d’évangélisation et conversion, Thèse de doctorat, Paris, EHESS.

Nguema Obame, P., 1983, Aspects de la religion fang, Karthala.

Perrier, A. Gabon, Un Réveil Religieux, 1935-1937, L’Harmattan,1988.

Raponda Walker, A., Sillans, R., Rites et Croyances du Gabon, Présence Africaine, 1962.

 
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