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Baba Oseijeman Adelabu Adefunmi I
 

Auteur : Stefania Capone

Né sous le nom de Walter « Eugene » King en 1928 à Détroit, aux États-Unis, il grandit dans une famille de militants du nationalisme noir, son père étant membre du mouvement de Marcus Garvey et du Moorish Science Temple. Depuis son enfance, il montra un grand intérêt pour la danse africaine, qui l’amena à étudier la culture africaine et à s’éloigner du christianisme. Il étudia la danse africaine dans la Katherine Dunham Dance School de New York et participa pendant trois mois à une tournée européenne de la troupe.

Dans les années 1950, il devint un militant très actif du nationalisme noir, s’illustrant dans la branche du mouvement appelée « nationalisme culturel ». Après avoir connu Haïti et le vodou, il décida de fonder une société nommée l’Ordre de Damballah Hwedo, qui rassembla un groupe de nationalistes pratiquant les religions akan et dahoméenne. Dans cette quête de ses racines culturelles, King changea son nom en Oseijeman, « le sauveur du peuple ». Son groupe visait la revitalisation de la culture et de la religion africaines pour les Afro-Américains.

En contact avec des initiés cubains et portoricains dans la santería ou regla de ocha, résidant à New York, Oseijeman décida de se rendre à Cuba, dans la ville de Matanzas, pour y être initié. En août 1959, il fut consacré à Obatalá dans le lignage religieux (rama) de Ferminita Gómez. À son retour, Oseijeman ouvrit le Shangó Temple à Harlem, suivi en 1960 par le Yoruba Temple. Il créa aussi la Yoruba Academy pour l’étude de l’histoire, de la langue et de la religion yoruba, publiant plusieurs ouvrages qui visaient à faire prendre conscience aux Afro-Américains de leur héritage et de leur culture qui, aux yeux d’Adefunmi, étaient fondamentalement yoruba. Cette nouvelle identité culturelle devait mettre fin à des siècles d’« amnésie culturelle ».

Adefunmi participait aussi aux activités du Black Arts Movement (BARTS) et incitait les autres membres de son groupe à afficher publiquement leurs pratiques religieuses d’origine africaine. Cette nouvelle visibilité et les transformations apportées par les membres du Yoruba Temple (élimination de toute influence catholique et notamment remplacement de l’iconographie catholique par une esthétique africaine) entraînèrent des tensions avec les santeros, qui craignaient que cette exposition publique des pratiques d’origine africaine par les militants nationalistes n’entraînat une répression de la part du gouvernement américain. Malgré cela, les rituels réalisés dans le Yoruba Temple reproduisaient le modèle cubain, appris lors de l’initiation à Matanzas. Adefunmi et son groupe sont à l’origine des lignages (ramas) afro-américains, très marqués par l’engagement dans le militantisme du mouvement noir. Beaucoup des leaders de ces lignages religieux ont reçu leurs noms africains d’Adefunmi et reconnaissent, encore aujourd’hui, son leadership dans le domaine religieux.

A la fin des années 1960, déçu par les conflits au sein de son groupe, Adefunmi laissa New York pour s’installer en Caroline du Sud, où il fonda un village culturel yoruba, Oyotunji Village, en 1970. Il commença aussi à réaliser les premières initiations d’African Americans, s’éloignant définitivement de la tutelle des santeros cubains et développant sa propre modalité religieuse, appelée orisha-voodoo et caractérisée par le rôle central accordé à la découverte d’une ancestralité africaine.

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Panneaux placés à l’entrée d’Oyotunji Village, USA, 2004, Photo de Stefania Capone

En 1972, il se rendit en Afrique avec le groupe de danse africaine de Nana Yao Oparebea Dinizulu, le père du mouvement akan aux États-Unis. Lors de ce voyage, il s’initia dans le culte d’Ifá au Nigeria. Ce qu’il vit en Afrique et les interprétations données par ses initiateurs d’Abeokutá, censées être plus « authentiques » que celles reçues des Cubains, confirmèrent la légitimité de la position qu’il occupait dans son village « africain ». À son retour du Nigeria, en octobre 1972, Adefunmi fut couronné Oba (roi) d’Oyotunji Village, en sa qualité de fondateur et de leader spirituel de la communauté. En 1981, il reçut le titre de « Chef des Yoruba d’Amérique » des mains de l’Oni d’Ifé, lors de la première COMTOC réalisée au Nigeria. Il se plaça ainsi sous la tutelle rituelle et politique des chefs traditionnels nigérians, ouvrant la voie aux initiations d’Afro-Américains au Nigeria.

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Adefunmi I lors de la 5ème COMTOC à San Francisco, 1997, photo de Stefania Capone

Son activité incessante dans les milieux associatifs et militants afro-américains ainsi que son charisme religieux ont fait d’Adefunmi l’une des figures incontournables de la transnationalisation des religions afro-américaines entre Cuba, les États-Unis et le Nigeria. La diminution démographique de son village a été accompagnée par l’augmentation de son influence dans le champ religieux nord-américain, avec la dissémination de centres liés à Oyotunji un peu partout dans le pays. L’expansion du réseau des pratiquants de l’orisha-voodoo garantit également la survie de la communauté en Caroline du Sud, avec la réalisation des initiations de candidats sélectionnés et préparés par les anciens membres d’Oyotunji qui ont ouvert des maisons de culte dans plusieurs villes américaines. Adefunmi est décédé en 2005 et sa place a été occupée par son fils, qui a pris le nom d’Adefunmi II, établissant ainsi le premier lignage royal « africain » dans les Amériques.

Bibliographie

Adefunmi, Oseijeman, 1962, Tribal origins of the African-Americans, New York : Yoruba Temple Research Division/Great Benin Books.

idem, 1970, African Names from the Ancient Yoruba Kingdom of Nigeria, New York : Yoruba Academy.

idem, 1981, « U.S.A. : Building a Community », Caribe, 4 (4), pp. 10-12.

idem, 1982, Olorisha : A Guidebook into Yoruba Religion, Oyotunji Village, Sheldon, S.C. : Great Benin Books.

idem, 1993, Keynote Address, Columbia University, 16 janvier.

Capone, Stefania, 2005, Les Yoruba du Nouveau Monde : religion, ethnicité et nationalisme noir aux Etats-Unis, Paris : Karthala.

Clarke, Kamari M., 2004, Mapping Yorùbá Networks : Power and Agency in the Making of Transnational Communities, Durham, N.C. : Duke University Press.

idem, 2007, Transnational Yoruba revivalism and the diasporic politics of heritage, American Ethnologist 34 (4), pp. 721-734.

Hunt, Carl, 1979, Oyotunji Village : The Yoruba Movement in America, Washington : University Press of America.

Omari, Mikelle Smith, 1996, « Completing the Circle : Notes on African Art, Society, and Religion in Oyotunji, South Carolina », African Arts 24 (July), pp. 66-75.

 
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