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Yèyé Sussu et João : un binôme nodal au Portugal
 

Auteur : Maïa Guillot

Sofia, appelée Yèyé Sussu, et João son fils biologique de 28 ans, ont dynamisé la transnationalisation des religions afro-brésiliennes au Portugal en créant récemment des liens avec des Yoruba du Nigeria, connexion inédite jusqu’alors au Portugal.

Au début des années 1990, Sussu a connu et pratiqué l’umbanda pendant trois ans avec un chef de culte brésilien immigré au Portugal. Puis en 1994, elle est partie à Rio de Janeiro au Brésil pour être initiée dans le candomblé par Mãe Nitinha, dont le terreiro est issu de la maison de candomblé considérée comme la plus ancienne de Salvador : la Casa Branca do Engenho Velho. Sussu a adhéré à la Fédération nationale du culte afro-brésilien au Brésil, où elle retourne tous les ans pour accomplir ses « obligations rituelles », obrigações, envers les orixás. En 2005, Sussu a accompagné Mãe Nitinha en Argentine, pour la seconder dans l’initiation de plusieurs personnes. A la suite de son décès en 2008, Sussu a continué sa carrière religieuse dans un autre prestigieux terreiro de Salvador : le Pilão de Prata, dirigé par Pai Air José. En 2010 y a été réalisée la fête donnant à Sussu la permission publique d’ouvrir son propre terreiro. Pour l’instant, la trentaine de fils-de-saint de Sussu, portugais, brésiliens, et maintenant quelques nigérians, n’a effectué que les deux premiers pas du processus initiatique dans le candomblé (bori et assentamento).

En 2007, la famille a fondé l’Association portugaise de la culture afro-brésilienne (APCAB) située dans le terreiro Ilé Àse Ìyá Odò ou Casa Branca da Sesmaria Velha, à Benavente (Ribatejo), qui ambitionnait de redéfinir le concept de « Lusophonie » à la lumière d’un « paradigme multiculturaliste » considérant l’apport des cultures africaines et brésiliennes dans l’identité portugaise.

En 2009, dans une quête des « racines » du candomblé, Sussu et João ont contacté à travers l’Ambassade du Nigeria au Portugal des fonctionnaires et immigrés yoruba, dont certains pratiquaient déjà la religion yoruba traditionnelle au Nigeria. Ces derniers auraient reconnu l’« orthodoxie » religieuse de l’Ilé Àse Ìyá Odò ainsi que les projets de ses membres : défendre un patrimoine religieux et artistique « africain » et « afro-brésilien » et « promouvoir un dialogue multiculturel et interreligieux ». Ceci grâce à l’organisation d’expositions et de colloques, l’édifice d’un musée et la diffusion de films. Le « retour aux origines », notamment en ce qui concerne les rituels initiatiques et les fêtes publiques, s’effectue à travers des lectures et des discussions avec les Yoruba. Le voyage au Nigeria est en projet, avec Pai Air José. Sussu et João conçoivent leur pratique comme étant à mi-chemin entre l’Afrique et le Brésil, puisque faire partie de la Casa Branca et du Pilão de Prata signifierait déjà être à la source d’une « tradition africaine » préservée au Brésil. Toutefois, le processus initiatique dans le terreiro de Sussu sera désormais réalisé selon le « modèle africain » et non plus « brésilien ». Le premier Yoruba y ayant commencé son initiation est un immigré vivant une situation de migrant difficile au Portugal, et qui possédait déjà une charge rituelle au Nigeria.

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Drapeaux du Portugal, du Nigéria et du Brésil dans le terreiro de Yèyé Sussu. Benavente, Portugal, avril 2010. Photo de Maïa Guillot

A travers les liens créés avec ces Yoruba, Sussu et João ont été invités au jour de l’indépendance du Nigeria à Lisbonne en 2010, où ils étaient les « seuls Blancs », vêtus des habits traditionnels yoruba. Puis en 2010, Yéyè Sussu et João ont fondé la Communauté Portugaise de Candomblé Yorùbá (CPCY), qui a acquis le statut de « Personne collective et religieuse », ce qui lui donne la reconnaissance publique de ses droits collectifs de liberté religieuse. La CPCY se présente comme « la première Personne collective et religieuse non chrétienne et d’origine africaine et afro-brésilienne à être reconnue par le gouvernement portugais », devenant ainsi « officiellement l’institution qui tutelle la religion yoruba au Portugal, étant la maison mère de la religion sur le territoire portugais ». Elle se donne entre autre pour mission de « représenter au Portugal les traditions religieuses afro-brésiliennes d’origine yoruba », de « gérer, reconnaitre ou fermer les terreiros de candomblé de matrice yoruba du Portugal », mais aussi de participer au dialogue interreligieux afin que « l’espace multiculturel portugais s’identifie à une coexistence pacifique entre les religions ».

João, qui possède la charge rituelle d’ogan du terreiro, est vice-président de la CPCY, et a soutenu un master en Histoire et Culture des Religions à l’Université de Lisbonne en 2012. Il y a aussi donné des cours sur l’histoire religieuse des Yoruba et a publié en 2011 Candomblé em Português (éd. Antagonista). Il écrit très régulièrement sur le site de la CPCY et a créé plusieurs revues électroniques dans lesquelles ont publié chercheurs portugais et brésiliens. La dernière s’appelle Atos de ordem religiosa. Actuellement, la CPCY souhaitent légaliser un espace/terreiro, dans lequel seraient réalisées les fêtes religieuses selon un calendrier liturgique défini, et donnés, au sein d’une « école », des cours de religion, culture et langue yoruba.

 
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