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Lancement du satellite Megha-Tropiques depuis l’Inde

12 Octobre 2011

© CNES Vue d’artiste du satellite Megha-Tropiques

La mission franco-indienne (CNES-ISRO) Megha_Tropiques est lancée le 12 octobre 2011 depuis la base spatiale de Sriharikota (Inde), pour une durée prévue de 5 ans. Cette mission dédiée à l’étude de l’eau atmosphérique (Megha signifie Nuage en sanscrit) propose une combinaison unique d’instruments, associée à une orbitographie particulièrement adaptée à l’étude des régions tropicales.

Les UMR GET, LTHE et LOCEAN sont partenaires de cette mission. L’IRD joue un rôle central dans le plan de validation international de MeghaTropiques. Ces activités s’appuient sur le réseau de partenaires, les infrastructures et plusieurs programmes de l'IRD en zone tropicale : ORE AMMA-CATCH en Afrique de l’Ouest, HYBAM en Amérique du Sud, la cellule franco-indienne CEFIRSE à Bangalore. Un super site de validation équipé du radar hydrométéorologique polarimétrique Xport et d’observations raffinées de la vapeur d’eau atmosphérique est mis en place au Burkina Faso par le GET et le LTHE, en partenariat étroit avec la Direction de la Météorologie, l‘ASECNA, l’Université de Ouagadougou et la fondation 2IE. Le site sera opéré pendant plusieurs saisons des pluies de mousson pour offrir un ensemble d’observations à même de qualifier les produits satellites. Le programme de validation va occuper l’équipe scientifique pendant les prochains 18 mois de manière intensive et permettre la mise à disposition de la communauté scientifique des observations qualifiées et facilement exploitable pour l’étude du climat et de l’hydrométéorologie, tropicaux.

Inclinée sur l’équateur à 20°, la mission MT offre une revisite sans égal (jusqu’à 6 fois par jour) de la ceinture intertropicale. Les objectifs scientifiques de la mission s’articulent autour de trois grand axes : la mesure du bilan d’eau et d’énergie de la région tropicale, l’étude du cycle de vie des orages tropicaux et enfin la prévision météorologique des cyclones et autres évènements hydro-météorologiques intenses. MT contribuera à améliorer l’estimation des précipitations, avec des applications attendues en hydrologie tropicale, pour le suivi du cycle de l’eau continental et des ressources dans des zones sensibles à la variabilité pluviométrique.

Le satellite porte à son bord 4 instruments, dont le plus original est MADRAS. C’est un radiomètre imageur micro-onde qui observe l’atmosphère avec un angle constant (conical scanning) dans plusieurs canaux polarisés situés dans différentes régions spectrales. Les 9 canaux de MADRAS couvrent les fréquences comprises entre 18GHz et 157 GHz, alternant les fenêtres atmosphériques avec les régions de forte absorption. L’utilisation principale de cet instrument est tournée vers l’estimation instantanée de l’eau atmosphérique précipitante dans les nuages sous forme solide (glace) et liquide (pluie). Un second radiomètre micro-onde est aussi embarqué, cette fois–ci dédié au sondage de la distribution verticale de l’eau sous forme vapeur de l’atmosphère. SAPHIR possède à cet effet 6 canaux situés sur les bords de la forte ligne d’absorption de la vapeur d’eau aux alentours de 183 GHz. La présence d’un receveur GPS permet de compléter ses sondages à l’aide de mesures par radio-occultation aux limbes du profil d’humidité par l’instrument ROSA. Finalement, le bilan d’énergie au sommet de l’atmosphère sera fermé par les mesures dans l’infrarouge et dans les ondes courtes du radiomètre à bandes large SCARAB.

Les observations de la mission Megha-Tropiques vont contribuer à contraindre les estimations des précipitations de surface. Pour cela, les mesures de MADRAS seront inversées en sous la forme de flux instantané d’eau à la surface et combinées aux mesures des satellites météorologiques géostationnaires afin de former des estimations des cumuls journaliers puis mensuels de precipitations La mission permettra d’explorer le fonctionnement de la machine atmosphérique en nous délivrant des informations cruciales sur la vie des orages tropicaux. Les nuages convectifs organisés naissent, grossissent, précipitent puis commencent à diminuer d’intensité, décroissent pour enfin se dissiper lentement dans l’atmosphère. La haute répétitivité des mesures de la mission offre une documentation précise de ces différentes phases caractéristiques des développements orageux. Ainsi, MT va nous renseigner sur les processus physiques à l’œuvre au cours de la vie des orages à l’aide d’une combinaison des mesures de MADRAS, SCARAB et des images des satellites géostationnaires. Il sera alors possible, pour la première fois, de contraster le déroulé du développement orageux d’une région à l’autre des tropiques.

Un meilleur suivi des précipitations tropicales, de l’échelle du système pluvieux aux estimations globales, nous aidera à mieux contraindre le bilan d’eau continental, dans des zones souffrant actuellement d’un déficit chronique d’observation pluviométrique ( le bassin amazonien et le sahel sont deux exemples contrastés de zones très vulnérables à la variabilité pluviométrique, et mal couvertes par les réseaux pluviométriques opérationnels). La pluie est une entrée principale des modèles représentant le fonctionnement des surfaces continentales, les écosystèmes, l’hydrologie ; modèle que des observations spatiales des différents compartiments du cycle de l’eau, contribuent à améliorer. Les observations MT nous aideront à mieux comprendre et appréhender les risques liés à la variabilité pluviométrique , que le lien avec la pluie soit immédiat comme pour les inondations, ou plus indirect comme pour la propagation des maladies à vecteurs

Parti d’une initiative indienne et française, la mission possède clairement une dimension mondiale qui s’est récemment renforcée à la signature officielle de la participation de MT à l’effort nippo-américain GPM. Le groupe scientifique international de la mission, construit 2 ans avant le lancement, concerne 21 équipes issues de 11 pays, d’Amérique du Sud, du Nord, d’Afrique, d’Asie et d’Europe.

Contact IRD : Marielle Gosset , UMR GET,