Résilience de la côte chilienne après le séisme de 2010 - Institut de recherche pour le développement (IRD)

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Résilience de la côte chilienne après le séisme de 2010

14 Janvier 2013

© IRD / R-M Ojeda ville de Curicó Indigo 43828  

En février 2010, un violent séisme frappait le Chili, provoquant un tsunami de 10 m de haut. Touchant des millions de personnes, la secousse et la vague géante ont également transformé le faciès du rivage : les dunes et barres sableuses ont été rasées et la côte s’est affaissée par endroit jusqu’à 1 m. Mais si les habitants restent durablement affectés, le système littoral s’est rapidement reconstruit. Une équipe de l’IRD et ses partenaires chiliens( 1) a montré qu’en moins d’un an, les structures sédimentaires se sont remises en place. La côte chilienne a ainsi constitué un "laboratoire naturel" unique pour en étudier les processus de formation. L’abaissement de la côte a aussi permis de visualiser les effets qu’aurait la montée des mers sur les littoraux.


Bon à savoir

© IRD / R-M Ojeda Ville de Curicó Indigo 43827  

Le 27 février 2010, un mégaséisme de magnitude 8,8 au large du Chili et le tsunami de 10 m de haut qui s’ensuivit ont fait plus de 600 victimes et touché des millions de chiliens. Bâtiments et ponts effondrés, électricité et téléphone coupés… les pertes ont été évaluées à plus de 15 milliards de dollars. Ce fut l’un des six plus puissants tremblements de terre sur la planète jamais enregistrés. La croûte terrestre s’est rompue sur 500 km, le long d’une faille océanique située à seulement 6 km des côtes chiliennes.

En plus du bilan matériel et humain, les conséquences de la secousse et du raz de marée sur la biologie et le faciès du littoral ont été très lourdes. Faute d’observations à ce jour, c’est la première fois qu’une équipe scientifique, associant des chercheurs de l’IRD et leurs partenaires chiliens( 1), ont pu décrire l’impact géomorphologique d’une telle catastrophe.

Le tsunami a fait table rase

Moins d’une semaine après l’événement, l’équipe internationale était constituée et réalisait des observations, d’abord ponctuellement, pour évaluer l’ impact sur 800 km de côte.

© IRD / R. Almar A Constitución, une des villes les plus touchées.

Les relevés topographiques et GPS ont montré que le tsunami a agi tel un bulldozer, détruisant les structures existantes : dunes, barres sableuses immergées, plages... Cette "remise à zéro"a fait du littoral chilien un cas unique pour les scientifiques pour comprendre la formation de ces édifices géomorphologiques.

Forte résilience du littoral

Un suivi bimensuel de la reconstruction naturelle de la ligne côtière a par la suite été effectué par relevés topographiques, imagerie satellitale et photos aériennes géoréférencées.

© PUC / L. Suarez Système d'observation vidéo permanent

Résultat : la réponse du littoral au désastre a été rapide. Au bout de quelques mois, la plupart des structures côtières sableuses se sont reconstruites – mais avec une morphologie différente. De manière inattendue, le système sédimentaire a retrouvé en un an un nouvel équilibre( 2), distinct de celui précédant le séisme.

Le réchauffement climatique en direct

La secousse a surélevé le cordon littoral au sud de l’épicentre, tandis que sur environ 100 km vers le nord, il s’est abaissé de quelques dizaines de centimètres à un mètre. Cet affaissement a reproduit en quelques minutes les effets qu’aurait la montée du niveau des mers, annoncée pour les décennies à venir( 3).

© PUC / L. Suarez Mesures de terrain en décembre 2012

Ceci fait du littoral chilien un "laboratoire" naturel unique pour mieux anticiper les impacts du réchauffement climatique sur les littoraux. Jusqu’à présent, les modèles fondaient leurs projections sur une simple équation, appelée "loi de Bruun"( 4). Grâce à leurs observations, les chercheurs viennent de montrer que la réalité serait plus complexe que prévu( 5).

En décembre 2012, une mission conjointe avec les partenaires chiliens a permis d’installer un système permanent d’observation pour suivre en continu la dynamique du littoral. La récente création du Centro Nacional de Investigación para la Gestión Integrada de Desastres Naturales , en charge de ce suivi, permettra d’améliorer la gestion des risques pour les communautés locales de pêcheurs qui ont été, pour leur part, durablement touchées par la catastrophe de 2010.

(1) Université Catholique du Chili, Université Technologique Federico Santa Maria, la compagnie Arauco.

© IRD / R-M Ojeda Les communautés de pêcheurs ont été durablement impactées. Indigo 45885  

(2) c’est-à-dire stabilisé avec la contrainte exercée par les courants océaniques, les vagues, les tempêtes, etc.

(3) Le réchauffement global fait fondre les glaces et dilate les eaux de surfaces. Les océans s’élèveront ainsi d’environ 1 m d’ici 2100, d’après les dernières projections.

(4) L’équation de Bruun dit que le recul du trait de côte sera proportionnel à l’élévation du niveau des mers.

(5) L’équipe a comparé deux baies où le niveau terrestre s’est abaissé de 80 cm. Dans la baie de Duao, la plage s’est érodée de 200 m en un an, tandis que celle à l’embouchure du río Mataquito présente un élargissement de plusieurs centaines de mètres de plage.

Le saviez-vous ?

La redistribution des masses terrestres liée à ce séisme a légèrement diminué le moment d’inertie de la planète, c’est-à-dire sa résistance à la rotation, et raccourci ainsi la durée du jour de 1,26 millionième de seconde .

Fiche d'actualité scientifique n°355 (PDF, 806 Ko)

Fiche d'actualité scientifique n°421 (PDF, 459 Ko)