Le crapaud buffle, originaire d’Amérique du Sud, est invasif dans de nombreux pays insulaires. Il est par exemple présent sur l'îlot de Kamaka (Gambier).

Une étude récente conduite en Australie et en Guyane, publiée dans la revue PNAS (https://www.pnas.org/content/118/35/e2100765118) et relayée notamment dans Nature (https://www.nature.com/articles/d41586-021-02317-9) et Le Monde (https://www.lemonde.fr/sciences/article/2021/09/12/l-incroyable-histoire-du-crapaud-buffle-d-australie-devenu-cannibale-en-quelques-decennies_6094405_1650684.html) illustre comment cette espèce utilise le cannibalisme pour augmenter son succès, entrainant une course aux armements évolutive.

En Australie, où les populations de ce crapaud ont explosé, le succès écologique de l'espèce est en partie dû au manque de crapauds indigènes, laissant les prédateurs et les parasites locaux mal adaptés aux toxines mortelles des envahisseurs. Les crapauds rivalisent alors avec les membres de leur propre espèce pour les ressources disponibles. Pour réduire la concurrence, les têtards de crapauds cannibalisent les têtards tout juste éclos.

Jayna DeVore et ses collègues (notamment Simon Ducatez, de l’IRD en Polynésie française) ont comparé des crapauds de populations invasives en Australie et de populations indigènes d'Amérique du Sud, et ont déterminé qu'un jeune têtard était 2,25 fois plus susceptible d'être cannibalisé lorsqu'il était exposé à un têtard australien qu'à un têtard indigène. Les têtards australiens étaient également 29,5 fois plus attirés par des pièges contenant de jeunes têtards que par des pièges vides, tandis que les têtards indigènes n'affichaient aucune préférence, suggérant une propension évoluée et accrue à cibler des congénères.

De plus, pour déterminer si une telle évolution a stimulé des contre-adaptations, les auteurs ont mesuré la durée de la période vulnérable aux cannibales de chaque population. Les pontes australiennes montrent un développement rapide par rapport aux pontes indigènes dans des conditions contrôlées et d'exposition aux cannibales, et une accélération du développement plus forte en réponse à la présence de cannibales potentiels.

Ces résultats illustrent l'adaptation et la plasticité de développement en réponse aux conflits entre congénères et suggèrent que les processus évolutifs peuvent aider à réguler les densités d'espèces envahissantes.

Une étude récente conduite en Australie et en Guyane illustre comment le crapaud buffle utilise le cannibalisme pour augmenter son succès, entrainant une course aux armements évolutive.