Clima-LoCa est un nouveau projet de recherche multi- et transdisciplinaire financé par l’initiative “Innovation intelligente pour le développement à travers la recherche en agriculture » (DeSIRA) de la commission Européenne et dirigé par l’Alliance Bioversity et le CIAT (en Colombie). Ce projet s’intéresse aux impacts de la nouvelle norme européenne concernant les taux de cadmium dans les produits issus du cacao mais également sur les implications liées à la productivité, la résilience climatique et la participation d’un grand nombre de petits producteurs en Colombie, Équateur et Pérou. La durée du programme est de 2 à 4 ans.

La région “Amérique Latine et Caraïbe” (ALC) constitue le principal producteur de cacao « fino de aroma » du monde. Actuellement, la production de la région s’élève à 17% de celle mondiale et a pratiquement doublé pendant la dernière décennie, profitant de l’augmentation de la demande mondiale et régionale de cacao. 

La production est d’autant plus importante en Equateur, car, comme le précisait Laurence Maurice, dans son portrait : « l’Équateur est le 6ème pays producteur de cacao au niveau mondial et exporte 87% de sa production sous la forme de fèves directement vers l’Europe et les États-Unis. Il est également le premier producteur mondial de cacao « fino de aroma », reconnu pour la finesse de ses arômes et de son goût ».

Le cacao est principalement cultivé par des petits producteurs et avec des moyens limités sur de faibles surfaces (1 à 5 hectares), ce qui rend sa culture de première importance dans les initiatives liées au développement rural. Les gouvernements nationaux de Colombie, d’Équateur et du Pérou, avec l’appui de la coopération internationale pour le développement, promeuvent activement le cacao comme solution durable afin de réduire la pauvreté et les conflits liés à la drogue. 

En Equateur, l’IRD en collaboration avec l’ESPOL et la SCOP ETHIQUABLE (ainsi que le soutien d’AVSF et de l'AFD) coordonnent le volet de « recherche participative ». Ce volet prévoit la mise en place et le suivi de bio-amendements organiques dans 15 fermes produisant du cacao en agriculture biologique pour le commerce équitable, ce, avec divers objectifs. 

Parmi eux, il y a la volonté de proposer une solution pratique, durable et économique aux producteurs de cacao affectés par les problèmes de cadmium, en testant des formules adaptées aux zones de culture affectées par un taux trop élevé de cadmium (les fermes étudiées composent avec des taux de cadmium supérieurs à 1.5 ppm dans les fèves ou 1 ppm dans le sol (0-20 cm)).  Seront proposées pour être expérimentées dans les mêmes « fincas », jusqu’à 3 sortes de bio amendements: des biofertilisants organiques, des microorganismes et des minéraux. 

Pour autant, une transformation durable du secteur cacaoyer dans les pays andins – qui réduise la pauvreté rurale et les conflits de manière efficace – requiert le dépassement de plusieurs défis importants : la baisse de la productivité agricole, les événements extrêmes dus au changement climatique et les taux élevés de cadmium dans les fèves de cacao. 
 

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Cosse ouverte de cacao

L’impact de la nouvelle législation européenne sur le cadmium dans le cacao

La nouvelle norme de sécurité alimentaire de l’Union Européenne (UE), entrée en vigueur en janvier 2019, limite de façon stricte la quantité de cadmium admise dans les produits élaborés à partir de fèves et de liqueur de cacao. Selon cette législation, différentes limites de concentration en cadmium sont proposées et doivent donc être appliquées par les fabricants de chocolat et autres produits dérivés. Régulièrement, les niveaux de cadmium dans le cacao produit par les pays andins excèdent les concentrations considérées comme acceptables, même si l’on dénombre cependant des variations considérables au sein même des zones de productions dans les différents pays.

De façon globale, cette nouvelle norme de l’UE a un impact fort sur la chaine de production du cacao dans les pays concernés, avec des effets préoccupants sur l’environnement économique et social des producteurs à petits revenus, et ce particulièrement, dans les zones rurales affectées par la production de produits illicites. 

Pour que l’objectif de collecter des informations utiles au bon développement de la production de cacao et à la mise en place de politiques publiques efficaces soit atteint, il faut bien comprendre les variations spatiales de cet élément dans les sols ainsi que les sources, les facteurs et les processus à l’origine de la bioaccumulation du cadmium dans les fèves de cacao. A ce jour, ce type d’informations est très dispersé et difficile d’accès. Même si, chaque mission de terrain permet d’accumuler plus de données géo-référencées sur le cadmium dans les sols et les fèves de cacao, il manque encore des connaissances pour permettre l’élaboration de stratégies durables visant à la diminution des niveaux de cadmium et ainsi éviter le développement de nouvelles zones de production de cacao sur des territoires à risque. 

Le changement climatique, l’autre menace pour le cacao

Cacao

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Le changement climatique est déjà en train d’impacter négativement la production de cacao et sa stabilité, du fait notamment de périodes prolongées et plus intenses de sècheresse, de précipitations plus irrégulières ainsi qu’un taux plus important d’invasions d’insectes et de maladies des cultures. 

Les politiques et pratiques liées à la production de cacao peuvent permettre une diversification de la production, par exemple, en encourageant des systèmes agro-forestiers bien adaptés, des génotypes de cacao durables et en adéquation avec le climat ou encore des améliorations en matière de traitements des sols. Les relations entre diminution du cadmium (grâce à de nouvelles variétés de plantes, à l’amélioration de la qualité des sols ou à l’utilisation d’arbres d’autres espèces pour assurer un ombrage suffisant aux cacaoyers), productivité, résilience climatique des fermes cacaoyères et des ressources des producteurs, sont à ce jour presque inexplorées, et pourtant indispensables pour aborder les questions de développement et d’élaboration de stratégies pertinentes pour la région. 
 

Clima-LoCa : quand la science et la pratique s’unissent 

Le développement conjoint de technologies et de stratégies de changement d’échelle (passer du local à l’échelle régionale)  qui permettent aux acteurs du secteur public et privé de la chaine de production du cacao de s’adapter aux nouveaux défis présentés, requiert un renforcement des capacités d’innovation. L’innovation en question peut être technique : par exemple l’amélioration de la qualité des sols par ajouts d’amendements (organiques, économiques et durables) ou des variétés de cacao (plus résistantes aux événements climatiques extrêmes ou au cadmium); ou institutionnelle avec l’élaboration de stratégies post-récolte ; ou encore hybride, à travers la promulgation de nouvelles normes sur les différents processus dans la chaine de valeur et de nouvelles politiques. 
    
Pour finir, il faut souligner l’importante nécessité d’échange de connaissances, d’intégration interdisciplinaire et de mobilisation des résultats de la recherche pour améliorer l’efficacité et l’impact des investissements en sciences et technologies. Sachant que les pays concernés partagent des problématiques et contextes agro-écologiques similaires, mais sont dépendants d’institutions différentes, il y a beaucoup à gagner à améliorer la coordination régionale de la recherche, le partage d’information et le développement de la recherche comparative et participative. 
 

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