La journée internationale des droits des femmes est l’occasion de découvrir les Clubs Jeunes de l'IRD qui travaillent sur l'égalité de genre. Cette année, trois Clubs, en Équateur, au Bénin et en Côte d’Ivoire ont choisi de questionner cette thématique. Focus sur Abidjan où les encadrants du Club nous éclairent sur l'importance d'un tel dispositif.

Les Clubs Jeunes sont le terrain d’apprentissage de nombreux jeunes du monde entier. Accompagnés par des chercheurs et chercheuses de toutes disciplines et par des partenaires associatifs et éducatifs implantés localement, ces jeunes font l’expérience de la démarche scientifique et agissent pour une cause globale.

En 2023, quatre Clubs Jeunes implantés sur les deux rives de la Méditerranée avaient choisi de travailler sur la thématique des inégalités de genre. Le succès de ce projet pilote a incité l’IRD à essaimer le dispositif.

Retour en images sur les Clubs Jeunes ayant travaillé sur les inégalités de genre en 2023

Le projet prend donc racine cette année en Côte d'Ivoire. Bénédicte Joan, militante contre la violence sexiste, est présidente de l’ONG Stop au chat noir. Elle est accompagnée par Jean Emmanuel Paturel, hydrologue à l'UMR HydroSciences Montpellier de l’IRD et Alexis Tchiakpe, juriste expert en genre et eau, administrateur général de la Chaire UNESCO « Eau, Femmes et Pouvoir de Décisions ». Tous trois sont impliqués dans l'encadrement d’un Club Jeunes coordonné par la représentation de l’IRD en Côte d’Ivoire et nous offrent leurs regards sur l’importance d’un tel projet.      

 

Le Club Jeunes que vous encadrez permet à des lycéens et lycéennes de questionner les liens entre genre et gestion de l’eau. Pourquoi avoir choisi une telle thématique ?

© Benedicte Joan

Bénédicte Joan : Notre organisation afro-féministe Stop au chat noir a été sollicitée pour faciliter ces séances en raison de notre expertise et de notre engagement continu en faveur de l'égalité de genre et de la gestion durable des ressources. Cette thématique est cruciale car elle touche à des aspects fondamentaux de la vie quotidienne et à l'interaction entre les dynamiques sociales et environnementales. En intégrant les perspectives de genre dans la gestion de l'eau, nous visons une prise de conscience et des actions qui reflètent les besoins et les contributions de tous les membres de la société.

© Jean Emmanuel Paturel

Jean Emmanuel Paturel : Les charges liées à l'eau en Afrique sont le plus souvent assumées par les femmes : l’entretien du linge et de la maison, le bain des enfants, la cuisine, la collecte de l'eau. Mais les femmes sont bien souvent mises de côté lorsqu’il faut prendre des décisions sur la gestion de l’eau. Car le patriarcat les défavorise en limitant leur accès à l'information, à la technologie, à la prise de décision et à la propriété foncière. Il m'a semblé important que les jeunes prennent conscience dès maintenant de la situation et qu'ils voient la nécessité d’un traitement équitable entre les femmes et les hommes. Une première étape pour traiter une problématique quelle qu'elle soit est d’inclure au débat tous les acteurs, du plus « grand » au plus « petit ».

© Alexis TCHIAKPE

Alexis Tchiakpe : La Chaire UNESCO « Eau, Femmes et Pouvoir de Décisions » accompagne ce projet parce qu’il est en phase avec notre mission qui est de promouvoir l’égalité de genre pour une meilleure prise en compte des droits humains à travers un système d’information, de documentation de recherche et d’action pour l’atteinte des objectifs de développement durable.

Les jeunes sont au centre du dispositif des Clubs Jeunes, comment comptez-vous susciter leur intérêt pour cette thématique et les impliquer ?
 

B. Joan : Nous adoptons des méthodes participatives et interactives telles que des simulations, des études de cas locaux, des activités de groupe, et des projets pratiques. Nous encourageons les jeunes à poser des questions critiques, à explorer des solutions innovantes, et à réfléchir à leur propre rôle dans la promotion de l'égalité de genre dans le contexte de la gestion et de la conservation de l'eau.

Je crois en une pédagogie participative où des discussions sont ouvertes et où tout le monde est actif, « sachant » comme « apprenant »,

confie l’hydrologue Jean Emmanuel Paturel.

A. Tchiakpe : Nous entendons partager avec les jeunes du Club l’expérience du projet DIATOKRO (à Aboisso, au sud de la Côte d’Ivoire)?Projet pilote sur la gestion des pompes hydrauliques de villages pour améliorer le contrôle de l'eau potable en milieu rural., un projet référencé comme bonne pratique, pour leur faire toucher du doigt l’efficacité de l’intégration de l’approche genre dans la gestion de l’Eau.
 

In fine, quel impact souhaitez-vous provoquer chez les jeunes que vous accompagnez, et au-delà ?
 

B. Joan : Notre objectif est de sensibiliser les jeunes à l'importance de l'intégration du genre dans la gestion des ressources en eau et de les inspirer à devenir des agents de changement dans leurs communautés. En leur fournissant les outils nécessaires pour comprendre et aborder les problématiques de genre et d'eau, nous aspirons à cultiver une génération de leaders informés et engagés, prêts à promouvoir des pratiques de gestion de l'eau plus inclusives et équitables. La finalité de ce projet est de contribuer à la construction d'une société où l'égalité de genre et la durabilité de l'eau sont reconnues comme des éléments fondamentaux pour le développement durable.