Face à l’expansion d’arthropodes hématophages Qui se nourrissent de sang véhiculant tout un cortège d’agents infectieux provoquant des maladies, il convient de se demander quels sont les facteurs de cette réussite à l’échelle mondiale. Une équipe internationale, dont des scientifiques de l’UMR MIVEGEC, a passé en revue les recherches sur la biologie et l’écologie de ces nuisibles. Leurs analyses et recommandations sont publiées dans le journal Biological Invasions.

Tiques, moustiques, puces et autres suceurs de sang ont envahi la planète. Pour trouver des parades efficaces, les humains doivent connaître leurs points forts et leurs points faibles…

Gorgement de sang, Anopheles gambiae

© IRD - Nil Rahola

Envahisseurs à six ou huit pattes : pas tous vecteurs de maladies

Force est de reconnaitre que les Arthropodes?Embranchement zoologique qui comprend : insectes, crustacés, arachnides, myriapodes, le groupe zoologique le plus riche en espèces rassemblant aussi bien des crevettes et des coccinelles que des termites ou des punaises, ont colonisé l’ensemble des écosystèmes de la planète. Seule une minorité d’entre eux se nourrit de sang et peut être porteur d’agents causant des maladies, pourtant leurs impacts sur la santé des humains, des animaux et des plantes sont considérables. Leur expansion géographique hors de leurs aires d’origine augmente les risques de transmission de maladies parmi des populations auparavant à l’abri. Les récentes avancées spatiales des tiques ou du moustique tigre font régulièrement la Une des médias. « L’efficacité de la riposte face à ces invasions biologiques dépend étroitement de notre compréhension de la biologie et de l’écologie de ces vecteurs, depuis les niveaux cellulaires jusqu'aux écosystèmes », explique Frédéric Simard, généticien à MIVEGEC et co-auteur de la revue. En effet, les facteurs conditionnant le succès invasif de ces arthropodes vecteurs restent très peu connus, tout comme leur capacité à transmettre différents agents pathogènes dans les nouveaux écosystèmes qu’ils colonisent.

Larves de moustique tigre, CYROI, Réunion

© IRD - Thibaut Vergoz

Les moustiques dans le collimateur

Comme souvent, c’est la grande famille des moustiques - regroupant les vecteurs les plus dangereux pour l’espèce humaine - qui a été la plus étudiée dans la littérature scientifique. Les spécificités génétiques, biologiques et écologiques de ces insectes sont passées au crible et les mécanismes par lesquels ces envahisseurs parviennent à s’adapter aux nouveaux milieux auxquels ils sont confrontés sont disséqués. « Nous mettons en évidence l’incroyable plasticité génétique de ces organismes, leurs particularités écologiques et comportementales qui en font d’excellents candidats à l’invasion, et nous soulignons les interactions complexes qu’ils instaurent avec les autres composantes des écosystèmes tout au long du processus d’invasion et d’installation sur de nouveaux territoires », poursuit le chercheur. Les scientifiques se penchent sur l’histoire évolutive de certaines espèces emblématiques pour identifier des caractéristiques communes contribuant à leur succès invasif, tout en mettant en lumière la diversité des mécanismes impliqués. La capacité à utiliser efficacement une grande diversité de ressources, à s’insérer dans les réseaux alimentaires ou encore une fertilité élevée seront alors des atouts pour une colonisation rapide. Par ailleurs, certains de ces traits phénotypiques ?Aspect ou caractères anatomique, physiologique ou comportemental d’un individu ou d’une population sélectionnés lors du processus invasif peuvent renforcer la capacité de ces insectes à transmettre des agents pathogènes dans les zones nouvellement colonisées. 

Port rassemblant de nombreux porte-conteneurs

© Pixabay

Recommandations et orientations de recherche

Que ces espèces vectrices se propagent par des moyens actifs ou passifs, via des mécanismes anthropiques ou naturels liés aux changements climatiques, les auteurs soulignent qu’il est essentiel de mieux comprendre le rôle de ces envahisseurs dans les nouveaux écosystèmes et les éventuels effets en cascade qui en découlent. Ces études pourraient permettre d’identifier les territoires les plus à risque d’invasion. Des analyses fonctionnelles du microbiote ?Ensemble des micro-organismes vivant dans un milieu, un organisme qui interagit avec ces arthropodes dans leurs zones d’origine et dans celles colonisées sont également nécessaires pour identifier de nouvelles opportunités de prévention et de riposte face à ces invasions biologiques. « Quand l’espèce est bien installée, il est souvent trop tard pour agir. Renforcer la surveillance aux points d’entrée (ports, aéroports, …) et mobiliser les sciences participatives pour une détection précoce des envahisseurs reste le plus sûr moyen d’éviter de lourdes dépenses pour la gestion de ces vecteurs et la prise en charge de leurs victimes dans le futur », conclut le chercheur.

Publication : Renault, D., Derocles, SAP, Haubrock, P., Simard, F., Cuthbert, RN et Valiente-Moro, C. (2023). Caractéristiques biologiques, écologiques et trophiques des moustiques invasifs et autres arthropodes hématophages : qu’est-ce qui fait leur succès ? Invasions biologiqueshttps://doi.org/10.1007/s10530-023-03158-5

Contacts science : Frédéric Simard, IRD, MIVEGEC frederic.simard@ird.fr
 

Contact communication : Fabienne Doumenge, Julie Sansoulet communication.occitanie@ird.fr