Les résultats obtenus dans le cadre de l’essai ANRS Ipergay et présentés lors de la 10e conférence sur la recherche sur le VIH (IAS 2019, 21-24 juillet à Mexico) par Luis Sagaon-Teyssier (IRD, SESSTIM) montrent une utilisation accrue du préservatif en association à la prophylaxie pré-exposition du VIH (PrEP) en cas de survenue d’infections sexuellement transmissibles bactériennes.

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L'étude ANRS Ipergay est un essai de PrEP "à la demande", au moment de l'exposition aux risques sexuels. Il a été mené chez des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) séronégatifs. De 2012 à 2014, la première phase d'ANRS Ipergay a été réalisée en double aveugle (la moitié du groupe a pris par voie orale un comprimé contenant deux antirétroviraux - association TDF/FTC - au moment des rapports sexuels, l'autre un placebo) et a montré que la PrEP à la demande diminuait de 86 % le risque d'être infecté par le VIH1.

La seconde phase, au cours de laquelle tous les volontaires ont reçu la PrEP, a commencé dès la publication des premiers résultats fin 2014 et s'est terminée en juin 2016. Elle a montré une réduction relative de l’incidence du VIH de 97 %2. L'essai a inclus au total 361 volontaires en France et au Canada au cours de ces deux phases successives.

Les résultats présentés lors de la 10e conférence IAS sur la recherche sur le VIH à Mexico concernent l’étude des comportements sexuels pendant la deuxième phase de l’étude, et montrent que la survenue d'une infection sexuellement transmissible bactérienne (chlamydia, gonococcie, syphilis) favorise l’utilisation du préservatif et de la PrEP. Cette reprise est également dépendante de certains comportements sexuels. En effet, plus les partenaires et les rapports sexuels sont nombreux, plus la probabilité de reprise du préservatif est élevée. En revanche les chemsexers, c'est-à-dire des utilisateurs de drogues lors de rapports sexuels, ne sont pas enclins à utiliser un préservatif en plus de la PrEP, ce qui justifie la vigilance particulière vis-à-vis des infections sexuellement transmissibles (IST) témoignée à cette population via des dépistages fréquents.

Dans la majorité des cas (presque 60 %), la reprise du préservatif ne s'accompagne pas d'un arrêt de la PrEP. Les auteurs concluent d'une part qu'en plus des comportements sexuels, la survenue d’une IST sous PrEP favorise le retour au préservatif, et d'autre part que ce retour ne cause pas nécessairement l'arrêt de la PrEP.

Les participants semblent adapter leur stratégie de prévention en fonction des situations. "Ainsi, les utilisateurs de PrEP combinent cette prévention avec l'utilisation du préservatif en cas de rapports plus à risque", concluent les chercheurs.


Contact : luis.sagaon-teyssier@inserm.fr

Notes :

1. Molina et al. New England Journal of Medicine, décembre 2015.

2. Molina et al. The Lancet HIVjuillet 2017.