Stéphanie Thiébault, directrice du CNRS-INEE, Christian Valentin, directeur de recherche à l’IRD, Philippe Charvis  et Frédéric Ménard, respectivement directeurs des départements scientifiques DISCO et OCÉANS de l’IRD, présentent les Collaborative Research Actions du Belmont Forum et les opportunités qu’ils représentent de mobiliser la recherche internationale et notamment, via l’IRD, les partenaires des régions de la zone intertropicale et méditerranéenne. 

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Stéphanie Thiébault

Créé en 2009, le Belmont Forum est composé d’agences de financement, l’ANR pour la France, et de conseils scientifiques internationaux, ainsi que de consortiums régionaux.
L’objectif du Belmont Forum est de coordonner des recherches scientifiques entre plusieurs pays pour améliorer notre compréhension des impacts, des vulnérabilités, des risques, mais aussi des opportunités induites par les changements environnementaux

Sur son cahier des charges, on retrouve des objectifs tels que : une meilleure information de l’état de l’environnement, l’évaluation de politiques menant à des sociétés à faible émission de carbone, l’analyse de solutions favorisant le bien-être mondial, l’étude d’une meilleure utilisation et la restauration de nos ressources naturelles ou encore la protection de la biodiversité terrestre et des écosystèmes menacés.

Pour relever les défis du changement environnemental mondial du XXIe siècle, le Belmont Forum fonctionne par appel à projets appelé Collaborative Research Action (CRA).

Pour être lancé, un CRA doit être soutenu par au minimum cinq pays. Pour chaque CRA, les pays souhaitant participer s’engagent par le biais de financements allant de 1 à 2 millions d’euros ou via la mise à disposition de personnels . Le Belmont forum a financé un large éventail d’actions de recherche collaborative.
Depuis sa création, il a mené dix appels à propositions soutenant 92 projets réunissant plus de 1 000 scientifiques, représentant plus de 35 pays. Les thématiques abordées comprennent la sécurité de l’eau douce, la vulnérabilité des côtes, la sécurité alimentaire, le changement d’affectation des sols, la prévisibilité du climat et les liens interrégionaux, la biodiversité et les services écosystémiques, l’observation de l’Arctique ou les montagnes en tant que sentinelles du changement.

Pour mener à bien sa mission le Belmont Forum mise spécifiquement sur la recherche transdisciplinaire internationale unissant différents pans de la recherche et notamment sciences naturelles et sciences sociales.
A noter également, que le Belmont Forum est engagé depuis 2015 dans une politique et des principes d’accès ouverts aux données.

Récemment la France s’est engagée dans le CRA Ocean proposé par la Suède et soutenu également par l’Australie, la Norvège, le Brésil, l’Allemagne, l’Islande, l’Inde, les Philippine, la Russie, le Japon, l’Arabie Saoudite, l’Afrique du Sud et les États-Unis. C’est un projet à 17 millions d’euros.  

Parmi les 25 pays membres du Belmont Forum, la France est présente via deux voix : le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI) et l’Alliance pour l’environnement (AllEnvi) composée de douze membres fondateurs et seize membres associés. Lors de la dernière réunion plénière à Londres, AllEnvi, avec le soutien du MESRI, a fait une proposition de CRA sur « les sols et les eaux souterraines ». Pour le moment douze pays se sont engagés à participer à ce programme qui sera lancé en 2020 .

Christian Valentin

Pour toute action de recherche collaboration (CRA), une année est souvent prévue pour organiser des ateliers de cadrage qui réunissent des experts scientifiques et des représentants des agences en vue de rédiger l’appel à projets.

Ainsi, dans le cas du CRA sur les sols et les eaux souterraines, une réunion de cadrage a été organisée du 5 au 7 avril à Vienne en Autriche avec des délégués de la France, porteuse du projet, des États-Unis, du Brésil, du Royaume-Uni, d’Autriche, de Norvège, et de Taïwan. D’autres pays (le Qatar, par exemple) n’ont pas pu participer mais sont vivement intéressés.
Cet atelier avait été précédé par deux visio-conférences du comité directeur de ce CRA, composé de cinq pays ─ France, États-Unis, Brésil, Qatar, Taïwan ─ et de la réunion du comité scientifique français comprenant des membres des groupes de travail sols et eaux continentales.
D’autres réunions régionales sont prévues ; la première s’est tenue début juin à Brasilia au Brésil avec deux représentants de l’ANR. Comme animateur scientifique de ce CRA, je participe aussi aux réunions groupe miroir français du Belmont Forum et de Future Earth.

Il est important pour l’IRD de prendre part à ce montage d’appel à projets internationaux. C’est en effet le plus sûr moyen de veiller à l’implication de partenaires des régions de la zone intertropicale et méditerranéenne, en incitant certains d’entre eux à participer comme agence de financement. Ainsi, le représentant de l’IRD a pris l’attache de l’agence vietnamienne, le NAFOSTED, pour lui présenter le CRA.
À travers son réseau, l’IRD doit aussi, et surtout, mobiliser des équipes de recherche susceptibles de porter un projet ou d’y participer. Ensuite, un expert de l’IRD est à même d’introduire des thèmes de recherche souvent négligés par les chercheurs des pays tempérés. C’est le cas de la salinisation des nappes et des sols qui touchent une grande partie des régions semi-arides du fait d’irrigations mal conduites. Les zones littorales, y compris tropicales, se trouvent également concernées du fait de l’intrusion saline qui résulte de la montée du niveau marin, mais aussi, voire surtout, de la subsidence continentale des deltas.
Enfin, c’est un moyen également de faire davantage connaître l’IRD au niveau international et de mettre en valeur sa longue expérience des recherches interdisciplinaires et pluri-institutionnelles et des études comparatives entre continents.

Philippe Charvis et Frédéric Ménard

Le positionnement scientifique de l’IRD autour d’une science pour le développement durable des pays du Sud est en parfaite adéquation avec l’approche développée par le Belmont Forum.

Nos programmes structurants interdisciplinaires en partenariat (PSIP) en particulier représentent une approche holistique interdisciplinaire résolument tournée vers la recherche de solutions à des problématiques sociétales importantes en relation avec le changement global de notre environnement comme de nos sociétés.
La plupart de ces programmes impliquent non seulement des chercheurs mais aussi des acteurs de la société civile, des entrepreneurs comme des décideurs. Cette approche est cohérente avec celle du Belmont Forum, les objectifs des CRA étant à partir d’un réseau scientifique transdisciplinaire de répondre à certains objectifs de développement durable, améliorer la compréhension, gérer les risques et les vulnérabilités, développer des modèles et des prévisions robustes à différentes échelles, stimuler les innovations et fournir des informations utiles aux décideurs.

Les équipes françaises peuvent être financées uniquement dans le cadre de CRA soutenues par la France. Cependant elles peuvent participer à leurs frais aux CRA comme par exemple les CRA « Climat, environnement et santé », « Catastrophes, réduction des risques et résilience » pour lesquelles la France ne s’est pas engagée.

Les réflexions en cours dans le cadre du CRA « Restauration et résilience des sols et des eaux souterraines » ou « Migration » sont autant de thématiques pour lesquelles les équipes de recherche de l’IRD pourront apporter leurs compétences et une approche originale impliquant nos partenaires Sud.

Il nous faut d’ores et déjà nous préparer en constituant des réseaux parmi les 25 organisations membres du Belmont Forum, représentant plus de 50 pays, réfléchir à des approches scientifiques pertinentes et à de futures actions que le Belmont Forum pourrait initier sous notre impulsion.
Les PSIP de l’IRD sont évidemment un lieu particulièrement propice à cette réflexion et le rôle de l’IRD est crucial pour mieux impliquer nos partenaires Sud car actuellement seuls deux partenaires africains sont membres du Belmont Forum : le PASRES, programme d'appui stratégique à la recherche scientifique en Côte d'Ivoire, et la National Research Foundation d’Afrique du Sud.

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