Sommaire

Le projet ASAAP mène des recherches sur une nouvelle stratégie de traitement du paludisme en évaluant une trithérapie dans le cadre d'un essai clinique multicentrique. La trithérapie devrait considérablement ralentir le développement de la résistance des parasites du paludisme aux médicaments.

Bloc de texte

Sept institutions d'Afrique subsaharienne, d'Allemagne et de France se sont associées pour réaliser le projet ASAAP - Evaluation clinique de la trithérapie ArteSunate + Amodiaquine + Atovaquone-Proguanil pour le traitement du paludisme chez les enfants en Afrique. ASAAP est un projet de 48 mois portant sur la conduite d’un essai clinique multicentrique, coordonné par le Kumasi Center for Collaborative Research in Tropical Medicine (KCCR).

L’objectif principal du projet ASAAP est la mise en place d’une plateforme de recherche clinique dans plusieurs pays africains et de tester une nouvelle combinaison de médicaments antipaludiques afin de déterminer leur efficacité et leur innocuité chez les enfants. ASAAP espère mettre au point l’une des premières trithérapies visant à ralentir simultanément l'évolution de la résistance aux médicaments antipaludiques et la transmission du paludisme. Au cours des quatre prochaines années, ASAAP développera, sous la forme d'un réseau de chercheurs, personnels et laboratoires au Bénin, au Ghana, au Mali, au Gabon et au Burkina Faso, une plateforme d’essais cliniques, d’entomologie et de biologie moléculaire.

Le paludisme est une maladie potentiellement mortelle. Son contrôle repose actuellement sur trois principaux outils : des moustiquaires imprégnées d’insecticide de longue durée pour prévenir les piqûres de moustiques ; des tests de diagnostic rapides pour identifier les personnes infectées par le parasite du paludisme ; et des médicaments antipaludiques efficaces et bien tolérés pour prévenir l’infection et guérir la maladie. Grâce à ces outils et à l'augmentation des financements internationaux au cours des deux dernières décennies, la prévalence de cette infection et l'incidence de la maladie ont diminué respectivement de 50% et 40% en Afrique subsaharienne entre 2000 et 2015. Cependant, le poids sanitaire du paludisme est resté stable depuis 2016. En 2017, la plupart des cas de paludisme ont eu lieu en Afrique (200 millions de cas). Dix pays d'Afrique subsaharienne - dont le Burkina Faso, le Ghana et le Mali - et l'Inde, ont contribué pour près de 80% des cas de paludisme dans le monde.

La stratégie de lutte contre le paludisme de l'Organisation Mondiale de la Santé pour la période 2016-2030 a fixé des objectifs ambitieux, notamment une réduction d'au moins 90% de l'incidence et de la mortalité du paludisme dans le monde d'ici 2030. Cette stratégie préconise de poursuivre la recherche et le développement de nouveaux outils de contrôle du paludisme en vue de son élimination. Actuellement, les outils disponibles pour contrôler le paludisme sont soumis à une pression énorme, en raison de leur utilisation intensive et de l'évolution rapide de la résistance des parasites aux médicaments et des moustiques aux insecticides.

Le projet ASAAP propose une solution pour ralentir l'apparition en Afrique de résistances à des antipaludiques actuels qui voient leur efficacité compromise depuis quelques années en Asie du Sud-Est. De ce fait, des stratégies robustes doivent maintenant être mises en oeuvre pour garantir les progrès réalisés en matière de contrôle du paludisme.

L’approche adoptée dans le projet ASAAP consiste à mettre au point une nouvelle combinaison d'antipaludiques ayant différents modes d’action, tels que Artesunate + Amodiaquine (très efficace en Afrique) combiné à l'Atovaquone-Proguanil (jusqu’à présent principalement prescrit aux voyageurs venant de régions non endémiques). Cette combinaison antipaludique originale devrait permettre de retarder l’apparition des résistances parasitaires, prolongeant ainsi dans le temps l'efficacité de ces médicaments. Cette stratégie facilitera également la transition à moyen terme vers les antipaludiques de nouvelle génération sans perte de gains en matière de contrôle du paludisme.

Grâce au soutien du financement EDCTP2 de l’Union Européenne et du Ministère de l’éducation et de la recherche allemande, le projet est dirigé par le Dr. Oumou Maiga- Ascofaré, chercheur au BNITM en Allemagne et au KCCR à Kumasi (Ghana) sous l’autorité du ‘Kwame Nkrumah University of Sciences and Technology (KNUST), en collaboration avec :

  • les Drs. Jérôme Clain et Michel Cot de l’Université de Paris Descartes et de l'IRD, à Paris, en France
  • le Dr. Anna Cohuet de l'IRD, à Montpellier, en France
  • le Prof. Abdoulaye Djimdé de l'Université des Sciences, des Techniques et des Technologies de Bamako (USTTB) à Bamako au Mali
  • le Prof. Achille Massougbodji de l'Institut de Recherche Clinique du Bénin (IRCB) à Abomey-Calavi au Bénin
  • le Dr. Ghyslain Mombo Ngoma du Centre de Recherches Médicales de Lambaréné (CERMEL) au Gabon
  • le Dr. Serge Yerbanga de l'Institut des Sciences et Techniques (INSTech) à Bobo-Dioulasso au Burkina Faso
  • les Profs. Jürgen May et Michael Ramharter du ‘Bernhard-Nocht-Institut für Tropenmedizin’ (BNITM) à Hambourg, en Allemagne
  • le Dr. John Amuasi du KCCR et du département de santé globale de l'école de santé publique au KNUST de Kumasi, au Ghana.

Contacts : michel.cot@ird.fr ; anna.cohuet@ird.fr