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Message n°51 de Jean-Paul Moatti, président directeur général de l'IRD

 

Professeur Jean-Paul Moatti, président-directeur général de l’IRD

© Studio Cabrelli

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« Contrairement aux années précédentes de mon mandat à la tête de l’Institut, la rentrée 2019 n’a pas été marquée par la réunion annuelle qui rassemble, autour de la gouvernance, les directrices et directeurs de nos UMR et de nos unités de service, et les représentantes et représentants dans nos pays et territoires ultramarins partenaires. La première raison est qu’il nous semble qu’il sera plus judicieux à l’avenir de tenir ce rassemblement, important dans la vie de l’Institut, en début d’année, une fois que sont disponibles les informations sur les arbitrages budgétaires, et à une date qui devrait faciliter la participation de représentants au plus haut niveau de nos tutelles  La seconde raison est qu’exerçant depuis le 11 mars ma responsabilité à titre d’intérim, il m’est apparu préférable d’attendre l’arrivée de la personnalité qui me succédera à la tête de l’IRD.

Dynamisme dans la continuité

Sur ce point, que nul d’entre vous n’ait la moindre inquiétude quant au processus de désignation en cours. Le fait que les pouvoirs publics prennent leur temps n’est en aucun cas synonyme de désinvolture à notre égard. Au contraire, les tutelles se sont donné le temps de préciser les orientations qu’elles souhaiteront voir prendre à la nouvelle gouvernance dans le contexte, en cours de finalisation, des deux lois d’orientation et de programmation qui nous concernent directement :  celle sur la recherche dont les groupes de travail préparatoires, auxquels nous avons contribué, ont remis leurs rapports en septembre, et celle sur la solidarité internationale qui recouvre l’aide au développement. Mon intérim devrait donc prendre fin d’ici la fin de l’année, ou au plus tard en début d’année prochaine. Et, comme vous pouvez le constater, la continuité de l’action de l’Institut est bien assurée par Elisabeth Barbier, notre directrice générale déléguée, Isabelle Benoist, notre secrétaire générale et moi-même, ce grâce aux équipes qui nous entourent.

Les activités de cette rentrée témoignent, s’il en était besoin, de la poursuite de la dynamique positive de l’Institut :

Enfin, bien sûr, nous avons été présents au cœur de la séquence diplomatique intense qui s’est déroulée du 23 au 28 septembre au siège des Nations unies autour de la 74e AGNU, avec une succession de cinq sommets sur le climat, la couverture santé universelle, les petits états insulaires, le financement du développement, et le premier bilan de mise en œuvre des Objectifs de développement durable. Ce dernier a été marqué par la publication du premier Rapport global sur le développement durable (GSDR) par le groupe de scientifiques indépendants (IGS) auquel j’ai personnellement participé.
Ce rapport constitue un point d’appui pour affirmer une nécessaire priorité en faveur de la « science de la durabilité » (sustainability science ) dans la programmation internationale, européenne et nationale de la recherche, comme de renforcement des capacités scientifiques et d’innovation des pays en développement qui constituent les fils rouges des orientations de notre Institut. C’est ce qu’avec Elisabeth Barbier et Philippe Cury, notre représentant à Bruxelles, nous n’avons pas manqué de faire valoir à l’occasion des Journées européennes de la recherche et de l’innovation. De même, nous pouvons nous féliciter de ce que l’action déterminée du ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation (MESRI) ait permis qu’une référence explicite à la « science du développement durable » figure désormais dans la Feuille de route de la France pour l’Agenda 2030 présentée juste avant l’AGNU.

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Un agenda riche pour 2020

Les occasions de réaffirmer la place centrale de la science de la durabilité et le rôle, lui aussi central, que l’IRD doit y jouer ne manqueront pas dans les mois qui viennent,
Nous porterons de nouveau ce message dans le cadre de la Conférence européenne de santé publique qui se tiendra à Marseille du 20 au 23 novembre ; à la COP 25 sur le climat au Chili où nous serons également présents au mois de novembre avec nos partenaires du CIRAD, du CNRS et d’AllEnvi ; lors de la préparation, l’an prochain, de la Décennie des Nations Unies des sciences océaniques pour le développement durable, et de la COP 15 sur la biodiversité en octobre 2020 dont un jalon important sera le Congrès mondial de la nature de l’UICN qui se tiendra à Marseille du 11 au 19 juin prochains. Enfin, le premier Congrès mondial de la science et de l’innovation de la Durabilité (SRI 2020), organisé par Future Earth et le Belmont Forum du 14 au 17 Juin à Brisbane en Australie, sera aussi une opportunité forte, d’autant que la coopération Nord-Sud-Sud y tiendra une place centrale ; n’hésitez pas à contacter au plus vite les départements scientifiques pour répondre à l’appel à propositions de sessions pour ce congrès qui se clôt le 15 novembre.

Pour autant, rien n’est joué, et en dépit de nos forces limitées nos responsabilités sont immenses, tant en matière d’amélioration de l’interface science-décision que de renforcement de la science de la durabilité en particulier aux Suds.
J’ai été frappé par le paradoxe de la semaine diplomatique des Nations Unies que j’ai évoquée ci-dessus : l’un des principaux messages du GSDR, qui a plutôt été bien accueilli par beaucoup des États membres et des acteurs du développement, insiste sur le fait que l’Agenda 2030 est voué à l’échec s’il est fondé sur une mise en œuvre des ODD « un par un » et qu’il faut privilégier les synergies entre ODD. Or la concomitance entre un sommet ODD et quatre autres sommets sur des ODD spécifiques (sans compter la présentation au même moment du rapport spécial du GIEC sur les océans) n’a pas forcément favorisé la cohérence d’ensemble et permis que la science s’adresse aux décideurs et à l’opinion mondiale d’une « seule voix ». De même, des modalités innovantes permettant de favoriser les travaux de recherche interdisciplinaires pouvant contribuer aux ODD, et renforcer la place des Suds dans ces travaux, ne sont pas encore totalement garanties dans la programmation nationale et européenne à venir.

Il nous faudra donc, en 2020 et au-delà, mener des batailles pour porter ces priorités. Ce qui implique notre mobilisation scientifique mais aussi la poursuite déterminée des chantiers en cours de modernisation de notre fonctionnement.
Dans les mois à venir, cela concerne notamment la mise en œuvre du nouveau Schéma directeur numérique dont le lancement réussi de DataSuds, notre entrepôt de données est un pas prometteur. 
La campagne budgétaire qui s’est close récemment illustre, me semble-t-il, que les modules que nous avons mis en place pour la demande de moyens (DAM) permettent à la fois un pilotage plus rigoureux par la gouvernance et une plus grande facilité pour les utilisateurs de nos laboratoires. Nous restons bien sûr preneurs (avec la DDUNI, la MAPS et la DF) de toute suggestion d’amélioration. 
Un autre chantier à déployer dès l’an prochain concerne le Schéma pluriannuel de stratégie immobilière (SPSI) pour lequel nous devons, dans toute la mesure du possible, nous saisir des possibilités offertes par la négociation en cours du volet recherche des Contrats de plan État-Région, qui concernent nos sites métropolitains. 

Il nous faut toutes et tous plus que jamais rester mobilisé.e.s pour conforter la trajectoire qu’ont mis en valeur les multiples événements qui ont ponctué, tout au long de cette année 2019, la célébration de notre 75e anniversaire. Ils se clôtureront (en beauté, je n’en doute pas) par le colloque sur la science ouverte au Sud, à Dakar du 23 au 25 octobre, et par une journée sur le thème « Du Sud au Nord, savoirs partagés face aux défis planétaires » en lien avec l’I-Site MUSE, à Montpellier le 24 novembre. Participez nombreuses et nombreux si cela vous est possible. »

Jean-Paul Moatti
Président-directeur général de l’IRD