Cette rencontre, organisée par le Gis-IRISTA, avait pour objet d’établir un état des lieux des plus récentes avancées en matière de recherche et de prise en charge globale de la COVID-19, tant en Guyane que sous un éclairage extérieur.

Dès la genèse de ce projet, il s’est affirmé une volonté d’y associer des chercheurs et non chercheurs évoluant dans des champs disciplinaires différents, et d’éviter ainsi une vision tubulaire et restrictive de cette pandémie. L’objectif assumé est au contraire d’avoir une représentation la plus globale et intégrée possible de la COVID-19, par ses aspects médicaux, juridiques, psychologiques, sociaux, sanitaires …

Les réflexions ont été alimentées par l’intervention de personnalités de Guyane mais aussi de France hexagonale, donnant l’occasion d’aborder sous des angles différents, les multiples facettes de la COVID-19.

 

L’IRD a contribué à cette journée avec deux interventions :

D’où viendra la prochaine maladie ? (Rodolphe Gozlan, DR, IRD  (UMR ISE-M)

Impact de la déforestation sur les changements de biodiversité et sur l’émergence des maladies infectieuses en milieux tropical R.E. Gozlan (IRD).

© IRD / R. Gozlan

L’épidémie de coronavirus en cours qui a débuté à Wuhan à la fin de l’année dernière illustre bien la menace que représentent les maladies infectieuses émergentes, non seulement pour la santé humaine et animale, mais aussi pour la stabilité sociale, le commerce et l'économie mondiale.

Or de nombreux indices portent à croire que la fréquence des émergences de nouveaux agents infectieux pourrait augmenter dans les décennies à venir, faisant craindre une crise épidémiologique mondiale imminente. En effet, les activités humaines entraînent de profondes modifications de l’utilisation des terres ainsi que d’importants bouleversements de la biodiversité en de nombreux endroits de la planète. Ces perturbations se produisent dans un contexte de connectivité internationale accrue par les déplacements humains et les échanges commerciaux, le tout sur fond de changement climatique.

Il s’agit là des conditions optimales pour favoriser le passage à l’être humain de micro-organismes pathogènes provenant des animaux. Or les maladies qui résultent de telles transmissions comptent parmi les plus dangereuses, selon l’OMS.

Anticiper l’émergence des maladies infectieuses grâce à l’ADN environnemental (Marine Combe, CR, IRD (UMR ISE-M)

Prélèvement au poste de refoulement ZAC Hibiscus, Cayenne (M. Combe - J.-C. Doudou, IRD; Y.-L. Raymond, CACL)

© IRD / M. Combe

Nous savons à présent que la plupart des pathogènes responsables de maladies infectieuses chez l’homme ont une origine environnementale. C’est le cas par exemple de la leptospirose, la toxoplasmose, l’ulcère de Buruli, la dengue, la fièvre Q, etc. en Guyane. Il est aujourd’hui possible d’anticiper ces émergences infectieuses grâce à l’ADN environnemental, une méthode qui consiste à détecter la présence de pathogènes d’intérêt au sein d’un même échantillon d’eau, de sédiments, ou encore de fèces. Le projet de recherche « Épidémiologie environnementale du COVID-19 en Guyane française, EPI-COV » s’inscrit dans ce contexte et à pour ambition de suivre l’épidémie de COVID-19 sur le département guyanais via le suivi de la charge virale du SARS-CoV-2 dans les eaux usées.

Les objectifs sont :

  • de déployer un système de surveillance active du virus ;
  • d'alerter les autorités locales d’une potentielle ré-émergence de la maladie et
  • d’anticiper les futurs clusters ou vagues épidémiques.

Pour cela, une équipe IRD-CNRS basée à Cayenne procède à des prélèvements mensuels d’eaux usées sur plusieurs communes (Cayenne, Rémire-Montjoly, Matoury, Montsinéry, Macouria, Kourou, Sinnamary, Apatou) afin de détecter la présence du virus mais aussi de suivre l’évolution de la charge virale dans les eaux usées. Le virus étant excrété par les porteurs symptomatiques et asymptomatiques, la charge virale détectée dans les eaux usées est le reflet de la circulation du virus au sein de la population.

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