Chercheur à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal), Djim Mouhamadou Lamine Diongue a réalisé son doctorat d’hydrogéologie en co-encadrement* entre le Sénégal, la France et l’Autriche dans le cadre d’un partenariat avec EDEQUE. Travaux pour lesquels il a remporté le prix de la meilleure thèse, décerné par l'Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal. Il est également consultant dans divers projets de développement au Sénégal. Actuellement en séjour postdoctoral en Afrique du Sud dans le cadre de la bourse d'excellence ARUA-Carnegie de l’université de Rhodes, il répond à nos questions.

* UCAD (Pr. Serigne Faye) / CIRAD (Olivier Roupsard, ECO&SOLS) / IRD (Didier Orange et Frédéric Do, ECO&SOLS) / Université de Boku (Autriche, Christine Stumpp)

Photo de soutenance de la thèse de Djim M.L Diongue

© IRD

Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir scientifique ?

Dès mon plus jeune âge, l'inspiration pour emprunter la voie scientifique m'a été inculquée par mes parents qui sont tous deux enseignants. Ils ont cultivé en moi une curiosité scientifique insatiable, encourageant constamment l'exploration et la compréhension du monde qui m'entoure. Leur passion pour l'enseignement et la découverte m'a transmis un désir ardent de devenir scientifique, désir qui s'est intensifié au fil des années, notamment au collège et au lycée. À l'université, j'ai eu le privilège de suivre une formation en Géosciences, un champ qui m'a immédiatement fasciné. Par la suite, ma spécialisation en hydrogéologie a non seulement renforcé mon goût pour la recherche mais a également ouvert la voie à une passion pour la résolution des défis liés aux ressources en eau, problématique particulièrement cruciale dans les zones déficitaires en eau comme en Afrique subsaharienne et dans un contexte de changement climatique.

Dispositif de suivi des flux de sève de Faidherbia albida, de la teneur en eau du sol à différente profondeurs et de profondeur de la nappe phréatique dans un piézomètre.

© IRD - Frédéric Do

Pourquoi avoir choisi de travailler avec l’IRD ?

Mon choix de collaborer avec l'IRD a été grandement influencé par la nature interdisciplinaire et collaborative de mes recherches de doctorat sur deux sites sénégalais. Dans le cadre du LMI IESOL, l'IRD m'a offert une plateforme robuste - Faidherbia Flux - un site expérimental de recherche collaborative sur les systèmes agroforestiers dans le bassin arachidier qui associe l’IRD, le Cirad, l’ISRA, l’UCAD et plusieurs autres institutions de recherche. Grâce à cette collaboration, j'ai également eu l'opportunité de construire un site expérimental dans la zone sylvo- pastorale du Ferlo financé par l'observatoire OHMI-Téssékéré, permettant d'étendre la portée de mes recherches. La richesse des interactions et le partage de connaissances au sein de ce cadre collaboratif ont amplifié la portée et l'impact de mes recherches à travers plusieurs publications scientifiques.

Echantillonnage de profil de sol pour caractérisation des propriétés physiques du sol et analyse de la composition isotopique à Faidherbia-flux

© IRD

Quelles activités menez-vous sur le terrain ? en laboratoire ?

Mes activités sont axées sur le suivi des données expérimentales sur le terrain — météorologie, phénologie des cultures/arbres, niveau de la nappe etc. — et la collecte d'échantillons (sol, eau de pluie, eau interstitielle du sol, nappe) pour leurs caractérisations physiques et isotopiques en laboratoire. Cette démarche permet, entre autres, de paramétrer des modèles hydrologiques pour quantifier et partitionner l'évaporation du sol et la transpiration des cultures/arbres, ainsi que pour estimer la recharge des nappes, contribuant ainsi à une compréhension approfondie du bilan hydrique dans mes deux sites d’étude.

: Localisation des deux sites expérimentaux : Le site 1 est situé dans le Bassin arachidier au sein d’un parc agroforestier dans le site Faidherbia-flux. Le site 2 est situé dans la vallée du Ferlo à l’intérieur de la Grande Muraille Verte.

© Diongue et al., 2023

Comment vos travaux contribuent à l’amélioration des conditions de vie dans votre pays ou région ?

Nos travaux fournissent des connaissances et des outils précieux pour mieux comprendre et gérer les ressources en eau - un élément crucial pour la sécurité alimentaire et hydrique dans les régions semi-arides. Les innovations méthodologiques que nous avons introduites permettent une quantification des termes du bilan hydrique. Par exemple, l'approche métamodèle que nous avons développé offre des indications sur l'impact des systèmes agroforestiers sur le cycle de l'eau, aidant ainsi à promouvoir des pratiques agroécologiques durables qui peuvent améliorer la résilience des communautés locales face au changement climatique. 

Echantillonnage de profil de sol pour caractérisation des propriétés physiques du sol et analyse de la composition isotopique à Faidherbia-flux

© IRD

En quoi votre recherche répond-elle à la science de la durabilité ?

Elle s'y inscrit pleinement car elle contribue à une gestion plus informée des ressources en eau pour assurer la sécurité alimentaire et hydrique, notamment en quantifiant la recharge des nappes phréatiques, élément clé de la gestion durable des aquifères — principales sources d'eau douce en Afrique subsaharienne. Notre collaboration avec l'IRD et d'autres institutions de recherche a créé une plateforme interdisciplinaire et nos résultats de recherche offrent de multiples pistes de recherches futures visant à une meilleure compréhension des processus hydrologiques dans le continuum sol-végétation-atmosphère. En somme, nos recommandations peuvent guider les politiques et les pratiques de gestion de l'eau.

Contact science : Djim M. L. Diongue, UCAD djimmouhamadou.diongue@ucad.edu.sn


Contacts communication : Fabienne Doumenge, Julie Sansoulet communication.occitanie@ird.fr