Le 3 octobre 2022 le navire sud-africain S.A. Agulhas II a quitté le port de Cape Town, Afrique du Sud, pour entamer sa mission d'exploration scientifique dans l'océan Indien. Cette mission s'inscrit dans l’engagement pour la sauvegarde et la gestion durable de l’océan. Premier élément du projet « Monaco explorations » approuvé dans le cadre de la Décennie des Nations Unies pour les sciences océaniques au service du développement durable 2021-2030, la mission se déroulera d’octobre à novembre 2022 entre La Réunion, Maurice et les Seychelles, avec à bord plusieurs scientifiques IRD.

Départ du S.A. Agulhas II

© Consulat Général de France au Cap

A bord du S.A. Agulhas II au départ de Cape Town

© Consulat Général de France au Cap

La mission : contribuer à l'apport de nouvelles connaissances

Pourquoi étudier le sud-ouest de l'océan Indien?

Certaines parties de l’océan Indien occidental ont déjà fait l’objet d’une attention particulière. Cependant, de nombreuses régions situées en haute-mer au-delà des ZEE (Zones économiques exclusives) des états, comme le banc de Saya de Malha et le plateau des Mascareignes, restent à explorer en détail, car l’état des connaissances sur l’océanographie physique et biologique, la biodiversité ou l’impact des pollutions sur les équilibres naturels reste partiel et insuffisant.

C’est l’une des raisons pour lesquelles la mission des explorations de Monaco suscite, notamment de la part des états riverains seychellois et mauricien, des attentes fortes, avec la perspective d’acquérir de nouvelles connaissances.

Récif d'Aldabra, vue sous-marine

© Seychelles Islands Foundation

Des lacunes à combler
  • Contribution à la cartographie précise des fonds et à la caractérisation des différents habitats.
  • Étude des interactions entre les courants et les organismes marins dans le contexte de processus océanographiques complexes, inventaires et recensement de la biodiversité des espèces, niveau d’endémisme sur le banc de Saya de Malha, fonctionnement des réseaux trophiques, étude de la productivité de la zone à travers le plancton, …
  • Évaluation de la capacité à stocker le carbone du banc de Saya de Malha, l’un des plus vastes herbiers au monde, sera également évaluée puisque les herbiers marins comme celui-ci comptent parmi les puits de carbone les plus puissants de la biosphère et jouent un rôle essentiel dans l’atténuation du changement climatique.
  • Caractérisation de la pollution plastique, de son origine et des menaces d’accumulation de déchets.
  • Appréciation des impacts de la pêche, du tourisme et d’autres activités humaines exerçant une pression sur les valeurs écologiques et sociales de la zone sont également au programme de la mission.
Les objectifs majeurs de la mission : comprendre, partager, mobiliser

Cette mission « océan Indien » est le premier élément du projet « Monaco explorations », approuvé dans le cadre de la décennie des Nations Unies pour les sciences océaniques au service du développement durable 2021-2030 (dite « décennie de l’océan »).

Comprendre par une démarche scientifique pluridisciplinaire, l’état et le fonctionnement écosystémique de la zone explorée pour ensuite conseiller les parties prenantes par une approche scientifique globale (sciences de la durabilité). Partager par un programme de médiation ambitieux les enjeux et les connaissances avec le plus grand nombre. Mobiliser les gouvernements par l’action diplomatique, en mettant à disposition les informations et analyses pour une gestion durable des espaces maritimes.

Itinéraire de la mission Explorations de Monaco - océan Indien

© Explorations de Monaco - Océane Gasquy

Itinéraire de la mission

Départ du Cap le 3 octobre 2022

Le navire S.A. Agulhas II a quitté son port d’attache du Cap en Afrique du Sud le 3 octobre 2022 avec un premier contingent d’une vingtaine de scientifiques et de techniciens. Ils seront rejoints quelques jours plus tard à l'île Maurice puis à La Réunion par d’autres équipes pour un effectif total d’une centaine de personnes : scientifiques, jeunes chercheurs et étudiants de l’école embarquée, cinéastes et photographes, plongeurs, artistes, auteurs, communicants, etc.

Au programme

Quatre escales, un périple d’environ 7 300 milles marins (13 500 km) et deux mois de navigation ponctués et rythmés par les différentes opérations de recherche et de terrain programmées tout au long du trajet du bateau et au cours des stations prévues autour de l’atoll d’Aldabra, sur le banc Saya de Malha, où 15 jours d’investigations sont prévus, et enfin autour de l’île de Saint Brandon.

Tortue Marine

© Explorations de Monaco

A bord du S.A. Agulhas II au départ de Cape Town

© Consulat Général de France au Cap

L’école embarquée à bord du S.A. Agulhas II : former les étudiants et jeunes chercheurs, et transmettre les savoirs de terrain

Dans le cadre des enseignements conjoint du master Sciences de l’univers, environnement et écologie (SDUEE), mention sciences de la mer-océanographie, environnements marins dispensés par Sorbonne Université et du master européen IMBRSea, 20 étudiants seront présents à bord pendant la première étape de la mission. 10 jeunes étudiants chercheurs ou techniciens des Seychelles et de Maurice assisteront également aux cours donnés sur le bateau par les trois enseignants chercheurs présents.

Ces jeunes étudiants auront ainsi l’opportunité unique de se former à la science de terrain et de bénéficier d’une transmission de savoir dans le cadre des opérations techniques et scientifiques auxquelles ils pourront prendre part. L’unité d’enseignement proposée abordera les thématiques de l’instrumentation, d’un plan de mission, du travail à la mer, de la méthodologie et de l’observation. Les étudiants pourront échanger avec toutes les équipes scientifiques et profiter des interventions des responsables de projets, techniciens, opérateurs impliqués dans la mission. 

Les opérations scientifiques conduites à bord seront l’occasion de constituer et d’impliquer un groupe de jeunes scientifiques de la région qui aborderait toute la chaîne d’opérations permettant d’obtenir, à partir de nouveaux systèmes d’observation (flotteurs-profileur) et des systèmes plus traditionnels (CTD-rosette), des données multidisciplinaires qualifiées (physique, chimie, biologie). Cette école embarquée constitue un moyen privilégié de connecter différents savoirs disciplinaires en mobilisant et en ordonnant des connaissances théoriques pour répondre aux problèmes concrets rencontrés.

"La diversité des activités qui se dérouleront pendant la campagne offrira des opportunités uniques de formation et d’acquisition de savoir-faire pour des étudiants de l’université des Seychelles et de l’université de Maurice, ainsi que pour de jeunes techniciens et chercheurs des institutions marines de ces deux pays. Si deux flotteurs peuvent être déployés en partenariat avec les gouvernements des Seychelles et de Maurice, et si de jeunes scientifiques de ces pays ont pu être formés aux bonnes pratiques de l’usage de ces robots, des actions à plus long terme pourront alors être envisagées." Fabien Lombard, responsable de l’école embarquée. Enseignant - chercheur, LOV-IMEV. 

Flotteur Argo type REFINE en surface

© LOV - Thomas Jessin

Le programme scientifique : une approche globale, pluridisciplinaire et internationale

Sept projets de recherche, dont la moitié en pleine mer

Le programme scientifique est structuré autour de l’étude de deux espaces maritimes bien identifiés : le banc Saya de Malha et une sélection d’îles et de monts sous-marins situés sur le trajet de la mission. Ce programme est orienté par les quatre thématiques principales des explorations de Monaco : la protection des coraux, la protection de la mégafaune, les aires marines protégées et les nouvelles techniques d’explorations. Il vise à satisfaire en priorité les besoins des gouvernements des Seychelles et de Maurice tout en veillant aussi à une bonne articulation avec les instances et initiatives internationales et régionales concernées.

  • Étude pluridisciplinaire du banc Saya de Malha : une prospection de la biodiversité benthique et de l'écosystème pélagique

    Porteur du projet

    Francis Marsac est directeur de recherche à l’IRD, représentant de l’IRD aux Seychelles, océanographe et halieute, expert des pêches thonières de l’océan Indien et des questions environnementales qui y sont associées. Il est soutenu dans ce projet d’étude pluridisciplinaire par M. Kenneth Racombo, secrétaire principal du département de l’économie bleue des Seychelles.

    "Il est important de pouvoir identifier d’éventuels hot spots de biodiversité sur cet espace, pour informer sur les risques potentiels de dégradation face à une exploitation mal contrôlée des différentes ressources. Ces informations fourniront des éléments de choix pour la planification spatiale marine que les Seychelles et Maurice entreprennent sur cette zone."

    Le projet Saya de Malha

    Il combine des mesures faites en pleine eau et sur le fond. La colonne d’eau, à la fois sur le banc (dont la profondeur varie de 15 à 120 m) et jusqu’à 35 kilomètres au-delà des pentes, sera échantillonnée au moyen de profils verticaux de bathysonde avec prélèvement d’eau à diverses profondeurs pour déterminer les paramètres physiques, chimiques, et biologiques. Ces mesures seront effectuées pour l’essentiel de nuit. La partie la plus importante du projet sera une prospection de la biodiversité benthique (faune et flore inféodée au fond) au moyen de plongées scientifiques au recycleur, permettant de travailler à plus de 60 mètres de profondeur, et d’engins trainants.

    Ce projet est conçu avec un objectif de « science pour la gouvernance et d’aide à la planification marines ». Mené par l’Institut de recherche pour le développement (IRD) en collaboration avec le Muséum national d’histoire naturelle de Paris (MNHN), il associe également dans l’équipe embarquée, aux compétences variées, des ressortissants des Seychelles et de Maurice : chercheurs, étudiants, représentants du Département de l’économie bleue, des ressources marines et des pêches, des universités… D’autres organismes internationaux sont représentés comme l’université de Lodz en Pologne ou l’université Nelson Mandela en Afrique du Sud.

    La production de cinq types de ressources et de résultats est attendue
    • La collecte d’informations scientifiques sur une zone encore mal connue ;
    • La réalisation d’un inventaire de la biodiversité benthique, évaluation de ses particularités, afin de cartographier les habitats essentiels et sensibles qui pourraient nécessiter, le cas échéant, des mesures spécifiques de conservation ;
    • L’élaboration de fiches de synthèse sur les habitats et communautés du banc de Saya de Malha ;
    • La production post-mission d’un document d’orientation concis à destination des acteurs institutionnels et des décideurs politiques des Seychelles et de Maurice ;
    • La valorisation scientifique dans des journaux de rang international.
    Quatre types d’opérations et d’activités scientifiques seront mises en oeuvre
    • Cartographie du banc Saya de Malha et caractérisation de la nature du fond ;
    • Étude des propriétés de la colonne d’eau et de la circulation océanique sur le banc et les pentes de Saya de Malha ;
    • Échantillonnage du plancton, du neuston et des microplastiques en suspension ;
    • Inventaire de la biodiversité benthique.
    Moyens utilisés pour les mener à bien
    • Filtrations d’échantillons d’eau ;
    • Stations hydrologiques, bathysonde ou CTD ;
    • Filets remorqués Manta (surface), Bongo (0 à 200m), Multinet (0 à 1 000 m)
    • Plongée
    • Engins traînants : traineaux, dragues, chaluts à perches
    • ROV Saab Seaeye Cougar-XT
    Le banc Saya de Malha : un vaste herbier aussi grand que la Suisse

    Découvert il y a 500 ans par des navigateurs portugais, le banc Saya de Malha fait l’objet d’un premier relevé topographique par le capitaine Robert Moresby de la Royal Navy en 1838. Situé à l’extrême nord de la dorsale des Mascareignes entre les Seychelles et Maurice, le banc de Saya de Malha est l’un des plus grands herbiers sous-marins au monde. Sa superficie, 40 000 km2, est équivalente à celle de la Suisse. Ce vaste herbier parsemé de récifs coralliens est composé de deux structures géologiques distinctes : le Ritchie Bank au nord, de petite taille, séparé de l’immense South Bank par un chenal de 30 à 50 km de large. D’origine volcanique, il s’est formé il y a environ 65 millions d’années. Cet écosystème est connu comme un lieu de reproduction des baleines à bosse et des baleines bleues. Il abrite une très grande diversité d’espèces mais cette biodiversité est encore insuffisamment documentée. C’est l’un des enjeux de cette mission que de mieux connaître et étudier ce milieu naturel pour pouvoir ensuite mieux le gérer et le protéger. Quelques missions scientifiques ont été menées dans cette zone depuis le début des années 1960, la dernière en 2021 par Greenpeace à bord de l’Artic Sunrise, les précédentes en 2018 et 2002. La mission doit permette de dresser un panorama des richesses floristique et faunistique associées au fond. Espace relevant potentiellement d’une valeur universelle exceptionnelle, il pourrait mériter d’être protégé à divers titres, dont peut-être, celui de site inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO sous réserve des critères d’indentification nécessaires. Objet de l’intérêt prioritaire des deux États qui détiennent chacun le plateau continental (République de Maurice et République des Seychelles), mais recouvert par la haute mer, il fait partie de ces lieux qui seront probablement concernés par le futur traité sur la protection de la biodiversité marine située au-delà des juridictions nationales.

    Des enjeux de gouvernance forts

    Les Seychelles et Maurice ont obtenu en 2011 pour le banc Saya de Malha le statut d’extension du plateau continental tel qu’il est défini par la convention des Nations unies sur le droit de la mer. Dans le cadre d’une gouvernance conjointe mise en place par des accords signés en 2012, les deux états bénéficient de droits d’exploitation des ressources suivantes : ressources vivantes sédentaires (inféodées au fond), ressources minérales du sol et du sous-sol (métaux, pétrole, gaz). Cette gestion conjointe par deux états est un cas unique à l’heure actuelle au niveau international, ce qui en fait un modèle d’étude spécifique retenu par le projet SAPPHIRE (2017-2023) du programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Ce projet soutient la mise en oeuvre d’un programme d’action stratégique pour la gestion durable des écosystèmes marins de la région occidentale de l’océan Indien. Objectifs : construire une capacité de gestion grâce à la planification de l’espace marin, démontrer les bénéfices d’un mécanisme innovant de gouvernance de l’océan et de respect des bonnes pratiques, améliorer le dispositif existant et guider des initiatives similaires qui pourraient être lancées dans d’autres régions du monde. Outre des droits, le statut de la zone confère également aux deux états des devoirs. Le développement d’activités économiques et l’exploitation de ce milieu sont étroitement liés à l’essor de l’économie bleue des deux pays et devront causer un impact minimal sur l’écosystème.

  • Microplastique et pathogènes coralliens - MADCAPS

    MADCAPS, porté par l'UMR ENTROPIE

    L’équipe MADCAPS est basée à l’UMR ENTROPIE (IRD-Université de La Réunion-CNRS-Ifremer-Université de la Nouvelle Calédonie). Elle apporte une expertise en pollution marine et microbiologie de l’océan Indien.

    Le projet MADCAPS

    L’objectif de cette étude est de caractériser les débris plastiques transportés par les courants océaniques de surface, potentiellement vecteurs inertes de microorganismes pathogènes coralliens, via des approches intégratives à l’aide de technologies de pointe. Ce projet offrira par la suite de multiples perspectives dans les domaines de la biologie, de la médecine et de l’écologie du fait des métadonnées qui vont être collectées. Les interactions entre l’océan et la santé sont complexes et restent largement inexplorées. La problématique de la pollution plastique étant grandissante et peu étudiée dans l’océan Indien, l’association WIOMSA finance sept pays du sud-ouest de l’océan Indien (Tanzanie, Seychelles, Maurice, Mozambique, Afrique du Sud, Kenya et Madagascar) afin de réaliser et appliquer un programme de suivi des déchets marins côtiers, dans le cadre de la convention de Nairobi : WIOMSA Marine Litter Monitoring project. Le programme MADCAPS associe plusieurs organismes scientifiques et associations : L’UMR Entropie à l’université de La Réunion, l’IRD Marseille, The ocean clean up et Best run.

    Pour répondre à cette question, l’étude se fixe trois objectifs majeurs
    • Acquérir des données qualitatives et quantitatives sur la distribution spatiale des microplastiques de la couche superficielle de la colonne d’eau dans le sud-ouest de l’océan Indien.
    • Caractériser la flore microbienne complète via le metabarcoding, c’est-à-dire par la technique de métagénomique par séquençage ADN haut débit avec la technologie Illumina.
    • Communiquer, éduquer, sensibiliser et se concerter autour du projet avec les parties prenantes locales, régionales et internationales, afin d’améliorer la compréhension de la problématique que posent les déchets et d’appuyer les actions déjà mises en place.
    Moyens utilisés pour les atteindre
    • Kit d’extraction ADN
    • Chambre froide -20°C
    • Spectrophotomètre, matériel de laboratoire, centrifugeuse.
    • Filet Manta, maille 330 microns
  • L’étude de la structure génétique et des niveaux de contamination et de stress des tortues marines - GECOS

    Porteurs du projet GEOS

    Jérôme Bourjea et Quentin Schull (Ifremer).

    Le projet GEOS

    Tout l’océan est aujourd’hui affecté par les activités humaines auxquelles s’ajoutent les fortes pressions liées au changement climatique. La biodiversité et les habitats des écosystèmes côtiers sont les premiers impactés et ont diminué de 30 à 60 %. L’augmentation de la population humaine et les pressions anthropiques et climatiques croissantes sur les écosystèmes marins pose la question de la durabilité de l’exploitation et de la conservation de ces écosystèmes marins. Cette conservation passe avant tout par notre capacité à mesurer ces changements au quotidien, à pérenniser cette collecte d’information sur le long terme et à développer des indicateurs pertinents et fiables de ces pressions sur les écosystèmes. La mégafaune marine est particulièrement sensible à ces pressions et les exemples de disparition de populations entières sont malheureusement nombreux. Le cas des tortues marines est particulièrement intéressant car, en tant qu’espèces emblématiques de la diversité marine, elles ont contribué à développer une approche par espèce pour favoriser la conservation d’un habitat, d’une communauté ou d’un écosystème. Ce projet est porté par l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) en partenariat avec Kélonia et l’Université de Aalborg, Danemark. Il fait suite au projet NEXT porté par l’Ifremer.

    Les objectifs visés et résultats attendus
    • Acquérir des données pour l’instant manquantes sur certains sites du sud-ouest de l’océan Indien sur la structuration génétique des populations de tortues vertes et imbriquées (utilisation des marqueurs génétiques historiques mitochondriaux).
    • Exploiter les nouveaux échantillons collectés pour affiner la structure actuelle des populations de la région en séquençant l’ensemble du génome mitochondrial (lignée maternelle) et des marqueurs nucléaires de la tortue verte.
    • Étudier l’influence d’environnements très contrastés sur l’exposition des tortues vertes aux contaminants inorganiques et leur conséquence sur les niveaux de stress des individus en comparant les données acquises dans le cadre du projet NEXT mené à La Réunion (porté à Ifremer) et celle du projet GECOS. L’idée de ce volet est de développer des biomarqueurs de l’état de santé de ces espèces reflétant la qualité de leur environnement.
    Moyens utilisés pour les mener à bien
    • Annexe motorisée
    • Balises Argos GPS
    • Biopsies, prélèvements d’écailles, prises de sang pour analyses
    • Centrifugeuse à tube Eppendorf
    • Azote liquide
    • Congélateur -80° C
  • L’étude de l’impact combiné des activités humaines sur les côtes et du changement climatique sur les écosystèmes marins – 4SEA

    Porteurs du projet 4SEA

    Julien Barde, ingénieur de recherche en informatique scientifique à l’IRD (UMR Marbec à Sète), et Sylvain Bonhommeau chercheur en écologie marine à la délégation Ifremer de La Réunion.

    Le projet 4SEA

    L’Océan mondial est affecté par les activités humaines auxquelles s’ajoutent les fortes pressions liées au changement climatique. La biodiversité et les habitats des écosystèmes côtiers ont diminué de 30 à 60%. La croissance démographique s’effectue près des côtes avec 8 personnes sur 10 qui habitent à moins de 100 km de la côte. Le projet 4Sea vise à démêler les impacts combinés des activités humaines sur les côtes et du changement climatique sur les écosystèmes marins de l’ouest de l’océan Indien. En déployant des systèmes d’observation autonomes dans des écosystèmes vierges et des écosystèmes soumis aux impacts anthropiques, dans les zones confinées (lagons) et dans l’océan ouvert, ce programme de recherche vise à répondre à des questions scientifiques clés.

    Les images et données collectées permettront de réaliser des cartographies, des bathymétries et d’utiliser la photogrammétrie afin d’obtenir des cartographies 3D des habitats. Ces données serviront de points de référence et de comparaison pour les stations déjà échantillonnées par le passé. Ce projet se fera en lien avec le projet de sciences participatives de l’Ifremer « Seatizen » impliquant des membres de l’UMR MARBEC. Le projet s’adosse également au projet GECOS, dans une optique de mutualisation des moyens. Un lien a également été établi avec le programme de recherche sur le banc Saya de Malha.

    Les objectifs visés et résultats attendus
    • Savoir si le taux de changement de l’environnement physique et biologique est équivalent dans les écosystèmes soumis aux stress liés à l’activité humaine et dans les écosystèmes vierges.
    • Connaître la résilience de l’écosystème dans les zones « confinées » et les comparer à celle de la haute mer.
    Moyens utilisés pour les mener à bien
    • Planche autonome équipée d’instruments de mesure
    • Sondeur, GPS différentiel, capteur de température, caméra, système de pilotage à distance des engins autonomes)
    • Zodiac, drone
    • Kite et paddle pour échantillonner les zones difficiles d’accès
    • Snorkeling
    Des données en libre accès

    L’objectif du projet consiste à collecter un très large jeu de données sur l’environnement marin en développant des équipements innovants adaptés aux conditions particulières des espaces lagunaires. Quatre principaux objectifs ont été identifiés pour répondre aux enjeux de l’Open science :

    • Open Hardware : développer des systèmes de collecte « low-cost » afin que ces outils soient disponibles au plus grand nombre.
    • Open Data : fournir un large jeu de données à la communauté scientifique et au grand public.
    • Open Source : développer des traitements afin de fournir des services gratuits à partir des données.
    • Sensibiliser le grand public en lui permettant de visualiser les informations collectées via des outils
      de réalité augmentée.

    Des technologies innovantes, non impactantes: ce projet utilisera des technologies à bas coût peu impactantes pour faciliter la collecte et le traitement d’images sous-marines et aériennes dans les différents écosystèmes marins visités par la campagne. La planche autonome, le kite ou le paddle permettront d’échantillonner des zones difficiles d’accès étant donné les profondeurs des lagons parfois très faibles.

  • La programme de surveillance BGC-ARGO ou comment prendre le pouls de l'océan ?

    Porteur du projet BGC-AGRO

    Hervé Claustre est un océanographe, observateur, directeur de recherche au CNRS. Il est basé au Laboratoire d’océanographie de Villefranche-sur-Mer. Il est en particulier le co-responsable du programme international BGC-Argo qui vise à déployer dans l’océan global une flottille de robots flotteurs-profileurs multi-instrumentés.

    "Impliquer et former les jeunes chercheurs et étudiants de la région dans ce processus est une priorité. Nous devons également sensibiliser les flottilles de pêche à la présence des flotteurs profileurs dans la zone et à leur rôle. Ils peuvent être pour nous des alliés précieux en récupérant les profileurs avant la fin de durée de vie des batteries. Cela nous permettrait d’entrer dans un cycle vertueux de récupération, reconditionnement et remise en service de ce matériel coûteux avec un impact environnemental réduit."

    Le projet BGC-AGRO

    Le programme international BGC-Argo vise à instrumenter l’océan avec une flotte de 1 000 robots de type flotteursprofileurs de nouvelle génération. Ceux-ci mesurent des variables physiques, chimiques et biologiques essentielles à la compréhension de l’évolution de la santé de l’Océan et de leur réponse au changement climatique. Ces variables, mesurées tous les 10 jours entre la surface et 2 000 m de profondeur, sont : la température, la salinité, le pH, les concentrations en oxygène, nitrate, chlorophylle a, les particules en suspension, ainsi que l’éclairement.

    Les objectifs et résultats attendus
    • Contribuer à l’extension du programme BGC-Argo dans cette zone de l’océan Indien par le déploiement d’un nombre significatif de flotteurs.
    • Contribuer au programme REFINE (Robots Explore plankton-driven Fluxes in the marine twIlight zoNE) en ajoutant une sixième zone océanique de référence où sera déployée pour la première fois une nouvelle génération de flotteurs BGC-Argo « Jumbo » plus orienté sur les ressources vivantes et la « twilight zone ».
    • Acquérir au travers d’une CTD rosette multiinstrumentée, des mesures de référence permettant notamment de calibrer les capteurs des robots, juste avant leur déploiement.
    • Acquérir, au moyen d’un capteur spectroradiométrique profilant et d’un flotteur-profileur dédié, les vérités mers permettant de valider et calibrer les mesures satellites (ESA, NASA) « couleur de l’océan » dans une zone très peu documentée.
    • Acquérir, tout au long de la campagne, à haute résolution spatiale (~300m) et au moyen d’un système dit « continu de surface », des données d’hydrologie, de bio-optique et de composition du phytoplancton permettant de mieux caractériser les effets d’île dans la région et leur impact sur les premiers niveaux trophiques des écosystèmes pélagiques, tout en reliant ces observations à la vision grande échelle accessible par les données satellites.
    Opérations et activités de terrain mises en oeuvre
    • Prélèvements d’eau sur toute la colonne d’eau entre 0 et 2 000 mètres de profondeur ;
    • Déploiement d’une trentaine de flotteurs-profileurs sur le trajet de la mission (ce qui va contribuer à mieux couvrir la zone de l'océan Indien, jusqu’à présent sous-équipée)
    • Utilisation du profileur optique spectroradiomètre ;
    • Analyse des échantillons biologiques et mesures des paramètres physico-chimiques en laboratoire ;
    • Partage et analyse des données transmises par les satellites.
    Moyens, instruments et outils utilisés
    • CTD-rosette 24 bouteilles ;
    • Flotteurs-profileurs BGC Argo, O2 Argo, BGC Argo
    • Jumbo nouvelle génération, Proval ;
    • Profileur optique spectroradiomètre
  • Conservatoire mondial du corail : opération de prélèvement de colonies de coraux vivantes à Aldabra

    Porteurs du projet

    Didier Zoccola, chercheur principal au Centre Scientifique de Monaco (CSM), et Olivier Brunel, responsable de l’Aquarium du Musée océanographique de Monaco.

    Le projet

    L’Institut océanographique et le Centre scientifique de Monaco, tous deux initiateurs du projet de Conservatoire mondial du corail, ont prévu au cours de la mission une opération de prélèvements de colonies vivantes de coraux à Aldabra. Ces colonies viendront enrichir et compléter la liste des espèces déjà conservées au sein des aquariums du monde entier. Pour ce premier cycle de collecte, des espèces de coraux présentant certaines caractéristiques seront ciblées : coraux menacés, coraux résistants, espèces faciles à cultiver et à propager, espèces endémiques.

    Dans ce but, 4 types d’opérations seront nécessaires lors de la mission :
    • Une opération de prélèvement de colonies en mer : pour chaque espèce, quatre colonies seront collectées puis envoyées dans 5 structures différentes, afin de maximiser les chances de survie de chacune de ces quatre espèces au sein du Conservatoire. Ces colonies auront été au préalable repérées et choisies en plongée.
    • Une opération de marquage et de conditionnement des colonies vivantes : les coraux récoltés seront étiquetés, identifiés et immédiatement conservés dans des cuves de stockage bénéficiant d’une arrivée d’eau de mer, d’aération et d’éclairage, naturel ou artificiel selon la configuration.
    • Une opération d’échantillonnage pour la recherche : à partir de chaque colonie obtenue, des échantillons pour la recherche seront prélevés pour différents types d’analyses, notamment un séquençage ADN .
    • Une opération de transport : le transport des colonies se fait via l’aéroport international le plus proche de la structure, ou vers une structure relais la plus proche possible de la destination finale.
    La préservation des récifs coraliens : Quelle stratégie dans le contexte du réchauffement climatique ?

    En raison du changement climatique, les récifs coralliens souffrent. Ils sont en grand déclin et les épisodes de blanchissement se sont multipliés au cours des dernières années, comme récemment sur la Grande barrière de corail en Australie. Les derniers rapports du GIEC (octobre 2018 et septembre 2019) soulignent que, d’ici 2100, les récifs coralliens diminueront de 70 à 90 % avec une hypothèse de réchauffement global de 1,5 °C à la surface de la planète, alors que la quasi-totalité (> 99 %) sera perdue avec une hausse de 2 °C. Sous l’effet conjugué du réchauffement de l’Océan et des pollutions, les récifs coralliens atteignent aujourd’hui un point de rupture. L’augmentation du pourcentage des Aires Marines Protégées (AMP) est une étape importante et elle aura de nombreux effets positifs sur la biodiversité marine, mais le changement climatique lui est global. L’augmentation de la température et l’acidification ne s’arrêteront pas aux limites définies par les AMP. Il semble donc nécessaire d’élaborer une nouvelle stratégie et d’envisager de nouvelles solutions pour sauver les récifs. Aussi le Centre scientifique de Monaco et l’Institut océanographique, Fondation Albert Ier Prince de Monaco ont-ils initié le projet de Conservatoire mondial du corail. Leur stratégie et celle des partenaires associés au projet : préserver les coraux en aquarium et donc en milieu contrôlé dans le but de conserver dans de bonnes conditions des souches naturelles et les réimplanter ensuite dans des zones abimées ou détruites par les effets du réchauffement global. Aujourd’hui, environ 250 espèces de coraux sont déjà maintenues et cultivées dans les aquariums à travers le monde. Les nouvelles colonies de coraux vivants prélevées dans le milieu naturel seront conservées dans des aquariums répartis dans le monde entier, reconnus pour leur savoir-faire en matière de maintenance de coraux. En utilisant des aquariums publics et privés, et en s’appuyant sur les réseaux professionnels déjà existants (EUAC, EAZA, WAZA, IAN), le conservatoire ainsi créé permettra la mise en place et le maintien d’une large collection d’espèces et de souches de coraux scléractiniaires (à terme au moins deux tiers des espèces connues) sous forme de colonies de coraux vivants. Ce Conservatoire mondial sera aussi utilisé pour fournir des coraux aux laboratoires de recherche afin de développer des programmes de recherche destinés à augmenter la résilience des coraux et à sélectionner des souches plus résistantes, dans le but de favoriser et faciliter la restauration future des récifs coralliens.

  • Déploiement de bouées dérivantes de surface

    Porteur du pojet

    Dr Nick D’Adamo de l’Université d’Australie occidentale (UWA-OI), membre du comité d’orientation de la mission océan Indien.

    Le projet

    L’Institut des océans de l’Université d’Australie occidentale (UWA-OI), l’Institut de recherche et de développement (IRD) et Météo-France ont décidé de s’associer pour porter un projet commun lors de la mission océan Indien des explorations de Monaco. Le projet est porté par Nick D’Adamo (UWA-OI), en collaboration avec Jean-François Ternon, chercheur à l’IRD et Olivier Desprez de Gesincourt, de Météo France. Ils ont prévu de déployer au total 30 bouées dérivantes de surface sur le trajet de la mission ; 24 pour l’Institut des océans et 6 pour Météo France. Celles développées par l’Institut des océans sont petites et légères (~ 0.6 m de e longueur, ~ 1.5 kg de poids), suivies par GPS (satellite) et logées dans une enveloppe PVC.  Le programme de déploiement proposé permettra de mieux comprendre la circulation des courants de surface, la répartition et le mélange des masses d’eau dans la zone explorée par la mission et, par extension, des substances contenues dans ces masses d’eau. Ces données seront utiles transversalement à plusieurs des projets de recherche menés au cours de la mission océan Indien.

    Qu'est-ce qu'une bouée météo dérivante de surface?

    Aujourd’hui, la plupart des bouées météo dérivantes opérationnelles sont constituées par des sphères de 35 à 40 cm de diamètre, munies d’une ancre flottante de 6-7 mètres de long et d’un mètre de diamètre, centrée à 15 mètres de profondeur. Ces bouées, dites SVP (Surface Velocity Programme), pèsent environ 25 kg et participent depuis près de 20 ans au Global Drifter Programme (GDP) du Data Buoy Cooperation Panel (DBCP). Certaines bouées sont équipées de sondes numériques pour la température, voire parfois même de capteurs pour la salinité et température. Grâce à leur déplacement, les flotteurs SVP permettent de mesurer le courant de surface. Cette donnée sert notamment à valider les modèles d’analyse et de prévision de la circulation océanique basés sur des observations satellitaires (altimétrie).

Boutures de corail, océan Indien

© IRD - Pascale Chabanet

Observation d'un échantillon de corail, projet PAREO

© IRD/PAREO - Lola Massé

Faire découvrir la mission et ses enjeux au plus grand nombre par la médiation

La mission dans l’océan Indien ne repose pas uniquement sur ce programme scientifique dense et pluridisciplinaire, son objectif est également de valoriser les contenus, connaissances et ressources issues de cette opération, en favorisant l’échange et la transmission des savoirs avec le plus grand nombre, par un programme de médiation varié qui va, dans ses différentes composantes, s’adresser à un large public, aux acteurs de la société civile et aux décideurs.

  • Le projet PAREO : les enfants s'engagent pour les récifs

    Projet innovant d’éducation à l’environnement, le projet PAREO (« le patrimoine récifal de l’océan Indien entre nos mains ») allie transmission des connaissances scientifiques, découverte du milieu sous l’angle de vue des nouvelles technologies et actions concrètes de conservation. Il incite les jeunes à devenir acteurs de la protection et de la bonne gestion de leur environnement quotidien. Il se déroule dans quatre îles de l’océan Indien, La Réunion, l’île Maurice, l’île Curieuse aux Seychelles et l’île de Mohéli aux Comores. Ces îles ont en commun un patrimoine récifal exceptionnel qui malheureusement se dégrade sous la pression humaine.

  • L’articulation avec le program DiDEM : vers un dialogue sciences / décideurs / société civile

    En lien et en cohérence avec les thèmes de recherche de la mission océan Indien, en particulier les récifs coralliens et la pollution plastique, la Société des Explorations de Monaco apporte son soutien sur la période 2020-2023 au programme de dissémination scientifique DiDEM « Dialogue science - décideurs pour une gestion intégrée des environnements littoraux et marins », développé sur le bassin océan Indien occidental (Comores, Kenya, Madagascar, Maurice, Mozambique, Seychelles, Tanzanie). Porté par l'IRD, ce programme a pour objectif de faciliter et valoriser le dialogue entre les scientifiques et les décideurs au niveau de la sous-région de l’océan Indien occidental, notamment pour élaborer des solutions de gestion durable des milieux naturels dans les pays en voie de développement. 

    Cette démarche a pour ambition de faciliter la prise en compte et l’intégration des résultats, des recommandations et de la démarche scientifiques dans la prise de décision, la formation ou l’éducation au sein de la société civile. Elle va de la formation et de la communication auprès de la jeunesse en passant par le secteur privé, multi-acteurs recherche-entreprenariat-associations, jusqu’à l’ensemble des acteurs de la société civile en général et des décideurs.

  • Aire marine éducative aux Seychelles : une première

    En travaillant avec les enfants des îles au cours d’une année scolaire, ce projet initié en 2021 a pour but d’aboutir à la mise en place d’actions de conservation à partir de solutions envisagées et portées par les enfants eux-mêmes pour tisser des liens entre science et société. Aux Seychelles, où le projet est soutenu par les explorations de Monaco, la création d’une aire marine éducative dans le parc national marin de l’île Curieuse, en partenariat avec les Seychelles Parcs and Gardens Authority (SPGA) est en cours et aboutira en septembre 2022. Les enfants rencontreront les acteurs de la mission au moment de l’escale du S.A. Agulhas II à Mahé le 28 octobre prochain pour des échanges passionnants en perspective. Au cours de la préparation du projet, l’aire marine éducative de Monaco a apporté son concours et ses conseils. Le concept des aires marines éducatives est en plein essor actuellement dans différentes parties du monde.

    "À la suite de la session de snorkeling, nous entrons en profondeur dans les connaissances scientifiques : hier les activités portaient sur le nom des nageoires de poissons et les indicateurs de l’état de santé des récifs coralliens." Lola Massé, IRD, biologiste marin, médiatrice et coordinatrice du projet PAREO.

Pollution de surface, océan Indien

© MADCAPS - Adrien Fajeau