Une étude co-menée par l’UMR MIVEGEC décrit la première identification du variant alpha du SARS-CoV-2 chez des animaux domestiques. Testés après que leur propriétaire ait contracté la Covid-19, les chiens et chats ont aussi été infectés par le variant dit "britannique". Les animaux concernés présentaient également tous une suspicion de début de myocardite et certains ont développé des signes de maladie cardiaque.

Testés positifs à la Covid-19, les propriétaires ont développé des symptômes respiratoires plusieurs semaines avant que leurs animaux ne tombent malades. Cette étude pose la question du lien entre les symptômes cardiaques observés chez ces animaux et l’infection par le virus.

Infection de chiens par le SARS-CoV-2

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Une investigation franco-britannique

Ce travail scientifique rapporte une étude réalisée entre décembre 2020 et mars 2021 sur des chiens et des chats présentés en consultation pour des symptômes cardio-vasculaires dans une clinique vétérinaire spécialisée en cardiologie située à Buckinghamshire à 85 km au Nord-Ouest de Londres en Angleterre. Cette étude s’inscrit dans le cadre d’une collaboration entre l’équipe de la clinique vétérinaire The Ralph Veterinary Referral Centre et l’équipe de l’unité MIVEGEC?Université de Montpellier-IRD-CNRS.

Infection de chats par le SARS-CoV-2

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Atteinte du cœur

Alors que la deuxième vague épidémique de Covid-19, notamment due à la propagation massive du variant alpha, faisait rage en Angleterre, « les scientifiques ont constaté une augmentation surprenante de cas de myocardite?La myocardite est une inflammation du myocarde, le plus souvent causée par l'infection du myocarde par un virus. Le myocarde forme la masse principale du cœur. C'est un muscle strié, épais et creux capable de se contracter de manière rythmique et involontaire. aiguë chez des chiens et des chats, sans antécédents cardiaques, se manifestant principalement par une apathie, une dyspnée d’origine cardiaque, parfois une syncope et une arythmie ventriculaire », rapporte le Dr Luca Ferasin de la clinique vétérinaire The Ralph Veterinary Referral Centre, premier auteur de l’étude. Aucun signe respiratoire de type grippal n’a été observé chez les animaux qui ont évolué vers la guérison après leur traitement. L’incidence des cas de myocardite observés dans cette clinique vétérinaire est passée de 1,4% à 12,8% (8,5% chez les chats et 4,3% chez les chiens) entre décembre 2020 et février 2021. Leurs propriétaires avaient développé des symptômes respiratoires 3 à 6 semaines plus tôt, et un diagnostic de COVID-19 positif a été mis en évidence pour certains d’entre eux.

Infection de chiens par le SARS-CoV-2

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Des animaux infectés

Des prélèvements naso-pharyngés et rectaux réalisés sur 6 chats et un chien au moment des symptômes ainsi que des prélèvements sanguins chez 2 chats et 2 chiens réalisés 2 à 6 semaines après la disparition des signes cliniques ont été envoyés à l’équipe d’Eric Leroy à Montpellier. « Les analyses virologiques et sérologiques réalisées sur ces échantillons biologiques ont mis en évidence, pour la première fois à cette époque, l’infection des animaux par le variant alpha, anciennement désigné B.1.1.7 et dit "anglais" », conclue le Dr Eric Leroy, chercheur IRD à l’UMR MIVEGEC et co-auteur de l’étude. Outre le fait de démontrer que les animaux de compagnie peuvent être infectés par le variant anglais, ces résultats suggèrent une pathogénicité?Pouvoir pathogène, capacité (d'un agent infectieux) de causer une maladie. de ce variant qui rappelle des effets observés chez l’Homme.

Compte tenu de la plus grande contagiosité démontrée de ce variant qui s’est désormais propagé dans le monde entier, cette étude relance le débat sur l’implication des animaux de compagnie dans la propagation de la pandémie et renforce la nécessité de mettre en place une stratégie « une seule santé » dans la lutte globale contre la COVID-19.


 

Publication : 
Ferasin, L, Fritz, M, Ferasin, H, Becquart, P, Corbet, S, Gouilh, M, Legros, V and Leroy, E. 2021. Infection with SARS-CoV-2 variant B.1.1.7 detected in a group of dogs and cats with suspected myocarditis. Vet Rec.;e944. https://doi.org/10.1002/vetr.944

 

Aller plus loin :

Contact communication : communication.occitanie@ird.fr
 

Contact science : Eric Leroy, UMR MIVEGEC eric.leroy@ird.fr