Depuis 2016, Alice Noël Tchoumkeu Pendeme est doctorante à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD). Sociologue de formation, elle a choisi d’étudier la santé de la reproduction chez les jeunes handicapés dans son pays d’origine, le Cameroun. Son parcours académique, marqué dès l’adolescence par une volonté d’aider les autres, sort des sentiers battus. Rencontre avec un jeune talent de l’IRD.

Portrait d'Alice Noël Tchoumkeu Pendeme, doctorante ARTS.

© IRD - Daïna Rechner

« Rien ne me prédestinait à faire de la recherche », prévient Alice. « Je rêvais de devenir médecin. Malheureusement, j’avais de grosses difficultés en mathématiques ! Comme je rêvais de travailler pour aider les autres, j’ai pensé devenir assistante sociale ». Son frère, qui l’estime prédisposée à faire des études supérieures, lui suggère de s’inscrire en sociologie. Pour celle qui, déjà à 16 ans, comprend la nécessité d’éduquer les jeunes à la sexualité, c’est une révélation. Après sa maîtrise, elle intègre le Master « Population et Santé » de l’Institut Supérieur des Sciences de la Population de Ouagadougou, au Burkina Faso. En parallèle, elle obtient une bourse de la Fondation Bill Gates pour réaliser sa formation. Son intérêt pour la recherche commence à naître. Cette année-là, elle réalise un mémoire sur « L’éducation parentale à la sexualité des jeunes à Ouagadougou ».    

De retour à Yaoundé, elle est engagée en tant qu’assistante de recherche à l’Institut de Formation et de Recherche Démographiques (IFORD) sous la coordination de Gervais Beninguissé, démographe à l’IFORD. C’est à ce moment-là qu’elle rencontre Pierre de Beaudrap, épidémiologiste chargé de recherche au sein du Centre Population et Développement (CEPED), alors en détachement au Cameroun. Elle l’aide à monter un programme de recherches sur « Handicap et VIH », puis en devient la coordonnatrice pour le volet démographique. À la fin du projet, elle saute finalement le pas et postule à différentes bourses de doctorat.

 

Aujourd’hui, Alice Tchoumkeu est titulaire d’une allocation de recherche pour une thèse au sud (ARTS), un programme de renforcement des capacités de recherche dans les pays du Sud financé par l’IRD sur une période de 3 ans. Elle réalise son doctorat sous la direction de Myriam de Loenzien, démographe à l’IRD, également chargée de recherche au CEPED, et Pierre de Beaudrap. Elle étudie la santé de la reproduction, la sexualité et le risque vis-à-vis du VIH chez des jeunes handicapés à Yaoundé. Pour la jeune scientifique, la formation doctorale proposée par l’IRD offre plusieurs avantages : « Je suis inscrite à l’université en France, ce qui me permet de bénéficier d’un accès à des bases de données bibliographiques de pointe. Et en même temps, je peux être sur mon terrain de recherche, le Cameroun, 6 mois par an. C’est idéal pour appréhender la réalité de mon pays »

 

Pour son « après-thèse », Alice sait clairement ce qu’elle veut : « J’aime travailler auprès des personnes, j’aime être sur le terrain, j’aime la coordination des études. Actuellement, je mets toutes les chances de mon côté pour parfaire mes connaissances sur le handicap. À l’issue de mon doctorat, je souhaite faire de la recherche-action sur les questions de santé au sein d’une ONG car je sais que les résultats de mes études vont directement aboutir à une initiative. Je ne suis pas devenue médecin comme je le rêvais, mais je suis heureuse parce que je travaille sur des questions de santé des populations ».