En 2021, Lydie Kamga Messado entreprend un doctorat sur le lien entre les pollinisateurs et l’odeur florale des orchidées au Cameroun. Pour le réaliser, elle a reçu une Allocation de recherche pour une thèse au Sud (ARTS) de l’IRD. Aujourd’hui, ses travaux sont récompensés par le prix l’Oréal-Unesco Jeunes Talents Afrique subsaharienne Pour les Femmes et la Science 2023. Focus sur le parcours d’une doctorante, qui ne se fixe aucune limite.

Lydie Kamga Messado, doctorante lauréate du prix l'Oréal-UNESCO Jeunes Talents Afrique subsaharienne Pour les Femmes et la Science 2023.

© DR

Pour Lydie Kamga Messado, la recherche scientifique était une évidence. « J’ai toujours voulu être docteure, explique-t-elle. Mes parents, aujourd’hui à la retraite, étaient tous les deux chercheurs. Ils ne m’ont rien imposé. Ils m’ont simplement encouragé à ne jamais me mettre de limites. » Passionnée par les plantes, la jeune camerounaise choisit d’étudier la botanique et s’oriente vers un Master de biologie végétale à l’université de Dschang. Elle s’engage dans un stage sous la direction du Professeur Victor François Nguetsop, chef du département de biologie végétale de l’université, et de Vincent Droissart, chercheur à l’IRD au sein de l’UMR AMAP – botAnique et Modélisation de l’Architecture des Plantes et des végétations. Obtenant une bourse conjointe de l’IRD et du Congo Basin Institute, l’étudiante part réaliser son stage dans la Réserve du Dja, l'une des forêts humides  les plus vastes et les mieux protégées d'Afrique centrale. Elle travaille sur les modes de pollinisation de différentes espèces d’orchidées du genre Cyrtorchis, endémiques d’Afrique.

Orchidées du genre Cytorchis, endémiques d'Afrique centrale

© IRD - Vincent Droissart

« C’est là que j’ai vu une orchidée physiquement pour la première fois. J’ai été frappée par la beauté de cette fleur et son odeur, très forte et agréable. J’ai alors commencé à sentir systématiquement les plantes que je rencontrais. » Ce qui va donner une idée à Vincent Droissart : lui proposer de réaliser une thèse sur les parfums des orchidées.

 

Inscrite en thèse à l’université de Yaoundé I sous la direction du Professeur Bonaventure Sonké, Lydie monte un projet de recherche, avec l’aide de Florent Martos, chercheur au Museum national d’Histoire naturelle (MNHN), et de Vincent Droissart. Elle obtient un financement du Conservation Action Research Network, dans le cadre du programme Aspire Grant, et candidate dans la foulée à une Allocation de recherche pour une thèse au Sud (bourse ARTS). Et cela fonctionne ! En 2021, elle intègre pour 3 ans le programme de renforcement des capacités de recherche dans les pays des zones tropicale et intertropicale financé par l’IRD. « J’étudie les interactions entre les orchidées épiphytes – des orchidées qui utilisent d’autres végétaux comme support pour se développer – et leurs pollinisateurs. Je cherche notamment à savoir si le type de pollinisateurs est influencé par l’odeur de l’orchidée. » Pour répondre à cette question, la doctorante capture les parfums ! Leur analyse, grâce à la méthode Dynamic Headspace (DHS), permet de dissocier les molécules contenues dans les échantillons qu’elle collecte sur le terrain au Cameroun. « Les orchidées interagissent avec des champignons, des arbres et des insectes pour leur installation, leur survie et leur reproduction. Ce qui les rend très sensibles aux changements environnementaux. Or, leurs habitats naturels disparaissent rapidement. De plus, les orchidées sont victimes de la surexploitation à des fins commerciales et sont actuellement toutes protégées par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES). Si nous parvenons à mieux décrire leurs modes de pollinisation et de reproduction, nous serons plus à même de mettre en place des mesures de conservation efficaces », détaille Lydie. Cette volonté de préserver des espèces menacées rejoint l’objectif de développement durable 15, dédié à la vie terrestre, et notamment la cible 15.5.

Aujourd’hui, ses travaux lui valent d’être lauréate du prix Jeunes Talents Afrique subsaharienne L’Oréal-Unesco Pour les Femmes et la Science. « Ce prix est très encourageant et très motivant, se réjouit Lydie. Il est porteur de valeurs auxquelles je crois. Au-delà du financement, je vais recevoir différentes formations, dont l’une sur le leadership. Si les jeunes filles peuvent avoir des mentors femmes, cela va les encourager à étudier les sciences et dépasser des stéréotypes de genre ou s’affranchir de certaines contraintes liées à la culture, en particulier en Afrique. C’est ce qui me plait avec ce prix. » Pour son avenir, Lydie Kamga Messado n’a aucun doute. « Je serai enseignante-chercheuse. La suite sera donc tout naturellement de trouver un post-doctorat, qui me permette encore d’apprendre. Je ne me fixe aucune limite géographique ! »

Le Prix régional Jeunes Talents

Le Prix Jeunes Talents a pour objectif de contribuer à aider les femmes scientifiques à poursuivre leur carrière, et plus généralement de promouvoir et valoriser la place des femmes en sciences.

 

Les 30 chercheuses primées reçoivent un soutien financier pour les aider à mener leur projet de recherche (dotations de 10 000 € pour les doctorantes et de 15 000 € pour les post-doctorantes). Mais le programme va au-delà d’une dotation financière : il leur propose également de suivre une formation complète en leadership. L’objectif de ces formations ? Contribuer au développement personnel et professionnel des Jeunes Talents, et leur donner des outils pour les aider à briser le plafond de verre et devenir de nouveaux rôles modèles féminins en science.

Lydie Kamga Messado sur son terrain de recherche, au Cameroun