Neyra Patricia Alvarado est enseignante-chercheuse au Colegio de San Luis (COLSAN), au Mexique. En janvier 2017, la scientifique a reçu une subvention de l’IRD pour développer ses travaux. Passionnée d’anthropologie, curieuse de l’ethnologie française, c’est en France qu’elle obtient son doctorat en 2001. S’ensuivent plusieurs années où elle va acquérir une solide expertise en recherche sur le terrain. Des années qui vont l’amener à se poser des questions aussi bien sur la pratique même de l’anthropologie au Mexique que sur certains concepts que cette science mobilise.

Portrait de Neyra Patricia Alavarado, responsable de la JEAI "ChildHerit".

© DR

L’enfance et les enfants sont au cœur du projet pour lequel le Professeur Alvarado a reçu un financement pour constituer une Jeune équipe associée à l’IRD, la JEAI ChildHerit. Pour la composer, elle a choisi de travailler de concert avec Charles-Édouard de Suremain, chercheur à l’institut au sein de l’UMR « Patrimoines locaux et gouvernance », et Elodie Razy, scientifique au sein du Laboratoire d’Anthropologie Sociale et Culturelle de l’Université de Liège (ULg). Neuf autres membres les ont rejoints, 2 chercheurs et 7 doctorants (mexicains, français et mauritaniens), affiliés à l’IRD, au COLSAN ou à l’ULg, tous spécialisés en anthropologie ou en histoire. Ce partenariat scientifique international est l’aboutissement de plusieurs années de collaboration entre la chercheuse mexicaine et l’Europe, notamment la France et la Belgique. Le choix de l’IRD comme soutien de ce partenariat n’est pas anodin. « L’IRD est un organisme de recherche reconnu. Obtenir un appui financier de sa part peut ouvrir les portes d’autres institutions », explique-t-elle. Outre ces considérations, la chercheuse voit dans l’obtention de ce financement un encouragement scientifique de la part de l’IRD, et la manifestation de l’intérêt sur la longue durée de la France pour le Mexique.

L’équipe ambitionne de montrer que patrimoine, enfance et développement doivent être pensés conjointement. S’inscrivant au cœur de transmission de pratiques, de savoirs, de valeurs et de richesses, aussi bien matérielles qu’immatérielles, la place de l’enfance et le rôle des enfants dans la sauvegarde du patrimoine ont peu été étudiés. Un paradoxe pour la scientifique : « Lorsque j’ai commencé à étudier les mouvements de circulation des tziganes habitant le nord du Mexique, je me suis rendue compte que les enfants participaient pleinement à la vie de ces communautés, notamment à la réalisation de spectacles. C’est alors que j’ai commencé à conduire une réflexion sur une conception plus universelle du patrimoine et de l’enfant. »

 

Un an après le début de la période de financement, plusieurs étapes ont déjà été franchies. Un premier atelier méthodologique a été conduit, ainsi qu’un séminaire international sur l’éthique ethnographique avec les enfants. « L’histoire de l’anthropologie au Mexique est marquée par des controverses. En cause notamment, le projet de Teotihuacán mené pendant des décennies auprès des communautés indiennes, sous la tutelle de l’État. Avec ce financement JEAI, l’IRD nous soutient dans l’effort de reconstruire les relations entre l’anthropologie et le politique, à partir d’études fondées sur des enquêtes de terrain, participatives et co-construites avec les acteurs, qui prennent en compte la diversité ethnique et sociale du Mexique. » Ce projet se fonde donc sur un partenariat équitable avec la population locale. Un nouveau diplôme intitulé « Enfants, familles et institutions », à destination des professionnels de l’enfance, est également en cours d’élaboration au COLSAN. À terme, l’objectif de l’équipe est de fonder un réseau international qui mette en lien chercheurs et problématiques d’Amérique latine, d’Europe, d’Afrique et d’Asie autour de l’enfance et des enfants dans le développement.


Les travaux de Neyra Patricia Alvarado ont fait l'objet d'un Binôme, création théâtrale fruit d'une collaboration entre la scientifique, un auteur de théâtre et des artistes.