Les parcs nationaux d’Afrique de l’Ouest, autrefois réserves d’exploitation forestière ou cynégétique, transformés en réservoirs de biodiversité par les politiques environnementales contemporaines, souffrent d’un déficit de légitimité auprès de leurs riverains. Ces derniers y voient le plus souvent de vastes domaines encore vierges d’exploitation agricole, perspective paradoxalement encouragée dans le cas ivoirien par les politiques de développement nationales misant prioritairement sur l’expansion des monocultures (cacao, palmier à huile, hévéa) et par divers actes de déclassement depuis le milieu du XXe siècle.

Parallèlement, leur pertinence écologique en tant que dispositifs de séparation des populations locales et de la faune n’est pas toujours démontrée, en ce qu’ils produisent parfois les effets inverses de ceux recherchés, c’est-à-dire une augmentation des contacts homme-faune sauvage. A la suite de recherches menées par l’IRD et ses partenaires ivoiriens dans les années 1990, nous proposons de réexaminer les pratiques et politiques patrimoniales de la nature (appropriations d’espaces protégés en rapport avec les modalités de tenure foncière) et leurs conséquences tant sociales qu’environnementales, ceci dans un contexte aujourd’hui transformé par les années de conflits (2002-2011). Ces recherches ont aussi des implications directes pour la circulation interspécifique d’agents pathogènes et l’émergence potentielle d’anthropozoonoses, car le discours biomédical sur les causes écologiques de la transmission du virus à l'homme emprunte ses modèles aux approches conservationnistes caractérisées par la persistance d'un fort dualisme entre nature et société : le grignotage des forêts par l'agriculture a pour effet d'accroître la fréquence des contacts entre hommes et animaux et, par voie de conséquence, les risques associés aux anthropozoonoses. Il faut donc s'attendre au renforcement des dispositifs institutionnels de séparation entre humains et animaux. Notre JEAI veut interroger la pertinence de ce modèle, également endossé par une majorité de décideurs politiques, au moyen de connaissances ethnographiques, écologiques et épidémiologiques concernant les dynamiques sociales et spatiales des relations hommes-faunes sauvage dans et autour de quatre parcs nationaux ivoiriens. Ces connaissances peuvent non seulement contribuer à prévenir les anthropozoonoses mais aussi à repenser le rôle des pratiques locales dans l'élaboration des politiques éco-sanitaires

  • Responsable
    • M. Kouamé Atta, Institution de rattachement Institut des sciences anthropologiques de développement (ISAD), Université Félix Houphouët-Boigny

     

  • Correspondant
    • M. Leblan Vincent, Patrimoines locaux et gouvernance / PALOC, Abidjan, Institut des sciences anthropologiques de développement (ISAD), Université Félix Houphouët-Boigny
  • Disciplines scientifiques

    Anthropologie, microbiologie
     

     

  • Mots-clés

    Patrimoine naturel, conservation, gouvernance, anthropozoonose

Période de soutien : 2019-2021