Depuis les dernières décennies dans les pays d’Afrique du Nord et Moyen Orient et en particulier en Tunisie, dans le contexte de la transition alimentaire et nutritionnelle, des inflexions majeures dans les modes de
vie (notamment en lien avec la transformation des systèmes alimentaires) ont été observées. Cela a résulté en une augmentation rapide et importante du surpoids, de l’obésité et des maladies chroniques associées (par exemple, en Tunisie deux tiers des femmes et la moitié des hommes adultes sont en surpoids, plus d’un adulte sur dix présente un diabète), avec de fortes inégalités, entre autres, socio-économiques et géographiques. Se rajoutant à des contraintes bioclimatiques et environnementales fortes propres à la Tunisie, on a là des obstacles majeurs sur le chemin vers la durabilité (notamment dans les dimensions sociales et de santé, mais aussi en lien avec les enjeux environnementaux et économiques du changement des systèmes alimentaires dans le cadre de la transition). Du point de vue opérationnel, la prévention de l’obésité et des maladies chroniques associées est une priorité de santé publique affichée pour le gouvernement tunisien.

Depuis les années 1990, en Tunisie un nombre significatif d’études épidémiologiques spécifiques ou de systèmes de collecte de données de routine ont conduit à collecter des données sur différents groupes de population, sur des échantillons de grande taille, des informations à différents niveaux de la chaîne causale, allant des facteurs socio-économiques, aux facteurs de mode de vie (ex. alimentation, activité physique) jusqu’aux indicateurs de maladies chroniques (obésité, diabète etc.), y compris, plus récemment, certains indicateurs en relation avec la durabilité de l’alimentation. Si ces données ont fait l’objet de valorisations significatives, la logique de projets a résulté en ce que les analyses et interprétations ne dépassent pas le contexte spécifique (aussi bien temporel que thématique ou géographique) à chaque projet. D’autre part, la plupart des analyses sont le plus souvent basées sur des modèles dans lesquels l’analyse de facteurs à différents niveaux du modèle causal n’est pas optimisée. Aussi, l’étude de certains facteurs socioculturels nécessite des compléments d’information de type qualitatif.

La JEAI TANIT se propose, pour une exploitation optimale et plus intégrée de ces données, de faire travailler ensemble les participants des différentes institutions partenaires sur un projet commun structurant :

  1. concevoir et/ou actualiser, à partir de sources bibliographiques et dires d’experts, un modèle conceptuel contextualisé de l’obésité et des maladies chroniques intégrant les différents niveaux de facteurs pour orienter l’organisation des données et les analyses.
  2. recenser et intégrer dans une base de données synthétique l’ensemble des données recueillies – ou disponibles en routine- en Tunisie, depuis les dernières décennies sur les maladies chroniques et leurs facteurs aux différents niveaux de la chaîne causale (incluant les facteurs de mode de vie dont l’alimentation). Dans la philosophie actuelle de la « science ouverte » vers une plus grande ouverture et partage des données, celles-ci pourront être partagées ou mises en ligne en fonction des contraintes (légales, éthiques).
  3. analyser ces données de façon innovante, notamment par des méthodes permettant une meilleure prise en compte des différents niveaux de facteurs pouvant interagir entre eux et de leurs relations de causalité (par exemple par des méthodes d’analyse de médiation ou de « path analysis »). On portera aussi une attention particulière aux effets différentiels en liens avec les inégalités géographiques, de genre, de niveau socio- économique (inégalités qui sont un enjeu très important en Tunisie).
  4. compléter, par des collectes/analyses spécifiques de données qualitatives de certains aspects socioculturels spécifiques non documentés dans ces données quantitatives (p.ex. le genre qui est documenté comme un déterminant important des inégalités de santé et de façon encore plus prégnante dans le contexte).
  • Responsable

    Pr. AOUNALLAH-SKHIRI Hajer, INSP (Institut National de la Santé - Tunisie) & Faculté de Médecine de Tunis, Université Tunis El Manar ; Tunis

  • Correspondant

    Pierre Traissac, UMR 266 MoISA - Univ Montpellier, CIRAD, CIHEAM-IAMM, INRAE, Institut Agro, IRD Montpellier Interdisciplinary center on Sustainable Agri- food systems (Social and nutritional sciences)

  • Disciplines

    Nutrition, maladies chroniques, épidémiologie, biostatistique, sciences sociales

  • Mots-clés

    Tunisie, obésité, maladies non transmissibles, analyse causale, données

Période de soutien : 2022-2024