Alors que le pays a dû imposer des mesures de confinement et de restriction des déplacements dues à la crise sanitaire, Paul-André Calatayud et ses collègues ont dû s’organiser pour continuer leurs recherches et leurs travaux de laboratoire. Et pour cause : ils élèvent différents insectes qui nécessitent une attention quotidienne.

Paul-André est chercheur à l’IRD, affecté à l’International Centre of Insect Physiology and Ecology (icipe), à Nairobi, depuis 2016. Alternant entre télétravail et présence au laboratoire, les chercheurs se sont adaptés aux mesures mises en place au sein de l’organisme de recherche : port du masque, contrôle des températures, désinfection des mains et des instruments, etc.

Paul-André Calatayud.

© icipe

Grâce à tout cela, ils ont pu continuer à mener leurs recherches sur le contrôle biologique des ravageurs de culture. Les chenilles ravageuses du maïs entrainent en effet des dégâts importants pour les agriculteurs. Jusqu’ici, les pesticides sont utilisés, en France et au Kenya, et impactent grandement la santé humaine et environnementale. « Nous cherchons des solutions pour contrôler les populations de ravageurs de manière biologique, sans pesticides. Cela peut passer par l’utilisation d’insectes ennemis aux insectes ravageurs de culture comme des petites guêpes parasitant les ravageurs, appelées parasitoïdes » explique Paul-André.

Les ravageurs et leurs parasitoïdes sont ainsi élevés à l’icipe, en deux principales étapes, que les chercheurs réalisent chaque semaine.

Cages de ponte des ravageurs.

© IRD - Paul-André Calatayud

  • Elevage des insectes hôtes des parasitoïdes : les chenilles ravageuses du maïs

Pour élever les parasitoïdes, rien de mieux que de leur fournir leurs insectes hôtes, élevés en laboratoire. Après avoir fait s’accoupler les papillons de nuit (les lépidoptères foreurs de graminées) mâles et femelles, ces derniers sont introduits dans des cages où les femelles pondent sur de fausses tiges de maïs en papier. Les œufs sont collectés et mis à part, jusqu’à l’éclosion. Les chenilles qui en résultent sont ensuite élevées sur du milieu artificiel reproduisant les composants trouvés dans le maïs, préparé par l’équipe IRD basée à l’icipe. Ce milieu contient, entre autres, du sucre, des vitamines et des protéines dans de l’agar-agar de façon à le rendre semi-solide.

Les oeufs de parasitoïdes éclosent et forment des cocons autour du ravageur.

© IRD - Paul-André Calatayud

  • Elevage des insectes parasitoïdes des chenilles

L’équipe IRD et ses partenaires de l’icipe ont identifié un des deux nouveaux insectes permettant de lutter contre les ravageurs du maïs. Ces guêpes parasitoïdes sont également élevées et multipliées à l’icipe. Pour cela, les chercheurs présentent une chenille à une femelle parasitoïde, qui y pond ses oeufs. Une fois la chenille parasitée, celle-ci est transférée dans le milieu artificiel, où elle continue faiblement à se nourrir. Après une dizaine de jours, les guêpes parasitoïdes sortent du corps de la chenille pour y former autour de celle-ci une masse de petits cocons. La chenille meurt. Ces masses de cocons sont collectées, mis à incuber jusqu’à l’émergence des guêpes adultes, qui prendront part à des séries de tests pour évaluer leur impact sur la population de ravageurs du maïs.

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Le contrôle biologique des ravageurs du maïs en vidéo :