Des scientifiques de l’IRD et leurs collaborateurs du Nigéria, des Pays-Bas et du Ghana ont évalué le futur risque d’inondation pour les populations de la côte ouest africaine. En croisant quatre scénarios du GIEC avec les données topographiques de la région, l’étude - pour certains pays - révèle un haut risque dont le facteur principal serait le développement socioéconomique à venir.

D’ici la fin du siècle, l’Afrique devrait accueillir 3,9 milliards de personnes. Face au risque d’inondation en Afrique de l’Ouest, des politiques d’adaptation localisées doivent être prises dès aujourd’hui.

Une urbanisation exponentielle

Les côtes ouest africaines sont des zones de très basse altitude abritant 30% de la population de la région et générant 56% de son PIB. Elles s’apprêtent à connaître un accroissement démographique considérable qui entraînera lui-même un essor des activités humaines et donc un nécessaire développement d’infrastructures, de logements et d’équipements. Sans mesures d’adaptation, les modèles étudiés montrent que le nombre de personnes exposées aux inondations sera multiplié par un facteur allant de 9 à 16 d’ici à 2100, selon les 4 scénarios du GIEC?Groupe Internationale d’Experts pour le Climat observés. Concernant la destruction des biens, il faut s’attendre à un facteur allant de x100 à x300. Pour Olusegun A. Dada, chercheur en sciences et technologies marines à l’Université Fédérale des Technologies au Nigeria, « ces résultats doivent être considérés comme une mise en garde quant à la nécessité de réglementer efficacement les futurs développements liés aux activités humaines le long du littoral. » En effet, il existe de grandes incertitudes quant à l’avenir de la gestion du développement urbain. Pour le moment, les villes ont plutôt eu tendance à s’étendre sur leurs côtés plutôt qu’à s’élever vers le haut. Un déploiement qui fait prévoir aux chercheurs que le tronçon côtier Côte d’Ivoire – Ghana – Togo – Bénin – Nigeria ne formera plus qu’une seule grande mégalopole, longue de 1600 km. Cinq cents millions de personnes devraient vivre entre Abidjan et Lagos d’ici la fin du siècle, ce qui en fera la plus grande zone continue et densément peuplée au monde.

Enfants jouant sur la plage en érosion (Saint Louis du Sénégal)

© Dano Roelvink, IHE-Delft – campagne COASTVAR 2016

Sans considérations environnementales

En parallèle de ce déploiement, l’activité humaine qui lui est associée vient fragiliser les sols et les écosystèmes côtiers. Lagos, qui connaît les changements les plus spectaculaires sur la côte, voit ses terres s’affaisser de 2 à 87mm/an. Phénomène qui devrait considérablement s’aggraver du fait de cette croissance rapide mais aussi du fait de l’exploitation du pétrole, du gaz et des eaux souterraines. Ces fluides sont prélevés de façon aveugle, ce qui « entraînera un affaissement dans des endroits où la pression démographique et les activités économiques sont élevées, augmentant les risques d’inondations côtières à un rythme quatre fois plus rapide que l’élévation du niveau de la mer », selon Rafaël Almar, géophysicien et océanographe à l’IRD. Non seulement le déplacement vers les côtes augmente la vulnérabilité des personnes venant s’exposer mais il réduit de plus la protection naturelle et les services qu’offrent les écosystèmes côtiers. Les plages et dunes, mangroves, les estuaires, les deltas, les zones humides, les récifs coralliens présents le long des côtes verront la pression déjà exercée par les activités humaines augmenter. Pourtant, ils sont à la base d’activités économiques importantes telles que le tourisme et la pêche ; ainsi que des barrières naturelles contre les inondations.

Quai des pêches avec pirogues et filets (Saint Louis du Sénégal)

© Dano Roelvink, IHE-Delft – campagne COASTVAR 2016

Mesures de réduction des risques

Bien que pour certains pays, le risque d’inondation soit plutôt lié au phénomène de montée des eaux pour d’autres, le facteur développement est dominant. Trois pays concernés (Côte d’Ivoire, Bénin, Nigeria) accueilleraient à eux seuls 75% des personnes exposées dans la région dans le scénario GIEC à plus hautes émissions. Et 75% des biens en ajoutant le Ghana. Cette situation dangereuse appelée à s’empirer d’elle-même démontre qu’elle est liée à des facteurs interdépendants. Ainsi, « pour atténuer les effets de l'élévation du niveau de la mer, il sera nécessaire de s’attaquer simultanément à plusieurs vulnérabilités », analyse Donatus Agnuureng, chercheur au Centre de gestion des côtes au Ghana. Les scientifiques appellent à des politiques de relocalisation, de restriction de développement urbain dans les zones à haut risque ainsi que de réglementation en faveur de la préservation de ces zones naturelles. Aujourd’hui, des promoteurs immobiliers obtiennent des permis de construire des logement résidentiels exclusifs sur des zones humides. Il est donc primordial de mettre en place un plan d’adaptation aux inondations prenant en compte le développement actuel et avec comme première ligne : la conservation de l’environnement.


Publication : Olusegun A. Dada, Rafael Almar, Pierre Morand, Erwin W. J. Bergsma and Donatus B. Angnuureng, Philip S. J. Minderhoud.  2023. Socioeconomic development change, rather than sea level rise, forms the main hazard for the future West African coast. Nature Communications Earth & Environmenthttps://doi.org/10.1038/s43247-023-00807-4

La parole à Benjamin Sultan, conseiller scientifique climat à l'IRD - "villes, urbanisation et climat" :

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