Une équipe de scientifiques a analysé la composition des aérosols sur la côte namibienne. L'atmosphère contient de la fumée provenant des incendies de biomasse ayant eu lieu en Angola, mais également en Amérique du Sud.

L'étude, publiée dans le Atmospheric Chemistry and Physics Journal, montre également la grande variabilité de la composition des aérosols atmosphériques en Namibie.

 

Basés à Henties Bay, sur la côte namibienne, les scientifiques ont effectué de multiples mesures afin de pouvoir déterminer la composition chimique de la troposphère (de la surface de la Terre à environ 6 km au-dessus du niveau de la mer) du 22 août au 12 septembre 2017. Un lidar, qui permet de mesurer les aérosols dans la colonne atmosphérique grâce à un laser, et un photomètre solaire ont été utilisés pour décrypter les aérosols depuis le sol. D'autres données ont été obtenus par un système lidar aéroporté, utilisé lors de deux vols opérationnels, et par des instruments spatiaux.

 

Des aérosols naturels, d’autres anthropiques

Nuages au dessus de la côte namibienne.

© CNRS - Paola Formenti

La région est caractérisée par la complexité de la composition en aérosol. Les incendies d'origine humaine ou naturelle dans les pays voisins créent des aérosols de biomasse brûlée, comme la fumée. Les aérosols naturels comprennent la poussière minérale de la côte namibienne, de l'Etosha Pan et du Makgadikgadi Pan au Botswana, ainsi que les embruns marins. Les aérosols peuvent également avoir une origine humaine, comme c'est le cas pour la pollution provenant des industries de toute l'Afrique australe, des activités portuaires et des émissions des navires.

« La composition chimique des aérosols dépend de leurs sources d'émission. Selon cette composition,  les effets radiatifs des aérosols sur l'océan Atlantique et leur impact sur le climat est différent : c'est donc un paramètre crucial à comprendre », explique Dr Paola Formenti, chercheure au CNRS et spécialiste des aérosols d'Afrique australe.

Lancement de l'instrument mesurant la taille des particules porté par ballon.

© CNRS - Paola Formenti

Cette étude est la première à montrer une forte variabilité temporelle de la composition des aérosols, apportés par différentes trajectoires prises par l'air. Au cours de la campagne de mesure, trois périodes ont été identifiées, d’après leurs compositions distinctes et une épaisseur optique croissante.

La première période montre une faible épaisseur, associée aux masses d'air de l'Angola voyageant le long des côtes namibienne et angolaise. L'épaisseur intermédiaire observée lors de la deuxième période est due à la poussière du Pan d'Etosha mélangée à des aérosols des feux d'Angola, qui ont circulé au-dessus de l'océan. Au cours de la troisième période, les masses d'air d'Angola ont été transportées directement en Namibie, créant ainsi une forte épaisseur d'aérosols.

 

Des fumées venues d’Amérique du Sud

Les scientifiques d'AEROCLO-sA à bord du FAFIRE Falcon 20 pendant le vol du 6 septembre 2017.

© Marco Gaetani - CNRS/LATMOS/LISA

La publication souligne la contribution des feux venus du sud du Brésil, de l'Argentine et de l'Uruguay à la composition des aérosols au dessus d’Henties Bay. Le Dr Formenti confirme : « les 6 et 7 septembre, nous avons observé une forte densité de fumée, qui peut être associée à des feux de de forêt en Angola mais aussi à des incendies s’étant déroulés du 1er au 4 septembre dans le sud du Brésil, en Argentine et en Uruguay ». Présente dans les couches d'aérosols les plus hautes (entre 5 et 6 km au-dessus du niveau de la mer), cette fumée traverse l’océan Atlantique en 3 à 6 jours, suivant 4 voies de transport.

 

Référence

Patrick Chazette et al., Evidence of the complexity of aerosol transport in the lower troposphere on the Namibian coast during AEROCLO-sA, Atmos. Chem. Phys., 19, 14979–15005, 2019.