178 - Sahel : une sécheresse persistante - Institut de recherche pour le développement (IRD)

© IRD / Olivier Barrière Brûlis de terre agricole en vue de la mise en place de zones d'abattis (environs de Elahé, village amérindien Wayana). L'agriculture sur brûlis est un système agraire dans lequel le transfert de fertilité se fait par le feu, éventuellement après une période de jachère longue. C'est un mode de culture qui peut conduire à une dégradation durable des sols. Indigo 44480  

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178 - Sahel : une sécheresse persistante

juin 2003

Fiches d'actualité scientifique

© IRD / Jean Pouget Paysage des environs de Khartoum Indigo 15718  

Depuis 1970 environ, le Sahel ouest africain subit un déficit pluviométrique sans précédent au XXe siècle.

Depuis 1970 environ, le Sahel ouest africain subit un déficit pluviométrique sans précédent au XXe siècle. Les conséquences de plusieurs années successives de sécheresse, en particulier en 1973 puis en 1983-84, se manifestent non seulement sur les paysages (désertification [1], variations de surface et de profondeur du lac Tchad, modifications sensibles du débit de certains cours d'eau, variations de niveaux de nappes…), mais aussi et surtout sur les activités humaines : agriculture, alimentation en eau potable, projets hydrauliques... L'arrivée bénéfique de deux années humides en 1994 et 1999 ont conduit experts et scientifiques à s'interroger : ces années constituent-elles le signe tangible de la fin de la sécheresse prolongée ? Les mesures des précipitations collectées pendant plus d'un siècle et les études menées par les chercheurs de l'IRD montrent qu'il s'agit, statistiquement parlant, d'un signe trop ténu pour considérer que la sécheresse était terminée ou en voie de l'être, à la fin de l'année 2000.

Dès la création en 1946 du Service Hydrologique de l'Orstom, aujourd'hui IRD, les chercheurs et techniciens se sont attachés à collecter, entre autres, les relevés journaliers de l'ensemble des stations météorologiques et pluviométriques des Etats d'Afrique de l'Ouest et centrale. Outre la création de banques de données informatisées disponibles dans treize pays africains, de nombreuses études de synthèse ont été et sont encore effectuées grâce à ces données, parmi lesquelles la publication d'une carte d'isohyètes [2] moyennes annuelles sur le sous-continent. Cette dernière met en particulier en évidence un net déplacement vers le sud des isohyètes caractéristiques de la zone sahélienne (300 à 750 mm de pluie par an) entre deux périodes 1951-1969 (humide) et 1970-1989 (sèche). La sécheresse qui a commencé vers 1970 au Sahel se caractérise ainsi principalement par une extension géographique importante et par des successions d'assez nombreuses années déficitaires.
En analysant les données enregistrées pendant plus d'un siècle (1896-2000) sur 21 stations pluviométriques, les chercheurs de l'IRD ont défini un indice représentatif des précipitations annuelles au Sahel et ont établi les moyennes décennales de cet indice (voir graphique ci-après).

Cet indice met en évidence au cours du XXe siècle plusieurs périodes de sécheresse ou d'excédent pluviométrique ayant persisté pendant cinq années successives et plus : sécheresse de 1910 à 1916 [3] (7 années), excédents de 1950 à 1967 (18 ans), déficits pluviométriques de 1970 à 1974 (5 ans), enfin une nouvelle sécheresse de 1976 à 1993 (18 ans), la plus longue et la plus intense du siècle.

La présence de deux années humides en 1994 et 1999 acependant conduit les chercheurs à se demander si elles pouvaient constituer le signe de la fin de la sécheresse qui persiste depuis le début des années 1970. Pour répondre à cette question, les chercheurs ont effectué plusieurs analyses statistiques sur l'indice des précipitations, d'une part, et sur les séries des observations à chaque station pluviométrique, d'autre part. Ils ont également analysé la répartition dans le temps et l'extension géographique des années sèches de la décennie 1990. Si la décennie 1980 apparaît nettement comme la plus déficitaire, les années 1990 présentent à l'échelle du siècle une moyenne très déficitaire, voisine de la décennie 1970, et ceci malgré la survenue bénéfique des deux années pluvieuses 1994 et 1999. Les conclusions de ces travaux conduisent ainsi à considérer que ces événements plus humides ne représentent pas un retour vers des conditions climatiques persistantes plus favorables. Selon les chercheurs, il ne sera possible d'annoncer la fin de la sécheresse qu'en prenant en compte statistiquement les années à venir, et ce, sur une plus longue période comprenant les deux décennies qui ont précédé le début de la sécheresse.

Rédaction : DIC - Marie-Lise SABRIE / Yann L'HÔTE, hydrologue

(1) La Convention des Nations Unies pour la lutte contre la désertification, ratifiée en 1996 par plus de 50 états, donne la définition suivante : "Le terme désertification désigne la dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et sub-humides sèches par suite de divers facteurs, parmi lesquels les variations climatiques et les activités humaines."

(2) Ligne géographique d'égales précipitations.

(3) La sécheresse des années 1910, centrée sur l'année 1913, quoique moins bien documentée, a présenté ce caractère de vaste extension géographique, elle a duré sept années successives qui sont cependant isolées dans le temps, à l'inverse de la période récente, depuis 1970.