Le lancement de la JEAI AMAWE « Vulnérabilité sociale dans les plaines d’inondation de l’Amazonie centrale dans le contexte des changements climatiques et environnementaux » a eu lieu le 8 mars à Tefé.

 

Vue aérienne de la communauté Sao Raimundo, Réserve Mamirauá

© Débora Hymans

Contexte

Les plaines d’inondation et les zones humides d’Amazonie fournissent d'importants services écosystémiques, notamment les ressources essentielles pour les populations locales. Les crues annuelles de la région ont également une importance majeure pour le climat régional et les cycles de l’eau et du carbone à l’échelle globale.

Cependant, depuis plusieurs décennies, le cycle hydrologique du bassin de l'Amazone subit des changements massifs. Il a été mis en évidence, par exemple, une augmentation des précipitations dans les parties septentrionales du bassin qui se traduit par une augmentation de ~25 % de l'étendue maximale des inondations dans le bassin depuis 1980. Cette situation a culminé avec le niveau d'eau le plus élevé jamais enregistré à Manaus en juin 2021. Mais les inondations ne représentent qu’une partie des changements observés, puisqu’au cours de l’année 2023, le fleuve a été confronté cette fois à une sécheresse historique, probablement la plus intense des dernières décennies.

Alors que les basses eaux de la saison sèche chutent, les hautes eaux de la saison des pluies augmentent et ces changements risquent de s'intensifier à mesure que le climat mondial se réchauffe. Inondations et sécheresses extrêmes pourraient ainsi être la nouvelle norme pour l’Amazonie, mettant à l’épreuve ses populations et ses écosystèmes.

Système d’observation des hauteurs d’eau dans les plaines d’inondation

© Ayan Fleischmann

Par conséquent, les populations locales, et plus particulièrement les communautés des zones reculées du bassin amazonien, sont confrontées à une grande vulnérabilité sociale.  L’insécurité alimentaire s’est accrue en raison de multiples facteurs, tels que les difficultés de pêcher pendant la saison des hautes eaux et l'inadaptation des cultures aux inondations prolongées. Par ailleurs, les processus de sédimentation importants sont responsables de la perte de biens lorsque les berges s’érodent ou créent de grandes plages qui peuvent isoler complètement les communautés pendant les sécheresses extrêmes.

Malgré de nombreuses actions menées à différentes échelles pour s’attaquer aux problèmes, il reste urgent de mieux comprendre la vulnérabilité sociale associée à ces bouleversements dans une approche interdisciplinaire, qui intègre l'impact des changements environnementaux, climatiques (inondations et sécheresses extrêmes) et paysagers (érosion fluviale et sédimentation) sur les communautés amazoniennes.

Ceci représente l’objectif principal de la JEAI AMAWE.

Objectifs

Le projet vise en effet à progresser sur nos connaissances actuelles concernant les changements climatiques et environnementaux en cours dans le paysage des plaines d'inondation amazoniennes, à caractériser la vulnérabilité sociale associée, et à promouvoir le codéveloppement de stratégies d'adaptation grâce à des méthodologies interdisciplinaires et des résultats scientifiques rigoureux.

 

Déroulement en 3 étapes interconnectées :

1) Sciences de la Terre : caractérisation des changements environnementaux en cours grâce aux techniques de télédétection et à la surveillance in situ pour comprendre la variabilité hydroclimatique passée et actuelle à différentes échelles spatio-temporelles ;

2) Sciences sociales : analyses des impacts sociaux et des vulnérabilités grâce à la cartographie participative, à des ateliers et des entretiens avec les communautés locales sur leur perception des impacts et des adaptations liées aux changements environnementaux en cours ;

3) Co-développement avec les communautés locales de stratégies d'adaptation et renforcement des capacités grâce à des ateliers et des cours de formation, développer l'engagement des populations dans la surveillance hydrométéorologique, et la diffusion des informations obtenues dans les médias locaux et sur les réseaux sociaux.

Ainsi, à terme, la JEAI fournira des bases solides pour promouvoir, avec des moyens innovants, la préparation, l'adaptation et la résilience des communautés face aux changements en Amazonie et permettre le développement de politiques publiques adéquates.

Campagne terrain de mesure in situ du débit

© Ayan Fleischmann

Le projet sera développé dans les réserves de Mamirauá et d'Amanã (dont la superficie combinée est supérieure à celle de la Belgique) au cœur de l'Amazonie. La JEAI , portée par Ayan Fleischmann, sera principalement hébergée à l'Institut Mamirauá, une organisation associée au Ministère brésilien de la Science, de la Technologie et de l'Innovation (MCTI) située à Tefé et qui travaille depuis plusieurs décennies à co-développer avec les communautés locales des connaissances scientifiques et technologiques novatrices, pour la conservation et le développement durable de la région, avec le plus haut niveau d’éthique et de responsabilité, et qui respectent les connaissances traditionnelles des habitants. La JEAI intègre aussi des participants de l’Université d’état de l’Amazonie (UEA) et de l’IRD (LEGOS, IGE).

Développement durable

À travers ses recherches et résultats, la JEAI contribuera à plusieurs objectifs de développement durable (ODD), tels que ceux liés à l'eau propre et l'assainissement (ODD 6), au changement climatique (ODD 13), à la technologie pour la gestion durable (ODD 14) et aux partenariats (ODD 17).

Les membres de la JEAI s’engagent à promouvoir la parité et l’égalité professionnelle femme/homme au sein de l’équipe, et encouragent la formation d’étudiantes et chercheures dans leurs activités.

 

Enjeux multidisciplinaires : Géo-resources et durabilité ; Eau comme bien commun, Changement climatique

Objectifs de Développement Durable : eau propre et l'assainissement (SDG 6), changement climatique (SDG 13), la technologie pour la gestion durable (SDG 14) et les partenariats (SDG 17).

Porteur : Ayan Santos Fleischmann (ayan.fleischmann@mamiraua.org.br)

Correspondant IRD: Fabrice Papa (fabrice.papa@ird.fr)

La JEAI comporte 20 membres (11 hommes, 9 femmes)