Avec le changement climatique, l’habitat des anchois le long de la côte ouest mexicaine et californienne pourrait fortement se comprimer, impactant toute la chaîne alimentaire et les activités socio-économiques liées à la pêche. 

Une équipe internationale?Université de Washington (UW), Université de Californie (UCLA), Institut de recherche Californien - Southern California Coastal Water Research Project Authority (SCCWRP) de chercheurs dont fait partie le Laboratoire d’études en géophysique et océanographie spatiales (LEGOS), a mis en évidence, à partir de simulations numériques et d’observations historiques, que le réchauffement climatique et la désoxygénation de l’Océan menacent la diversité et la productivité de l’écosystème marin. 

Cabo San Lucas à l'extrémité de la Basse Californie (Mexique)

© IRD - Yves Boulvert

L’habitat océanique de l’anchois se réchauffe

La côte ouest californienne est caractérisée par la présence de vent saisonniers parallèles à la côte qui induisent des résurgences d’eau froide et riche en nutriments. Elle compte ainsi un grand nombre d'espèces océaniques comme par exemple l’anchois et le poisson de roche. « La côte Californienne connaît cependant d’importants changements aux échelles annuelles mais aussi décennales car les eaux profondes qui sont remontées à la surface changent avec les fluctuations naturelles et anthropiques du climat » explique Lionel Renault, océanographe au LEGOS. Dans un contexte d’évolution de leur habitat, la préservation de ces espèces s’avère cruciale d’un point de vue aussi bien écologique qu’économique.

Des poissons en manque d’oxygène

La plupart des poissons et des invertébrés des océans augmentent leur consommation d'énergie lorsque l'eau se réchauffe. Cela signifie qu'ils ont également besoin de plus d'oxygène pour respirer et alimenter leur activité. Lorsqu'ils n'ont pas assez d'oxygène, à une température donnée, ils souffrent d'hypoxie et ont ainsi du mal à agir normalement, c’est à dire manger, se déplacer et se reproduire. Alors que les besoins précis de chaque espèce restent inconnus, des expériences en laboratoire ont aidé les scientifiques à mieux cerner la gamme de leurs besoins. 

Dans cette étude, « des simulations océaniques numériques couplées physique-biogéochimie nous ont permis dans un premier temps de montrer comment les variations de température et d'oxygène de l’Océan aux échelles saisonnières et décennales pouvaient comprimer ou étendre l'habitat potentiel dans lesquels des espèces marines peuvent obtenir suffisamment d'énergie pour se développer » précise Lionel Renault.  Des observations historiques sur les anchois confortent cette analyse en confirmant que les changements observés d’habitats et de présence de larves d’anchois correspondent étroitement aux changements prévus dans l'habitat potentiel. La limitation de l’habitat par hypoxie semble donc régir la population des anchois.

 

Projection de la contraction de l’habitat des anchois

© Lionel Renault

Le volume de l'habitat aérobie est calculé à chaque latitude en fonction du climat historique (1995-2010 ; ligne noire) et du climat futur (2100 ; lignes pointillées). Les seuils de disparition potentielle sont définis à l'aide d'un critère écologique (abondance larvaire historiquement faible; ligne rouge plate) et d'un critère physiologique plus strict (absence d'habitat aérobie; ligne noire plate). 

Migration des anchois

© David Checkley

Une migration vers le Pacifique pour trouver refuge

Nous avons alors utilisé cette hypothèse pour projeter la façon dont les habitats des anchois pourraient être altérés par les changements climatiques causant la désoxygénation des océans d'ici 2100, dans le cadre d'un scénario d'émissions de carbone « business as usual ».  Si les anchois réagissent aux changements futurs comme ils l'ont fait à la variabilité du climat au cours des dernières décennies, ils pourraient perdre une grande partie de leur habitat actuel le long de la côte du Mexique et du sud de la Californie et se déplaceraient vers le nord de la côte Pacifique pour trouver refuge en hors de leurs habitats actuels. La limitation par hypoxie pourrait varier selon l’espèce de poisson considérée. Ces changements seraient dramatiques pour toute la chaîne alimentaire mais aussi pour les activités de pêche. 

Publication :

Howard, Evan M., Justin L. Penn, Hartmut Frenzel, Brad A. Seibel, Daniele Bianchi, Lionel Renault, Fayçal Kessouri, Martha A. Sutula, James C. McWilliams, and Curtis Deutsch. Climate-driven aerobic habitat loss in the California Current System. Science Advance 6, no. 20, 2020. DOI: 10.1126/sciadv.aay3188

Contact scientifique : Lionel Renault, IRD, UMR LEGOS, lionel.renault@ird.fr 

Contact communication : Julie Sansoulet, Fabienne Doumenge, Délégation Régionale Occitanie

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