Une étude menée par une équipe pluridisciplinaire dont un chercheur de l’UMR Espace-Dev livre les résultats d’une évaluation inédite de la valeur monétaire des mangroves dans les DROM-COM*. A travers les multiples services qu’elle rend, la mangrove représenterait chaque année environ 1,6 milliards d’euros.

Eparpillée sur trois océans et neufs territoires d’outre-mer, la mangrove française est un écosystème précieux à plus d’un titre. Encore faut-il en connaître l’étendue, les forces et les faiblesses.

Mangroves à travers le monde

© Trégarot et al., 2021

Un état des lieux à grande échelle

La mangrove est un écosystème à l’interface entre terre et mer. Il couvre 87733 hectares dans les territoires français d’outre-mer?9 sur 12 : Guadeloupe, Guyane, Iles Eparses, La Réunion, Martinique, Mayotte, Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Saint-Barthélémy, Saint-Martin, Wallis-et-Futuna où il préserve l’intégrité physique des côtes, stocke le carbone atmosphérique, purifie l’eau en absorbant le nitrate, contribue au bon fonctionnement des récifs coralliens et constitue une nurserie à poisson et crustacés. Grâce a des images satellites de haute résolution, les chercheurs français et anglais ont cartographié les mangroves avec une grande précision. « La dernière cartographie mondiale de caractérisation des mangroves date d’il y a 10 ans », déclare Thibault Catry, chercheur à l’IRD et co-auteur de ce travail. Ces nouvelles images ont permis d’évaluer la surface des mangroves pour chaque territoire, la quantité de carbone séquestré et le taux d’artificialisation lié aux infrastructures humaines environnantes. Ces différents paramètres entrent dans la construction de l’indice de vulnérabilité créé par les auteurs.

Mangroves amazoniennes en Guyane

© IRD - Christophe Poizy

Valeur économique des services écosystémiques

Ayant un impact majeur sur l’évolution climatique, la capacité des mangroves à capturer le carbone atmosphérique est le paramètre principal de cet indice. Pour estimer la valeur économique de ce stockage, les économistes se sont basés sur ce que coûterait la réduction des émissions de CO2. Leur activité représenterait une économie de 938 ± 427 millions d’euros par an sur l’ensemble des territoires d’outre-mer. Les Antilles et la Guyane arrivent en tête, représentant plus de 69 % de la valeur totale, suivies par les îles de l’océan Pacifique (30 %). « Le pouvoir de séquestration de la mangrove française compense les émissions annuelles de carbone des territoires d’outre-mer », ajoute Thibault Catry. Une aubaine au vu des enjeux climatiques actuels. Cet écosystème a aussi la capacité de protéger les côtes des vagues, et donc les infrastructures humaines, générant une économie de plus de 440 millions d’euros par an. Concernant le traitement visant à éliminer le nitrate présent dans les eaux usées, l’absence de mangroves coûterait 109 millions d’euros. Quant à la biomasse abritée, elle atteindrait plus de 10 tonnes de poissons par an pour un revenu de près de 89 millions d’euros. Au-delà de ces chiffres qui contribueront à changer le regard porté sur cet écosystème, la méthodologie mise au point par l’équipe est applicable à d’autres territoires de la planète.

Mangrove impactée par l'activité minière en Nouvelle-Calédonie

© IRD - Cyril Marchand

Un écosystème sous pression à préserver

Mais ces services écosystémiques désormais chiffrés pourraient fondre comme neige au soleil si la mangrove se détériore sous l’effet de diverses perturbations. L’indice de vulnérabilité, prenant en compte l’artificialisation des milieux et la sensibilité de la mangrove aux modifications de l’environnement, offre la possibilité de mesurer ce que l’on risque de perdre. « C’est important de considérer la mangrove dans un système global qui intègre les paramètres liés aux actions anthropiques », précise Thibault Catry. Les îles des Antilles sont les territoires où la mangrove est la plus vulnérable à cause de l’important secteur industriel, résidentiel et agricole à proximité. Pour y remédier, le projet CaribCoast vise à co-construire, avec les partenaires caribéens, des approches de surveillance, de prévention des risques côtiers et d’adaptation au changement climatique. « A l’IRD, nous sommes impliqués sur la cartographie de l’état de santé des mangroves, des herbiers marins et des récifs coralliens pour produire des indicateurs du rôle de ces écosystèmes dans la protection côtière contre l’érosion », ajoute le chercheur. Que ce soit écologiquement ou économiquement, préserver la mangrove représente donc un enjeu majeur actuel. L’indice de vulnérabilité représente un premier pas vers une meilleure gestion de ces écosystèmes.

* Une réforme constitutionnelle a remplacé le nom des Départements d'Outre-Mer et Territoires d'Outre-Mer (DOM-TOM) par les Départements ou Régions français d'Outre-Mer (DROM) et les Collectivités d'Outre-Mer (COM)

Publication : Trégarot, E. Caillaud, A., Cornet, C.C., Taureau, F/, Catry, T., Cragg, S.M., Failler, P. Mangrove ecological services at the forefront of coastal change in the French overseas territories, Science of The Total Environment, https://doi.org/10.1016/j.scitotenv.2020.143004

 

Aller plus loin

Contact science : Thibault Catry, IRD, UMR Espace-Dev thibault.catry@itd.fr


Contacts communication : Théo Tzélépoglou, Fabienne Doumenge, Julie Sansoulet communication.occitanie@ird.fr