La résolution des défis mondiaux actuels nécessite un travail réellement collectif où chacun apporterait sa part d’expertise. Encore faut-il trouver une façon de dépasser la diversité des points de vues. Un chercheur d'ECO&SOLS et un spécialiste de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification se sont associés à des professionnels de l'intelligence collective et des pratiques collaboratives pour proposer un « outil » conceptuel qu’ils ont testé en grandeur réelle.

Face aux impacts des activités humaines sur notre planète, il est urgent de se retrousser les manches et de s’engager sur la voie de la durabilité.

© IRD - Jean-Luc Chotte

Dépasser la multiplicité des points de vue pour œuvrer ensemble

Trouver des solutions durables aux défis mondiaux tels que la perte de biodiversité, le changement climatique ou l’émergence de pandémies, nécessite un travail réellement collectif auquel chacun peut contribuer, qu’il ou elle vienne d’une communauté académique, de la société civile, du secteur privé, d’une agence de développement, ou d’un établissement financier. A l’intrication des problématiques doit répondre la capacité des humains à réagir en intégrant toutes les composantes. L’agenda 2030 et les 17 ODD procurent certes une feuille de route mais concrètement comment s’y prendre ? Comment faire dialoguer des scientifiques de disciplines différentes ? ou bien des scientifiques et des non scientifiques ? Il faut partir d’un matériau sémantique commun. Plus facile à dire qu’à réaliser ! « Nous avons fait l’exercice de tenter de dégager un socle commun entre nos champs disciplinaires?biotechnologies des plantes / droit de l’environnement / éducation à l’environnement / sciences du sol, raconte Jean-Luc Chotte, co-auteur de la publication.  Un constat : même à 4 ce fut difficile ! »

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Un outil transversal qui aide à structurer la réflexion et l’action

Dès 1979, un architecte américain d’origine autrichienne, Christopher Alexander, avait développé des « patrons de conception ou patterns » permettant de documenter un problème, une solution, une expertise. Les quatre co-auteurs s’en saisissent pour, disent-ils « résoudre les problèmes épineux de la science de la durabilité ». « Notre approche originale s’appuie sur les collaborations Nord/Sud et Sud/Sud et nous l’avons testée au cours de trois ateliers participatifs interdisciplinaires », explique le chercheur, spécialiste du sol à l’UMR ECO&SOLS. Cet outil d’intelligence collective consiste à co-construire une architecture souple, adaptable, évolutive, qui pose les idées, concepts, que les participants trouvent utiles, essentiels. Le patron construit doit être assez général pour s’appliquer à différents champs mais assez spécifique pour être opérationnel. Un processus pas à pas (en 10 étapes définies) a été mis au point pour guider les participants et les aider à dépasser les différentes visions des multiples acteurs. Les ateliers?Atelier sur les ODD 6-12-15 = 40 participants au Maroc ; Atelier sur les ODD 3-13-15 = 25 participants à Montpellier ; Atelier sur les ODD 11-13 = 30 participants en Côte d’Ivoire. étaient organisés autour de 3 nexus ODD repérés avec à chaque fois des participants de 4 à 6 secteurs différents de la société. Les éléments dégagés par le 1er atelier ont été enrichis par les expériences de terrain, les suggestions des uns et des autres puis retravaillés, affinés, complétés au 2e puis au 3e en boucles itératives. Ce travail collectif a également été nourri par les contributions en ligne de 200 personnes.

100 concepts pour les sciences de la durabilité

Le processus a accouché de 100 patterns (processus de co-construction en cours), classés par commodité en 8 genres?approche scientifique (28 items), stratégie (18), structure des ateliers (16), méthodes facilitatrices (12), astuces fluidifiantes (20), outils numériques (11), conditions permettant l’opérationnalité (7), recyclage des connaissances (13)  d’après leur type d’action. Concrètement, chacun des patterns peut contribuer, à son échelle, à une démarche en science de la durabilité. Par exemple, le pattern « cartographie des dialogues » décrit une méthode qui peut servir à relier et mettre en perspective les points de vue d'acteurs de cultures très différentes afin de détecter aisément les points de convergence ou de divergence et faciliter une compréhension réciproque. « Ces patterns peuvent être vu comme des briques de base qui peuvent être utilisées de manière combinée », ajoute Lilian Ricaud, du Collectif Animacoop. Ainsi, les chercheurs qui s'engagent dans des approches de science de la durabilité disposent donc d’une boite à outils présentant un panel de micro-solutions pouvant être testées et réutilisées dans différents contextes. Pour autant cette collection de patterns représente plus qu'une simple liste de bonnes pratiques. En effet, les patterns peuvent produire des effets différents selon le contexte où ils sont utilisés et selon les autres patterns auxquels ils sont associés. Cet aspect "vivant" et adaptatif est essentiel pour s'attaquer aux problèmes complexes et interdépendants auxquels sont confrontées en permanence les sciences de la durabilité et pour lesquels il n'existe pas une solution simple et unique. « Les utilisations potentielles d’un tel outil sont énormes. L’outil est en constante évolution, il faut continuer à affiner la description de chaque élément et il reste encore un grand travail d'expérimentation et de documentation », conclut Jean-Luc Chotte.


Publication : Ricaud L., Thibon Maxime, Marseault L., Chotte Jean-Luc. 2021. Pattern languages as a design tool to tackle "wicked problems" in sustainability science. Gaia, 30 (4), 237-242. https://doi.org/10.14512/gaia.30.4.6 

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Contacts science : Jean-Luc Chotte, IRD, UMR ECO&SOLS
Président du Comité Scientifique Français de la Désertification
jean-luc.chotte@ird.fr
 

Lilian Ricaud, Collectif Animacoop
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Contacts communication : Fabienne Doumenge, Julie Sansoulet
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