Des travaux récents révèlent une forte fréquence de résistance aux antibiotiques sur les animaux en Afrique, de même qu’une méconnaissance par les éleveurs africains du phénomène d’antibiorésistance et du bon usage des antibiotiques. Compte tenu de la demande croissante en protéines sur le continent, comme dans le reste du monde, cette situation constitue un problème majeur de santé publique.  Les auteurs de cette publication, à laquelle a contribué l’IRD, emmenés par François Roger, chercheur au Cirad, et Christian Ducrot, chercheur INRAE, plaident pour des politiques de sensibilisation et de régulation de l’usage des antibiotiques qui tiennent compte des défis spécifiques aux petites exploitations africaines.

Bien que l’Afrique soit le continent qui utilise le moins d’antibiotiques en élevage*, les données montrent une forte prévalence de la résistance chez les bactéries isolées à partir d’animaux d’élevage et de produits animaux.

Pour des politiques de lutte contre l’antibiorésistance en Afrique

Un examen narratif de la littérature et une réflexion menée par le Cirad et ses partenaires (INRAE, ILRI, IRD et Université de Copenhague) proposent des pistes pour expliquer cette situation dans le Journal of Emerging Infectious Disease. Des entretiens qualitatifs avec des agriculteurs montrent un manque de connaissances du phénomène d’antibiorésistance et une utilisation non informée des antibiotiques. Compte tenu du développement de l’élevage pour répondre à une demande croissante en protéines, ces pratiques constituent un sérieux problème de santé publique.

Des mesures adaptées aux petits éleveurs

Il est impératif d’améliorer simultanément l’accès aux médicaments vétérinaires tout en renforçant la réglementation de leur utilisation sur les animaux. Cela passe entre autres par des leviers incitatifs et réglementaires. Les scientifiques plaident pour des mesures adaptées aux défis spécifiques auxquels font face les agriculteurs familiaux en Afrique.

« D'un côté, l'utilisation d'antibiotique dans les grands élevages commerciaux doit être réglementée. De l’autre, les exploitations familiales peinent à accéder aux traitements sanitaires et aux conseils vétérinaires professionnels. Cela entrave leur capacité à changer leurs pratiques de soin, à adopter des innovations et à faire face à des réglementations et des normes de production plus exigeantes », souligne François Roger à l’origine de ces travaux.

Les scientifiques proposent une approche globale ciblant le système agroalimentaire, incluant l’accès à la formation, au conseil et aux médicaments, ainsi que des interventions techniques innovantes adaptées aux agriculteurs familiaux.

Comme le mentionne Christian Ducrot, « il convient de souligner que l'application effective de ces politiques dépend d'un facteur clé : la minimisation des impacts sanitaires et socio-économiques négatifs sur le niveau de vie des agriculteurs, notamment dans les régions les plus vulnérables. »

L’antibiorésistance, un phénomène sans frontières

L’antibiorésistance est un défi planétaire, mais encore trop souvent sous-estimé. Ce phénomène de développement de bactéries résistantes aux antibiotiques est principalement dû à l’usage abusif de ces médicaments en élevages terrestres ou aquacoles. Il serait d’ores et déjà responsable de plus de 700 000 décès humains chaque année.

L’Organisation mondiale de la santé a déclaré l’antibiorésistance comme l’une des 10 principales menaces planétaires pour la santé publique. La semaine dernière, le « Global Leaders Group on Antimicrobial Resistance » appelait tous les pays à une réduction importante et urgente du recours aux antibiotiques dans les systèmes alimentaires mondiaux.

 

* Selon les données officielles ajustées en fonction de la biomasse animale


Publication : Ducrot C, Hobeika A, Lienhardt C, Wieland B, Dehays C, Delabouglise A, et al. Antimicrobial Resistance in Africa—How to Relieve the Burden on Family Farmers. Emerg Infect Dis. 2021;27(10):2515-2520. https://doi.org/10.3201/eid2710.210076

 

Source : CIRAD