La petite ville touristique de Lamu (patrimoine mondial UNESCO), sur la côte kényane, a accueilli un nouveau type de visiteurs début septembre. Des dizaines de scientifiques spécialistes des mangroves venus du Kenya et d'ailleurs ont participé au premier workshop du projet « Mikoko » (mangrove en Swahili), au cœur d’une région entourée de cet écosystème unique.

Mikoko, projet financé par le Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères français, a une grande ambition : améliorer la connaissance pour conserver et réhaibiliter les forêts de mangroves du Kenya, qui reculent depuis les vingt dernières années dû au changement climatique, à l’augmentation du niveau de la mer, à l’agriculture et à l’industrie côtière. Ce premier workshop a rassemblé plus de 80 scientifiques venus de 4 continents, avec un programme à l’image du projet : ambitieux et complet. « Les discussions sont très diversifiées et riches ! » témoigne Stéphanie Duvail, spécialiste des deltas à l’IRD, basée au Mozambique. 

Ateliers, discussions et travaux de groupe ont rythmé les trois jours de séminaire. Les connaissances sur la gestion des mangroves étant très nombreuses, l’expérience des scientifiques venus du Cameroun, du Mozambique, d'Indonésie, d'Inde, du Mexique et de Nouvelle-Calédonie et des conservateurs forestiers de toute la côte kényane ont été particulièrement enrichissantes.

Les communautés au cœur du projet

Les participants au workshop regroupés devant le Fort de Lamu.

© IRD / Cécile Bégard

Parmi les participants au workshop, de nombreux représentants du gouvernement local (« county ») et des communautés environnantes ont fait entendre leur voix. Ils ont partagé leur expérience et leur connaissance de la mangrove, où ils vivent et travaillent chaque jour. Ils souhaitent s’impliquer dans le projet et être considérés comme des parties prenantes à part entière. 

« Ce qui est bien dans le projet Mikoko, c’est que les communautés sont impliquées dès le départ», a déclaré Lucy Kiboi, deputy director of corporate service, au Kenya Forest Service (KFS). Les institutions partenaires du projet ( IRD, Cirad et Kenya Forest Service) ont en effet à cœur d’intégrer les savoirs et techniques des communautés locales pour le succès du projet. « A Lamu, tout repose sur la mangrove : pêche, bois, tourisme, protection des côtes, etc. Nous allons donc mener une recherche basée sur la communauté, qui connait et dépend de la mangrove » a souligné David Williamson, représentant de l’IRD en Afrique de l’Est.

Les participants ont pu expérimenter les effets des politiques de conservation sur les mangroves, lors d’une visite de terrain proche de Lamu. Entre les zones où les mangroves sont dégradées et là où elles ont été réhabilitées par le Kenya Forest Service, la différence est notable. Bien gérées et suivies, les forêts de mangroves peuvent se régénérer et protéger tout un écosystème.

Place à l’action

Après ce premier workshop, les scientifiques sont prêts à passer à l’action.

Trois axes mèneront le projet : recherche, formation et diffusion des connaissances. Le premier aidera à déterminer les défis que pose la gestion des forêts de mangrove au Kenya et à trouver des solutions. L'établissement d'un observatoire naturel en tant que site pilote pour la recherche, pour tester des techniques de réhabilitation et pour la sensibilisation de la population locale devrait contribuer à renforcer les connaissances sur cet environnement. Les formations, destinées au personnel du Kenya Forest Service, permettront un transfert et un renforcement de capacités aux agents quotidiennement sur le terrain.

Enfin, communiquer sur les mangroves est crucial pour engager les populations dans la protection de ces écosystèmes et pour sensibiliser les futures générations, qui à leur tour, auront à gérer les forêts de mangroves. Une plateforme en ligne sera disponible et accessible à tous, permettra d'organiser les données d'études qui seront menées à différentes échelles (du paysage à l'espèce), de capitaliser et de créer du lien entre différents types d'informations et de faciliter l'accès et la réutilisation des données et des outils issus du projet. Grâce à l'engagement et à la participation citoyenne, une information complète et diversifiée va émerger et sera intégrée à la base de connaissance.