La dixième et dernière mission MARACAS (Marine Mammals of the Coral Sea) s’est déroulée du 29 juillet au 9 août à bord de l’Amborella, navire du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.

Cela faisait 4 ans que les scientifiques de l’IRD et de l’association Opération Cétacés spécialistes des mammifères marins ne s’étaient pas rendus aux récifs des Chesterfield, à la limite ouest du parc naturel de la mer de Corail. Le but de cette ultime campagne en mer : collecter suffisamment d’échantillons génétiques et de photographies de baleines à bosse pour établir définitivement l’origine des animaux visitant cet archipel reculé durant la saison de reproduction.

Ancien site de chasse baleinière au XIXème siècle, les récifs Chesterfield sont en effet reconnus comme une « Important Marine Mammal Area » par l’Union Internationale de la Nature, mais on ne sait pas à ce jour si les baleines à bosse qui s’y retrouvent pendant l’hiver austral appartiennent à la population australienne, en bonne santé et en forte augmentation, ou bien à la population calédonienne, appartenant au stock d’Océanie, toujours considéré comme en danger.

Echantillon de tissus collectés sur une baleine à bosse: le lard (en blanc) est séparé de la peau (en noir). Ces deux parties seront analysées séparement. La peau permettra d'obtenir le profil génétique et le sexe de l'animal; les taux d'hormones sexuelle

© Marine Reveilhac

Malgré le travail acharné de l’équipe embarquée, le nombre de baleines observé pendant les 7 jours passés sur place est demeuré faible. Seul 9 groupes de baleines ont été observés, pour un total de 14 individus. Des conditions météo difficiles et des animaux sensibles à l’approche du bateau ont limité la quantité de données collectées. Au total, ce sont 7 échantillons de peau qui ont pu être collectés et 7 baleines différentes qui ont pu être photo-identifiées grâce aux marques uniques qu’elles portent sur la face ventrale de leur nageoire caudale.

Déploiement d'un hydrophone manuel permettant de détecter et d'enregistrer les chants des baleines à bosse

© Marine Reveilhac

Cependant les données acquises pendant cette campagne n’ont pas fini de dévoiler leurs secrets. Les chants de baleines enregistrés par un hydrophone mouillé par 30 m de fond au sud du plateau des Chesterfield seront analysés afin de déterminer l’origine des mâles ayant produits ces chants. Le « tube » de l’année est-il calédonien ou australien ? Les analyses de bio-acoustique le diront peut-être !

Enfin, l’analyse des photographies de nageoires caudales a permis aux scientifiques de retrouver une vieille connaissance… En effet, parmi toutes les baleines photographiées, une seule a été reconnue, mais pas n’importe laquelle. La baleine « Sial », nom de code HNC1381, observée seule le dernier jour de la mission, avait déjà été observée et même balisée lors la mission MARACAS 3 conduite en 2017 aux Chesterfield et à Bellona ! Cette femelle est donc la seule baleine à avoir été revue dans cette région du parc au cours de différentes saisons de reproduction. Le gage d’une certaine fidélité à la zone ? Le mystère reste entier.

Cette campagne apporte la touche finale de l’important effort de recherche conduit sur les cétacés du parc naturel de la mer de Corail durant les 6 années du programme WHERE*.

 

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* Humpback Whale Habitat Exploration to improve spatial management in the natural park of the CoRal Sea.

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