Département : Département Sociétés et Mondialisation (SOC)

Contexte

Partout dans le monde, agriculteurs et consommateurs font de plus en plus le lien entre la préservation de l’environnement, la qualité de l’alimentation et leur santé. Les initiatives se multiplient autour des circuits courts, des marchés paysans et des foires de pays, des AMAP et autres réseaux associatifs. Il s’agit de favoriser la réduction du nombre d’intermédiaires entre producteurs et consommateurs et de défendre certains principes en matière d’environnement, d’éthique ou encore d’économie sociale, solidaire et responsable. Derrière ces tendances se cache une profonde transformation des rapports villes/campagnes et de la perception qu’ont les urbains de leur lien à la nature dans un monde où les déconnexions avec la ruralité sont nombreuses et profondes.

Dans un contexte où l’agroécologie est désormais présentée au niveau international comme une réponse crédible aux attentes sociales en matière d’alimentation saine, de préservation des ressources naturelles et de la biodiversité, d’emplois, etc. quels sont les processus socio-économiques, politiques et territoriaux liés à l’émergence d’exploitations se revendiquant de l’agroécologie dans les pays des rives sud et est de la Méditerranée, et en particulier au Maroc ?

On observe en effet à proximité des principales métropoles marocaines (Rabat-Salé, Casablanca, Marrakech, Agadir, Fès…) l’émergence d’initiatives pour promouvoir une agriculture agroécologique. Au départ individuelles et s’inspirant de pratiques et discours issus du Nord, ces initiatives tentent de se structurer « par le bas », sans réel appui des pouvoirs publics.

On parle d’agroécologie pour désigner non seulement ces initiatives assez récentes qui se déroulent en périphérie des grandes villes, mais aussi les activités traditionnelles d’une petite paysannerie familiale qui prédomine dans de nombreuses régions marginales (montagnes, oasis…). Ces exploitations, où les femmes jouent un rôle primordial, sont souvent trop pauvres pour acheter des intrants chimiques. Nous nous posons ainsi la question de savoir dans quelle mesure ce type d’exploitation est resté le garant d’une agriculture sans intrant chimique, mobilisatrice de savoir-faire spécifiques, et par conséquent susceptible d’être classée dans la catégorie de l’agroécologie.

Aujourd’hui, il est impossible d’apporter une réponse scientifique aux questions soulevées par le développement d’exploitations en agroécologie car aucune étude approfondie n’a été menée sur ce type d’exploitations au Maroc. Ce manque d’analyse réduit la visibilité de ces initiatives, à tel point qu’elles semblent inexistantes aux yeux de certains acteurs du secteur agricole. De fait, aucune donnée quantifiable n’est mobilisable pour les caractériser (coûts de production, emplois, investissement, chiffres d’affaires, marges…). 

Objectifs de l'observatoire

Sur la base de l’intérêt croissant constaté, et dans l’idée de rendre visible ces autres modes de production agricole, le projet d’OAEM vise à animer un dispositif de collecte, d’analyse, de suivi des données et d'évaluation des performances des initiatives en agroécologie au Maroc pour l’aide à la décision des acteurs territoriaux (agriculteurs, politiques, bailleurs, etc.). Il s’agira de connaître les tenants et aboutissants techniques, économiques, sociaux, environnementaux et organisationnels de ces agricultures, de les suivre dans le temps et d’en évaluer leurs performances.

Pour répondre à cet objectif et entamer la construction de l’OAEM, le projet s’appuie actuellement, pour une phase pilote, sur l’existence d’un réseau fonctionnel de producteurs volontaires dans le bassin versant du Bouregreg. Il a vocation, par la suite, à s’étendre à d’autres villes et lieux du Maroc. Des stages d’étudiants se sont déroulés et, sous la coordination de Quentin Ballin (désormais recruté à l’AFD à Paris), un draft de Plan de gestion des données (PGD) de l’observatoire a été élaboré.

Plusieurs enjeux, concernant des intervenants variés, sous-tendent l’objectif principal du projet :

  • permettre aux agriculteurs/trices souhaitant faire évoluer leurs pratiques agricoles d’avoir à leur disposition des outils pertinents d’analyse de leur situation ;
  • permettre aux agriculteurs/trices en agroécologie déjà en activité d’utiliser des outils de suivi  comptable de leur exploitation s’ils le souhaitent ;
  • permettre aux consommateurs de mieux comprendre comment sont élaborés les prix des produits et les conduites des cultures ;
  • permettre aux autres acteurs du monde agricole de proposer une ou des définitions de ce qu’est l’agroécologie au Maroc ;
  • permettre aux décideurs politiques et autres acteurs du monde agricole d’utiliser des données scientifiques pertinentes pour réfléchir le développement de ce type d’agriculture à différentes échelles territoriales.

Coordination

  • Bruno Romagny  , économiste, directeur de recherche IRD, UMR LPED
  • Mohammed Aderghal , géographe, directeur du laboratoire « Ingénierie du Tourisme, Patrimoine et Développement durable des Territoires » -LITOPAD, Université Mohammed V de Rabat
  • Annie Mellouki, Présidente du Réseau des Initiatives Agroécologiques au Maroc ( RIAM)

Partenariats

  • Réseau des Initiatives Agroécologiques au Maroc ( RIAM)
  • LITOPAD, Faculté des Lettres et Sciences Humaines, Université Mohammed V de Rabat ( FLSH - UMV)
  • LMI MediTer
  • IRD
  • CIRAD

Publications

  • Aderghal M., Lemeilleur S., Romagny B., 2019. Contribution des systèmes de distribution alimentaire à la sécurité alimentaire des villes : étude de cas sur l’agglomération de Rabat (Maroc). Notes techniques AFD, n° 48. https://www.afd.fr/fr/nt-48-systeme-alimentaire-qualite-sanitaire-aderghal-lemeilleur-romagny
  • Braun A., 2017.Diagnostic agraire de la commune de Shoul, dans la zone périurbaine de Rabat. Mémoire de fin d’étude, ENSAM (mémoire réalisé en accueil au LITOPAD / LMI MediTer)
  • Grippon F., 2018.Logiques et potentiels de diffusion de l’agroécologie pour une contribution aux enjeux territoriaux de l’arrière pays immédiat de Rabat, Maroc. Mémoire de fin d’étude de l’ISTOM, école supérieure d’agro-développement international (mémoire réalisé en accueil au LITOPAD / LMI MediTer).
  • Grippon F., Romagny B., Aderghal M. Michon G. L’essor de l’agroécologie au Maroc : quelques enseignements tirés du proche arrière-pays de Rabat. Communication au forum Origine, Diversité et Territoires « Agroécologie : transitions multiples des territoires », 5-6 décembre 2019, Lausanne, Suisse.  https://origin-for-sustainability.org/  
  • Lemeilleur S., Aderghal M., Jenani O., Binane A., Romagny B., Moustier P., 2019.  La distance est-elle toujours importante pour organiser l’approvisionnement alimentaire urbain ? Le cas de l’agglomération de Rabat.Papiers de Recherche AFD, n° 2019-91.  https://www.afd.fr/fr/la-distance-est-elle-toujours-importante-pour-organiser-lapprovisionnement-alimentaire-urbain-le-cas-de-lagglomeration-de-rabat
  •  Romagny B. (coord.), 2018.Évaluation et chiffrage du rôle socioéconomique et immatériel des femmes dans les petites et moyennes exploitations agricoles du sud du Maroc. Rapport final de la consultance exécutée pour le Centre d’études et de recherches du Crédit agricole du Maroc (CERCAM), financée par l’AFD (CMA 1215 02F).
  • Salik K. 2019. L’agriculture  périurbaine dans les restructurations territoriales de la conurbation de Rabat-Salé-Skhirat-Témara. Quels facteurs d’adaptation en périphérie d’une métropole émergente ? Thèse de doctorat, Institut nationale d’Aménagement et d’Urbanisme (INAU), Rabat. 

Pour aller plus loin :

Unité(s) de recherche

151 - Laboratoire population-environnement-développement - (LPED )