Le nouveau programme prioritaire de recherche « Océan et climat » réunit les forces de la communauté scientifique française afin de mieux connaître cet écosystème et mieux le protéger. Les équipes de recherche mobilisées devront relever sept grands défis autour des enjeux du développement durable pour l’océan.

La recherche s’organise

L’océan est un écosystème menacé par le réchauffement climatique, la pollution, la surexploitation de ses ressources et la dégradation de ses habitats.

Pour mieux connaître et préserver ce milieu, le président de la République Emmanuel Macron a annoncé la création d’un programme prioritaire de recherche (PPR). Lancé ce 8 juin 2021, lors de la Journée mondiale de l’océan, le PPR « Océan et climat » bénéficie d’un budget de 40 millions pour une période de six ans.

Piloté par le CNRS et l’Ifremer, il est placé sous la responsabilité du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation et du Secrétariat général pour l’investissement.

Le conseil scientifique du PPR, constitué pour éclairer de façon indépendante le comité de direction sur la stratégie générale du PPR, sur sa mise en œuvre et sur l’animation scientifique associée, est présidé par Yunne Shin, directrice de recherche à l’IRD. Il compte également parmi ses membres Frédéric Ménard et Marie Bonnin, tous deux directeur et directrice de recherche à l’IRD.

Un océan de solutions

Le PPR « Océan et climat » est structuré autour de quatre zones géographiques définies : outre-mer, océan profond, océans polaires, écosystèmes côtiers de métropole ; et de trois priorités : la prévision de la réponse de l’océan au changement climatique et les scénarios d’adaptation, l’exploitation durable de l’océan et la préservation de sa biodiversité et de ses services

Sept défis interdisciplinaires ont été construits par le conseil scientifique du PPR, présidé par Yunne Shin. L’objectif sera pour la communauté scientifique de relever ces sept défis en proposant des projets ambitieux qui structureront les recherches françaises pour la décennie à venir autour des grands enjeux du développement durable pour l’océan :

  • Prévoir les impacts des phénomènes extrêmes liés au changement climatique en outremer pour guider les politiques territoriales : la bande intertropicale est une zone où il y a les plus grandes incertitudes lorsque l’on réalise des simulations de changement climatique. Les recherches viseront à comprendre dans quelle mesure l’augmentation de la fréquence des tempêtes et des vagues de chaleur marine aura un impact sur ces territoires ou quelle répercussion aura l’élévation du niveau de la mer sur les populations.

  • Intensifier les recherches dans les océans polaires, en pleine mutation et aux enjeux géostratégiques majeurs : l’Arctique se réchauffe trois fois plus vite qu’ailleurs et la banquise disparait. L’écosystème de cet océan est aujourd’hui extrêmement perturbé. Les océans polaires sont de plus au carrefour d’enjeux géostratégiques car ils abritent des ressources en hydrocarbure. Dans quelle mesure tous ces aspects toucheront ils les populations autochtones ?
     
  • Caractériser l’« exposome » océanique pour protéger les écosystèmes marins : l'exposome océanique recouvre la totalité des expositions à des polluants que subit ce milieu. Quel est l’ampleur de cet exposome et quel impact a-t-il sur l’océan et les espèces qui y vivent ?
     
  • Développer des programmes d’observation et de modélisation innovants pour mieux connaître l’océan : seule une partie infime de l’océan a été cartographiée avec précision sur un volume total de 1 370 millions de km3 et une surface de 360 millions de km2 . De même, seulement 270 000 espèces marines ont été identifiées sur un total de plusieurs millions.
     
  • Améliorer la protection et la résilience des milieux marins par le développement de nouvelles approches intégratives de gestion : il s’agira d’améliorer la protection et la résilience des milieux marins, au travers des Aires marines protégées (AMP) par exemple. Celles-ci peuvent avoir de vrais bénéfices pour la population, mais il faut mieux les étudier pour savoir comment en tirer tous les avantages.
     
  • Exploiter les ressources de l’océan en s’appuyant sur la science de la durabilité : notamment pour l’exploitation des grands fonds et de leurs réserves en ressources minérales. Comment les écosystèmes profonds sont-ils touchés ? Ce défi porte notamment sur la pêche. En 2020, 60 % des 400 000 tonnes de poissons débarqués en France métropolitaine provenaient de populations exploitées durablement, mais la surpêche touche encore 21 % des populations, et 2 % sont considérées « effondrées ».
     
  • Partager avec le grand public la découverte de l’océan et les enjeux sociétaux associés : toutes ces recherches auront peu d’incidence si la société n’est pas partie prenante. Aussi, le PPR souhaite impliquer fortement la société dans la protection et la valorisation de l’océan. Il est important de faire connaitre au plus grand nombre son état, mais également les réponses et les solutions que la recherche propose.