Initié par un botaniste de l’UMR AMAP, un projet de conservation des orchidées à Madagascar a permis de réaliser un état des connaissances sur cette famille charismatique mais en danger. Cette synthèse, financée par le National Geographic Society et l’American Orchid Society, est publiée dans Biodiversity Data Journal.

Une grande majorité des orchidées de Madagascar sont endémiques?dont l’aire de répartition est limitée à une zone, une région bien définie, ce qui les rend encore plus précieuses et vulnérables.

La culture sur brulis (tavi) Menaces pour la forêt et les orchidées malgaches

© IRD - Vincent Droissart

Une flore riche mais soumise aux pressions humaines

C’est un fait biologique, les îles abritent souvent une flore originale et Madagascar n’échappe pas à cette règle. Le dernier catalogue recensait 11500 espèces dont plus de 80% n’existent que sur la grande île. Mais cette diversité végétale est vulnérable du fait de son taux d’endémisme et parce que son habitat naturel subit une forte dégradation. Entre 1953 et 2014, 44% des forêts ont disparu, en grande partie pour laisser la place à des surfaces agricoles qui augmentent en proportion de la population et de ses besoins alimentaires. Les scientifiques sont confrontés à une course contre la montre : la vitesse de disparition des milieux naturels est alarmante alors même qu’une douzaine de nouvelles espèces sont découvertes chaque année. Bien que la famille des Orchidacées représente à elle seule 10% de la flore malgache, elle n’avait jusqu’à présent pas fait l’objet d’une étude synthétique portant sur sa diversité et sa répartition spatiale. C’est désormais chose faite dans le cadre du projet COMALO qui associait des scientifiques malgaches ainsi que le Missouri Botanical Garden et le New York Botanical Garden (USA).

Brigitte Ramandimbisoa en train d'identifier des spécimens d'orchidées avec un binoculaire

© IRD - Vincent Droissart

Recensement de grande ampleur

« Afin de construire une liste fiable des espèces présentes, livre Vincent Droissart, chercheur à l’IRD, nous nous sommes appuyés - entre autres - sur cinq sources de données d’herbiers qui totalisaient environ 10 000 points de collectes géolocalisés entre 1816 et 2021. » Sur cette base, les auteurs ont ensuite estimé le niveau de collecte par zone, des informations écologiques (période de floraison), la distribution de chaque espèce et son statut UICN qui affiche si celle-ci est en danger d’extinction par exemple. Ce travail minutieux aboutit à la reconnaissance de 913 espèces collectées à Madagascar dont 83,1% sont endémiques. Il faut savoir qu’un tiers de ces espèces ne sont représentées que par un spécimen d’herbier et/ou n’ont pas été collectées depuis plus de 50 ans. « L’analyse des données montre que les centres de diversité des orchidées se situent dans la Réserve naturelle intégrale de Tsaratanàna et dans le Parc national Ranomafana », avance Brigitte Ramandimbisoa, botaniste malgache au Missouri Botanical Garden, basée à Antananarivo. Travaillant sur cette famille depuis 2010, elle a identifié près de 2500 échantillons d'orchidées utilisés pour produire la base de données et les cartes publiées dans l'article.

Trois espèces d'orchidées en danger d'extinction recement évaluée par l'équipe du projet COMALO

© New York Botanical Garden - Simon Verlynde et Patrice Antilahimena

Des actions et mesures de conservation à long terme

Bien que la couverture du territoire soit inégale, la biodiversité en orchidées malgache semble bien documentée. Le projet COMALO II ne se limite pas à cet indispensable inventaire. « Notre équipe a mis en culture plus de 300 espèces d’orchidées dont la provenance est certifiée, construisant ainsi une collection vivante sous la responsabilité de notre collègue Brigitte Ramandimbisoa », ajoute Vincent Droissart. Une banque de graines vient compléter cette collection afin de contribuer à la conservation à long terme de la diversité en orchidées, en particulier en ce qui concerne les espèces les plus menacées. Deux cent vingt-six d’entre elles figurent sur la liste rouge de l’UICN dont 84% sont en voie d’extinction. D’ailleurs l’équipe du projet COMALO a rédigé plus d'une centaine d'évaluations pour cette liste mais ce travail ne fait que commencer puisque le statut de conservation de plus de 75% des espèces reste à définir. Pour la suite, les cartes produites serviront de base à l’identification des zones prioritaires à inventorier. Sans oublier les missions destinées à redécouvrir les spécimens rares et à les protéger. Toutes les données collectées pendant ce projet seront versées dans le Catalogue des plantes de Madagascar.


Publication : Droissart V, Verlynde S, Ramandimbisoa B, Andriamahefarivo L, Stévart T 2023. Diversity and distribution of Orchidaceae in one of the world's most threatened plant hotspots (Madagascar). Biodiversity DataJournal. https://doi.org/10.3897/BDJ.11.e106223


Aller plus loin Projet de conservation des orchidées

Contacts science : Vincent Droissart, AMAP vincent.droissart@ird.fr


Brigitte Ramandimbisoa, Missouri Botanical Garden (Antananarivo) brigitte.ramandimbisoa@mobot.mg


Contacts communication : Fabienne Doumenge, Julie Sansoulet communication.occitanie@ird.fr