S’étendant le long du Canal du Mozambique et traversé par 9 grands fleuves transfrontaliers, le Mozambique et ses 30 millions d'habitants doivent partager des ressources en eau douce limitées. Dinis Juizo est ingénieur en génie civile, spécialisé en hydrologie et en gestion des ressources en eau à l'Université Eduardo Mondlane, située à Maputo. Son travail consiste à identifier et à mettre en œuvre des outils garantissant l'accès à l'eau douce à tous les mozambicains, dans cette région de l'Afrique australe soumise à un fort stress hydrique. Partons à sa rencontre !

 

Ravis de vous rencontrer Dinis ! Pourriez-vous tout d'abord nous expliquer ce que fait un ingénieur en hydrologie ?

Les ressources en eau douce sont limitées. Le travail de l’hydrologue est d’estimer le volume des ressources en eau disponibles dans une zone spécifique et d’aider à concevoir des plans pour l’utilisation durable de cette eau.

Notre préoccupation principale est de prendre en compte l'environnement dans son ensemble. La construction d'un barrage sur une rivière pour la production d'électricité peut sembler être une solution parfaite dans les zones soumises à des climats variables comme le nôtre, car l'eau peut être stockée pendant les saisons des pluies et réutilisée en aval une fois qu'elle a traversé le barrage. Cependant, le barrage modifie les caractéristiques naturelles de l'environnement et peut avoir d'autres impacts négatifs.

Vous le voyez, l'eau est un sujet très complexe. Nous devons donc travailler avec de nombreux autres scientifiques pour fournir des analyses précises. Des chimistes, des géographes, des ingénieurs de l'environnement, des spécialistes des sciences sociales ou des spécialistes en agriculture apportent une contribution cruciale. Comme nous provenons d'horizons et de domaines différents, nous apprenons les uns des autres.

Scène de vie dans le sud du Mozambique.

© IRD/CNRS - Cécile Bégard

Pourquoi le Mozambique se doit-il de gérer ses ressources en eau ?

Le Mozambique est un pays en aval bordant l'océan Indien. Cela signifie que sur 15 fleuves transfrontaliers d’Afrique Australe qu’il partage, le pays est situé en aval pour 9 d'entre eux. Le Mozambique est ainsi le dernier à bénéficier du débit de 8 de ses fleuves partagés. D'autres pays en amont, comme l'Afrique du Sud ou le Zimbabwe, peuvent ainsi utiliser l'eau avant les Mozambicains. Par exemple, le fleuve Zambèze est le quatrième plus long fleuve d'Afrique. Il traverse 8 pays, dont le Mozambique en dernier, qui reçoit un débit différent selon les prélèvements en amont.

En plus de cela, certaines régions du sud du Mozambique (provinces de Gaza et d'Inhambane) bénéficient de très faibles précipitations annuelles et deviennent de plus en plus arides. Le partage de l'eau est ainsi un sujet majeur pour le pays, sa population et son environnement.

 

Est-ce pour cela que vous êtes choisi d’être scientifique?

Tout à fait ! Après mes études à Maputo et aux Pays-Bas, j'ai choisi de me spécialiser dans les eaux souterraines. À cette époque, le Mozambique sortait d’une guerre civile et la plupart des gens n'avaient pas accès à l'eau. L'extraction de l'eau souterraine était le moyen le plus rapide d'assurer l'approvisionnement des zones rurales. Quelques années plus tard, j'ai décidé de me spécialiser dans les eaux de surface et de poursuivre mes études avec un doctorat en Suède, avant de revenir ici pour les raisons que j'ai expliquées plus tôt. Mieux connaître nos rivières permet aux scientifiques et aux décideurs politiques d’avoir des outils pour assurer un accès équitable à l'eau. Je me sens utile pour les Mozambicains.

Dinis Juizo lors de la visite d'une station de gestion de l'eau au Japon.

© Autorisation d'utilisation de Dinis Juizo

Quelle forme prend votre collaboration avec l'IRD?

L'IRD est un partenaire de longue date des études environnementales au Mozambique. Je travaille au quotidien avec Stéphanie Duvail, géographe à l'IRD. Je coordonne actuellement la jeune équipe associée à l'IRD dédiée à l’élaboration d’outils et d’approches innovants pour la gouvernance des ressources naturelles. Cette équipe interdisciplinaire étudie la rivière Incomati et le débit nécessaire pour le développement des communautés et pour que l'environnement puisse fournir ses services habituels. J’apporte également une contribution en hydrologie à trois autres projets dirigés par l'IRD sur les zones côtières de l'Afrique australe et de l’Est.

De nombreux étudiants et jeunes chercheurs bénéficient de ces projets dans la région. Mes partenaires et moi sommes vivement engagés dans la formation de la nouvelle génération de scientifiques mozambicains.

 

Merci Dinis !