Pierrick Penven et l’Afrique du Sud partagent une longue histoire. Depuis plus de 20 ans, le chercheur étudie les courants bordant le pays. Nous l’avons rencontré lors de sa dernière mission au Cap,  au croisement de trois océans.

L’océan occupe une place importante dans la vie de Pierrick Penven. D’origine bretonne et les pieds dans l’eau salée dès son enfance, il choisit très vite l’océanographie physique afin de conjuguer les disciplines qui le passionnent : mécanique des fluides, informatique et science. Une fois diplômé, il réalise sa thèse sur l’un des courants bordant l’Afrique Australe : le Benguela. Ce courant est formé par la remontée des eaux froides entre le Cap de Bonne Espérance, la Namibie et l’Angola. « Mon objectif est de modéliser numériquement les courants : leur force, leur orientation, les tourbillons éventuels, les interactions avec la topographie de l’océan, etc. Comprendre le phénomène des courants permet de mieux comprendre les écosystèmes marins, la géologie marine ou encore le climat mondial. »

 

L’Afrique Australe comme terrain de jeu

Pierrick Penven

© Voile et Moteur

Après avoir étudié les courants de Californie et du Pérou, Pierrick se concentre aujourd’hui sur la côte est de l’Afrique Australe en mettant au point des modèles du courant des Aiguilles et du Canal du Mozambique. « Le courant des Aiguilles est passionnant car c’est l’un des plus puissants au monde. Mesurant environ 100km de large, il amène de grandes quantités d’eaux chaudes et salées de l’océan Indien vers l’Atlantique Sud. Environ 400 fois le transport d’eau du fleuve Amazone ! Des études ont montré que son accélération ou son ralentissement peut influencer le climat à l’échelle planétaire. »

 

Régates en solitaire

Pour Pierrick, la mer n’est pas qu’une profession. Il parcourt en effet les océans en solitaire à bord de son voilier de 10m lors de compétitions amateur, notamment une transatlantique en 2015. « Parfois, mes connaissances scientifiques m’aident à comprendre l’état de la mer et les effets des courants sur les voiliers. Je peux ainsi adapter ma course. D’autres fois, la voile permet de faire avancer la science comme lors de l’émergence des algues sargasses aux Antilles. J’ai proposé aux voiliers englués dans les algues de faire des prélèvements ! ».

 

Collaborer et transmettre

Solitaire, pourtant, Pierrick ne l’est pas dans ses recherches. Il travaille depuis de nombreuses années avec des chercheurs sud-africains de la région du Cap (Université de Cape Town, Cape Peninsula University of Technology) sur le développement de modèles océanographiques. Ayant à cœur de partager, il accompagne de nombreux étudiants africains dans leurs débuts scientifiques, dont certains deviennent des collègues réguliers. « La formation et la recherche au Sud est au cœur de mon travail, et c’est un plaisir de collaborer avec eux ! », sourit-il.