Moagabo Ragoasha vient de soutenir sa thèse et est maintenant une océanographe physique sud-africaine à part entière. Grâce au programme de bourses ARTS de l'IRD, elle a pu partager son temps entre la France et l'Afrique du Sud durant son doctorat. Partons à sa rencontre afin qu'elle puisse partager cette expérience !

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© Alice Mcgrath

Moagabo Ragoasha.

Ravis de vous rencontrer Moagabo ! Pouvez-vous commencer en nous parlant de votre parcours et de votre collaboration avec l’IRD ?

Bien sûr ! Je suis originaire du Limpopo, une région située au nord de l'Afrique du Sud. Après mes études secondaires, j'ai choisi d'étudier l'océanographie à l'Université du Cap (UCT).

J'y ai rencontré Steven Herbette, maître de conférence en océanographie à l'Université de Bretagne Occidentale, lors de ma 1e année de master, le « honours ». Il était affecté à UCT à cette époque. Il m'a conseillé de postuler au programme de bourses de doctorat ARTS de l'IRD. Après une sélection concurrentielle, l'IRD a décidé de soutenir mon projet de thèse en le finançant et en me donnant l'opportunité de passer 6 mois par an en France. J'étais ravie !

Je me préparais à étudier les phénomènes physiques présents dans le courant du Benguela et leur influence sur le transport des œufs et des larves d'anchois.

Comment se sont passés vos séjours en France ?

Quand j'ai atterri à Brest, à l’extrémité ouest de la France, j'ai eu un petit choc culturel ! La barrière de la langue était la plus difficile. On entend très rarement la langue française en Afrique du Sud. Il m’a fallu un petit moment pour m'adapter et profiter de l’expérience.

Au cours de chaque année de mon doctorat, j'ai passé 6 mois à Brest et 6 mois au Cap. Malheureusement, les deux en hiver ! Mais c'était tout simplement formidable et très enrichissant de pouvoir étudier à l'étranger, voyager à travers l'Europe et travailler dans un environnement multiculturel.

Moagabo sur un bateau pendant le festival maritime Tonnerre de Brest.

© Alice Mcgrath

Pourquoi était-ce important pour votre doctorat de vous rendre en France ?

Les ressources techniques en océanographie physique n'étaient pas très développées en Afrique du Sud quand j’ai commencé ma thèse en 2015. Pour la modélisation des océans, nous avons besoin de super-ordinateurs avec des processeurs puissants. Lors de mes séjours en France, j'étais hébergée au laboratoire LOPS à Brest et je pouvais avoir accès à un système situé à l'IDRIS, à Paris. Nous devions réserver du temps de travail sur ce système pour lancer des simulations qui nous aidaient à construire nos modèles.

Être en France m'a également permis de rencontrer de nombreux scientifiques français étudiant les courants des Aiguilles et du Benguela bordant l'Afrique Australe. Je fais désormais partie de ce réseau franco-sud-africain, qui est très dynamique et utile. Je vais continuer à travailler avec eux dans le futur.

 

Pourquoi est-ce intéressant d’étudier le transport des œufs et des larves d’anchois ?

Les anchois pondent leurs œufs le long de la côte sud de l'Afrique du Sud, où l'eau est calme et chaude. Malheureusement, cette région ne leur offre pas assez de nourriture pour grandir. Les œufs et les larves doivent atteindre des eaux plus froides mais plus nutritives sur la côte ouest, en utilisant le courant, car ils ne nagent pas. L'étude des processus physiques du courant permet de comprendre comment se déroule ce voyage de 400 km. Les pêches sont fortement affectées par le nombre d'anchois atteignant la côte ouest pour grandir puis revenant au sud pour pondre leurs œufs. Nos modèles permettent de prédire combien d'anchois ont pu atteindre le stade adulte et combien peuvent être pêchés sans perturber l'écosystème. Les chiffres varient également d'une année à l'autre et nous essayons de comprendre les causes de cette variation.

Comment s'est passée votre soutenance de thèse et quels sont vos projets désormais ?

Alors que j'avais hâte de soutenir ma thèse au laboratoire de Brest, entourée de collègues et d’amis, je l’ai finalement soutenu en ligne, depuis chez moi dans le Limpopo ! La crise sanitaire liée au Covid-19 m’a empêché de me rendre en France. C'était quand même un bon moment.

Je termine actuellement un poste de chargée de cours à UCT. Dans quelques semaines, je vais commencer un nouveau poste au South African Environmental Observation Network, avec pour objectif d’étudier l'effet de la topographie sur les courants, plus particulièrement dans la région du Cap Canyon, en Afrique du Sud. Je continuerai à travailler régulièrement avec des collègues français.

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© Capture d'écran de Gildas Cambon

Moagabo a soutenu sa thèse à distance le 28 mai 2020.

Le programme ARTS

L’IRD attribue des bourses de doctorat de 36 mois maximum aux étudiants du Sud qui effectuent leurs recherches dans un pays du Sud et/ou du Nord. Le financement comprend une allocation forfaitaire mensuelle, une couverture sociale et un titre de transport aller-retour par an. Les demandes de financement pour des sujets de thèse portés par des doctorants du Sud sont désormais effectuées par les unités de recherche IRD et arbitrées par les départements scientifiques de l’Institut. Pour plus d'informations, contacter afrique-du-sud@ird.fr.