Le séisme de magnitude 7.2. qui a eu lieu ce 14 août 2021 dans le sud d’Haïti nous remet en mémoire l’événement dévastateur du 12 janvier 2010, de magnitude similaire, qui causa des dizaines de milliers de victimes dans la région de Léogâne — Port-au-Prince et dont l'impact économique fut important. Le séisme récent a causé des pertes humaines importantes et des dégats considérables et a été ressenti dans tout le pays ainsi qu’en République Dominicaine et à Cuba. Il a été enregistré par le réseau sismologique citoyen “ayiti-séismes”. Ces résultats d’enregistrement ont permis une première analyse par les chercheurs du LMI CARIBACT.

Le Laboratoire Mixte International CARIBACT, financé par l’IRD, est un partenariat entre le laboratoire URGéo de la Faculté des Sciences de l’Université d’État d’Haïti et le laboratoire français Géoazur (Université et Observatoire Côte d’Azur, CNRS, IRD).

Les données actuellement disponibles indiquent que l’épicentre du choc principal se trouve dans la province des Nippes, dans le sud du pays, à environ 10 km à l’est de Baradères et 20 km au sud-ouest d’Anse à Veau.

L’épicentre du séisme du 14 août 2021 a eu lieu dans une région particulièrement sismique de la Presqu’Ile du Sud d’Haïti. La région d’Anse à Veau fut en effet touchée le 8 avril 1860 par un séisme fortement ressenti, puis le 27 octobre 1952 par un autre séisme qui provoqua la mort d’au moins six personnes et des dégâts matériels importants. Ce dernier fut suivi d’une réplique le 25 janvier 1953, de magnitude 5.7. Cette même région fut également le lieu d’une crise sismique de moindre importance en septembre et octobre 2015.

Il est possible que le séisme du 14 août soit parti de la faille de la Presqu’Ile du Sud (aussi dénommée “Enriquillo - Plantain Garden”). Le LMI CARIBACT lance immédiatement des études de terrain pour déterminer et comprendre l’origine du séisme et suivre son évolution, avec un premier envoi de sismomètres et de stations GPS dans la zone épicentrale. Les données ainsi collectées permettront aussi de comprendre l’évolution de la séquence de répliques en cours. Les études continueront pendant plusieurs semaines, précisant le niveau de menace sismique dans cette région et son évolution au cours du temps et permettant d'informer les décideurs sur les mesures préventives parasismiques à mettre en oeuvre pour securiser les biens et les populations.

Les informations scientifiques préliminaires obtenues indiquent pour le moment qu’il s’agit d’un séisme de type "superficiel", probablement localisé dans les premiers 10 km de l’écorce terrestre avec un mécanisme qui combine raccourcissement nord-sud et décrochement semestre est-ouest, similaire à celui de 2010. Le choc sismique principal continue d’être suivi par des répliques, dont certaines ont atteint une telle magnitude qu’elles peuvent malheureusement causer des dégâts supplémentaires. Cette séquence sismique peut être suivie en temps réel sur https://ayiti.unice.fr/ayiti-seismes/ grâce aux stations sismologiques citoyennes ayiti-séismes.

Développé dans le cadre du projet S2RHAI (https://ayiti.unice.fr/sismo-ayiti/ ) le réseau sismologique citoyen “ayiti-séismes” bénéficie d’un financement du programme “Risques Naturels” du CNRS et de l’IRD, avec des contributions de la Faculté des Sciences de l’Université d’État d’Haïti, du Bureau des Mines et de l’Énergie d’Haïti, de l’Université et Observatoire Côte d’Azur, du Centre Sismologique Euro-Méditerranéen, de l’École normale supérieure et du projet Interreg Caraïbes PREST.

 

Contacts LMI : Eric Calais (eric.calais@ens.fr / eric.calais@ird.fr) et Dominique Boisson (dmboisson@yahoo.com)