Novembre 2019 – octobre 2022

Afrique du Sud, Inde, Kenya, Sri Lanka

Contexte

L’industrie pharmaceutique recourt à la vie animale ou à des matériaux d’origine animale lors de différentes étapes de l’innovation et de la fabrication. C’est le cas par exemple des souris utilisées comme cobayes lors de la phase d’innovation, ou encore de la graisse d’origine porcine employée dans la fabrication de la gélatine qui enrobe les gélules médicamenteuses. Ce phénomène a été peu étudié par les sciences sociales. Celles-ci ont certes documenté l’expérimentation animale, en particulier dans le cadre d’une réflexion sur l’éthique expérimentale ; elles ont en revanche prêté peu d’attention aux usages industriels de la vie animale lors du processus de production pharmaceutique (matières premières) ; ou encore aux étapes de collecte et d’élevage des animaux pour un marché transnational. Elles n’ont surtout jusqu’à présent pas proposé d’interprétation des usages de la vie animale englobant le contexte de l’industrie et de ses dynamiques marchandes mondialisées, et couvrant simultanément les enjeux de l’innovation, de la production, de la distribution.

 

Objectifs

Pour pallier ce manque, le projet AniPharm analyse les usages pharmaceutiques de la vie animale à partir d’enquêtes menées dans l’océan indien. Il soumet l’hypothèse que ces usages reflètent une logique d’articulation du domaine des sciences du vivant aux institutions marchandes, saisie par la notion de « biocapital ».

Le principal appui empirique du projet est une série de quatre études de cas, analysées au moyen d’entretiens semi-directifs et d’un travail ethnographique : les chimpanzés vendus par l’île Maurice comme cobayes, la gélatine d’origine porcine ou bovine produite en Afrique du Sud pour être employée dans la fabrication de médicaments, la peau d’âne produite au Kenya et employée par la médecine traditionnelle chinoise, les écailles de pangolin braconnées en Inde et au Sri Lanka pour alimenter les marchés d’Asie du Sud-Est. Le choix de cette localisation permet de souligner la contribution des pays en développement et de leurs populations à l’industrie pharmaceutique.

Ancré avant tout dans les études sociales sur les sciences, le projet mobilise différents courants de recherche : les études animales, la socio-anthropologie des marchés, les études de la mondialisation « par le bas », les études sociales de la pharmacie.

 

Partenaires

Coordination scientifique : Mathieu Quet (Centre population et développement)

 

Financement

Agence Nationale de la Recherche